‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 3)Chapitre 2 sur 9 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

iVxADELEiNE s'éloit empresséc de faire connoîlre à Valli la rencontre que les jumeaux avoienl falle, dans les ruines, de la dame que les réponses de Jean avoient tant irritée , le départ de l'ermite , celui de la dame Blanche , et le grand danger que les jumeaux lui paroissoienl courir. Valti est frappé de terreur. Il questionne Jean et Marguerite sur tout ce qui leur est arrivé. Il ne doute pas que ce ne soit la marquise de Florentino qui ait visité les ruines, qu'elle n'ait reconnu les jumeaux , qu'on ne vienne bientôt les enlever de la cabane de Thadée, que leurs jours ne soient menacés, et qu'il ne soit exlrèmemenl pressant de les dérober à la

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poursuite criminelle de la marquise. Il ue sait d'abord quel parti il doit prendre. Il cache cependant son trouble, pour ne pas ajouter aux alarmes de Madeleine; il se recueille, se promène seul un moment, se décide, et revient dans la cabane.

11 rassure, autant qu'il le peut , Madeleine et sa famille , leur fait sentir la në~ cessilé d ëloigner,pendant quelques jours, les enfans de l'habitation de Thade'e , promet solennellement de les ramener bientôt à ^ladeleine, re'pond de leur sûreté , insiste pour son prompt départ avec ce dépôt si précieux. Madeleine ne sait à quoi se résoudre ; elle embrasse ses jumeaux, pleure sur eux^ les presse contre son sein maternel ; son cœur se déchire ; elle mourra si on les sépare d'elle. Jeau et Marguerite , étonnés , attendris , désolés , ne veulent pas quitter leur mère ; ils s'écrient qu'on leur arrachera la vie ^ avant de les emmener. Valli sent son cœur brisé; h douleur de Madeleine , celle de

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la Iximiile, celle des jumeaux , le meltenî au de'sespoir; mais le temps presse; encore quelques insfans , et les jumeaux sont perdus; il montre à Madeleine les satellites de la dame irritée près d'arriver. — ({ Voulez-vous voir ces en fans immoles « dans vos bras? » — Elle frémit , les ecarîe elle-même de son sein , presse leur départ , les suit jusque sur le seuil de la porte 5 liàle leurs pas, hâte encore davantage, par ses voeux, leur relour. — u Allez, « mes enfans , que Dieu veille sur vous! u bienlôl vous reverrez votre Madeleine.» — \alli donne la main aux jumeaux consterne's, les emmène, les encourage. — « O ma mère , sécrient-ils , pensez à vos (( enfans, bienlol nous vous re errons. « Adieu, Thadëe , aJieu, Anna, adieu, n Victor; ù ma mère, pensez à vos en- (( fans! >i El ils fondoienl en larmes , et ils s'en alloient leurs yeux loi.jours fîxe's et leurs bras tendus vers ]\Iaueleine et sa fa- Trâllc; et Madeleine ne vojoit, n'enlen-

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doit plus rien. Viclor, Thadce , Anna la sou lenoienl. Que leur douleur ëloilamère!

Valli conduit Jean et Marguerite aux limites de la foiêl ; ils s'y reposent dans une auberge, se remettent bientôt en route, prennent des chemins détournes, A ont pendant toute la nuit , et se trouvent aux environs de Paleslrine. Ils aperçoivent de loin, sur une hauteur écartée, le château de Santangélo. 11 appartenoit à la princesse de ce nom. Le concierge, digne d être au service de celle excellente princesse , se noramoit Marco ; c'éloil un honnête vieillard , ami intime de Valli , et retiré dans cet asile respectable avec sa vieille épouse.

Valli, qui connoissoit leur probité, li'ur discrétion , et leur confiance en lui , prévient Jean et Marguerite qu'ils doivenlT passer pour ses enfans, et prend avec eux la roule du chàleau. Ils arrivent au moment où l'estimable concierge alloil sortir pour faire dans les champs voisins sa vi-'

site accoutumée. Dès que sa femme et lui aperçoivent Valli , ils vont avec joie vers leur ancien ami, se félicitent de le revoir, et s'empressent de le faire entrer dans leur logement. Valli les prend en particulier y leur révèle la naissance de Jean et de Marguerite , qui se croient fils de Victor et de Madeleine , leur raconte leur histoire, leur parle du danger qui les menace , leur demande de les garder chez eux comme s'ils éloient ses propres enfans , jusques au moment où leurs parens et les amis de leur famille pourront leur rendre leur nom et leurs droits, ou jusqu'à celui où il pourroit être forcé de les éloigner encore davantage de la cabane de Thadée , pour leur procurer une retraite plus sûre. Le concierge et sa compagne promelleut à Valli la plus grande discrétion , l'assurent que les jumeaux seront Tobjet de leurs soins les plus assidus; et , bien surs que si la princesse est un )our iuslruile de ces soins , elle s'empres-

sera de les approuver, ils reviennent avec Valu vers Jean et Marguerite, les traitent comme les fils de leur ami , ou plutôt comme les leurs, leur témoignent le plus grand intérêt, et les conduisent dans la chambre qu'ils doivent occuper à côté de la leur.

Valli ne veut pas trop prolonger son séjour au château de Sautangélo. Cependant il ne peut refuser au concierge de rester jusques au lendemain.

Après leurs premiers entretiens, le concierge et sa femme conduisirent Valli et les jumeaux dans les différens appartemens du château. Us avoient été magnifiques , ils éloient encore beaux , et conservés avec soin. Le concierge se pîaisoit à faire remarquer ceux que la princesse paroissoit préférer, lorsqu'elle venoit visiter l'ancienne demeure de ses pères. — « Eiie « vient souvent nous voir, celle excellente « dame. Voilà la salle où elle mange. Ce <t salon est celui dans lequel elle reçoit ^

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(( la vue en est superbe, et il est voisin de <( la grande galerie dans laquelle elle aime (f d'autant plus à se promener, qu'elle y <{ a fait placer les portraits de son père, « de sa mère , et d'un grand nombre d'au- « 1res personnes de sa famille. IMais celle « chambre solilaire, et dont les fenêtres i( donnent sur ce bois et sur ces rochers, u est la pièce où elle passe le plus de « temps. Elle s'y renferme quelquefois u pendant plusieurs heures. C'est dans « celle bergère qu'elle s'assied; c'est sur {< cette table qu'elle écrit ; c'est principau lement ici qu'elle s'occupe de tous les « bienfaits qu'elle re'pand. Puisse le ciel (( la conserver long-temps ! Elle est sur la « terre l'image de sa bonté. »

Jean, aperce^ ant en face delà cheminée uue petite porte, essajoildc l'ouvrir. — « Vous ne parviendrez pas à la faire céder <( à vos efforts , lui dit le concierge , nous a n'en avons jamais eu laclef,etron ne peut « l'ouvrir qu'en faisant jouer un ressort

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(( que la princesse seule connoîl. » — Cet obstacle ne fit qu'augmenter la curiosité de Jean et celle de Marguerite; mais ils respccièrent les intentions de la princesse, et cessèrent leurs tentatives. La femme du concierge ayant emmené Valti dans la chambre voisine : — « On dit que ce ca- « binet secret , dans lequel nous ne som- « mes jamais entrés , renferme le portrait (( de celui qui avoil obtenu le cœur de la (( princesse , et à qui elle vouloit donner « sa main. Une ancienne et terrible ini- « milié de famille y mit des obstacles que « les deux amans ne purent pas parvenir (( à vaincre. La princesse faillit à mourir « de chagrin. Elle n'a jamais depuis voulu (( se marier. On croit que celui qu'elle (( aimolt est mort depuis bien des an- « nées. »

Le lendemain , Valti se leva de bonne" heure , promit aux jumeaux de venir bientôt les revoir, les exhorta h suivre les conseils du concierge et de sa femme.

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leur dit d'avoir toute confiance en Dieu ~, prit congé de ses vieux amis , leur recommanda de nouveau son fils et sa fille^, et partit pour sa demeure ordinaire.

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