CHAPITRE XXÏX
JLja nuit suivante, la comtesse monta de bonne heure dans le donjon de Viclorine qui n'éfoil pas encore couchée. — (c Ma chère enfant, lui dit-elle, j'ai pro- « file de la counoissaiice qu'uu long sé- <( jour dans ce château m'a donnée des « détours et des communications secret- « les de celle vaste et antique demeure. « Je puis souvent errer avec d'autant (( plus de facilité dans cette habitation, u que le concierge ne sait pas que j'y suis a renfermée. Urne croit morte et eulcr- (( rée au-dessous des grandes salles ; s'il « merencoDtroil , ilseroil convaincu qu'il (f verroitun fantôme auquel ma maigreur, « ma pâleur et mes vêtemens me font « assez ressendder. C'est une femme d'un
ET ALPITONSINE DE FLOREINT.^TO. 65
« village voisin , entièrement dévoue'e au (f comte Antoine, et encore pleine de <( force, mal^M'ë son à^e avance, qui a « toujours e'ié chargée de m'apporler ma « nourriture et de pourvoir à mes be- (( soins. Elle ^ient toutes les nuits, et or- « dinairement peu de temps après la fia H du jour. Elle parvient jusqu'à l'endroit (' où je couche, par une galerie souter- « raine couime mon logement, et dont « l'ouverture très-èlroile et Irès-didcille à i< dècouA rir , est située dans un bois, au (f milieu de roches amoncelées. Le cou- « cierge ne conncît aucune des issues de (( mon souterrain , et on en ignore même « l'existence. Je n'ai rien négligé , depuis « notre première entrevue , pour tacher (( d'arriver jusqu'au doîijon de votre frère. « J'en ai trouvé et suivi la roule. Je suis « parvenue jusqu'à un cabinet secret pra- (( tiqué dans l'épaisseur du mur, et qui u n'est séparé de sa chambre que par une « cloison où mon expérience m'a fait aisé-
u ment reconnoitre une porte déguisée et « les moyens de l'ouvrir. Mais, mon en- « faut , je n'ai pas voulu m'en servir sanâ u vous. Venez, Viclorine; profitons du <( temps pendant lequel nous n'avons à « craindre aucune visite du concierge, ni « de la femme qui me procure les alimens K qui me sont nécessaires , et que le plai- (( sir de passer quelques moraens ensemi< ble donne à Gustave et à Viclorine <{ quelques soulagemeus , au milieu de « leur vive afîliction. »
Viclorine éprouve un transport de joie, ne sait comment remercier la comtesse, et s'empresse de la suivre.
La comtesse prend Viclorine par la main, la conduit avec précaution , pour repas éteindre sa lampe et ne faire aucun bruit qui puisse éveiller l'altenlion du concierge , descend avec elle l'escalier de la tourelle, et la fait entrer dans sa chambre souterraine. Elles soulèvent ensuite une trappe faite avec beaucoup d'art, et.
ET ALPnONSiNE DE FLORENTIiN'O. 67
placée au-dessous du catafalque de la salle noire , ëcarteul le drap mortuaire, traversent la salie, ouvrent une porte secrelte et cachée danslaboiserie, suivent plusieurs détours , parcourent plusieurs pièces, et arrivent enfin à un petit escalier tournant qui aboutit à une porte de la chambre la plus élevée d'un donjon. — a C'est ici qu'est votre frère , dit la comtesse : entrons. » — Elle pousse un panneau ; Viclorine appelle son frère. Qcielî*^ est sa surprise et celle delà comtesjo, lorsqu'au lieu de Gustave , elles voient Charles d'EUi^ al que Victorine s'empresse de nommer !
Quelle n'est pas la joie de Charles ! Il tombe aux pieds de Victorine et de la comtesse que mademoiselle de Sanlangélo lui fait conuollre.il oublie son enlèvement, sa prison, ses dangers. Son ravissement ne lui permetaucune réflexion, aucun regrcl, aucune crainte. Victorine demande à la comtesse s'ils ne pourroient pas se rciiuir chez sou frère. La comtesse n'a encore découvert
6S CHARLES D ELLIVAL
aucun moyen de parvenir à la prison de Gustave. Ce mol deprison détruit, comme un triste enchantement , le bonheur de Charles et celui de Viclorlne. Leurs peines cruelles, leurs vives inquiétudes s'emparent de n*!)uveau de leurs cœurs. — (( Que ne souffrent pas maintenant nos « parensct nos amis?» s'e'crient-ils l'un et l'autre. — La comlesse lâche de les consoler,— (( Ne désespérez pas de votre délivrance , leur dit-elle. Le ciel ne nous abandonnera pas. y — Bientôt Ja comtesse crut devoir ramener mademoiselle de Sautangélo dans sa chambre; et combien les témoignages d'afTectionel diulércl qu'elle ne cessa de donner ?ux deux jeunes captifs , furent nécessaires pour calmer un peu la douleur qui se réveilla si fortement dans leurs âmes, au moment de leur nouvelle séparation !
ET ALfHONSÎNE DE FLORENTINO. 69
^tt>\\\\V\'\\%\V^\V*\\\\»X*V*\*^\V%'\V*\V*\V^\V\\V^\\.\\V\\V\\\\VV^\V\\V^V\