CHAPITRE XVIL
J jE baron de Lisberg et Dulac qu'il avoiî engagé à raccompagner , parcouroient sans suite les environs de Rome et des villes voisines de celle capitale j recherchant avec soin , et examinant avec attention tout ce qui pouvoit être digne de leur curiosité. Ils éloient venus à Paleslrine; et , ayant vu de loin , dans leurs courses , le grand et beau château de Santangélo , ils s'éloient empresses d'y arriver , et de demander la permissioa d'eu visiter l'intérieur. Le concierge les conduisit, et ils parcoururent les divers appartemens du château avec d'autant plus déplaisir, qu'ils venoient d'apprendre, par le concierge, qu'ils étoieut chez U
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princesse de Sanlangék). Ils l'avoienl vne chez la comtesse d'Elliyal , et elle leur avoit inspiré une grande venéralion.
La femme du concierge l'appela ; Du- Jac et Lisberg allèrent dans les jardins : ils y rencontrèrent Jean et Marguerite que Marco croyoit dans un bois voisin où les jumeaux se plaisoient d'autant plus qu'il leur rappeloit les environs de la cabane de ïhadée. Ils furent frappés de leur beauté, de leur démarche, de leur air d'intelliircnce et de bonté. — « Comment « vous nommez-vous, mon enfant? dit le <( baron. — Jean , monsieur. — Et mrde- « moiselle? — Elle se nomme Margue- « rite. — Est-ce votre sœur? — Oui, mon- (( sieur, nous sommes jumeaux. — Votre « ressemblance est frappanîe ; votre père « est-il ici? — Non , monsieur; nous f( sommes venus passer quelques jours (( chez l'ami de notre père, le concierge <( de ce château. — Et, comment nomf( mez-vons votre père? — Etienne, — Il
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« n'a pas d'autre nom ? quel est son e'ial? a dcmeure-l-11 aux environs de Home ? •— Jean ne savoit que repondre. IMarguerite s'inquieloif ; mais cependant Jean , sans hésiter plus long-temps : — « Nous l'i- « gnorons , monsieur; ma sœur et moi, « nous avons c'ié éleve's chez un autre <k ami de notre père qui demeure loin (f d ici, et nous ne connoissons, relalîve- « menl à notre famille, que ce qu'a biea (( voulu nous en dire cet excellent père « qui a toujours eu un si grand soin de (( nous. Tout ce que nous savons, c'est » qu'il est cultivateur et qu'il est veuf « depuis long-temps. » — Lisberg et Dulac, étonnes de la manière dont Jean \enoll de leur repondre, ne vojoieiit les jumeaux qu'avec un intérêt toujours croissant. Ils se regardèrent, devinèrent aisément le désir qu'ils avoient l'un et l'autre de mieuK connoître ce qui pouvoit concerner deux personnes si jounes , si belles, et qui paroi:;soient annoncer une nais-
sancc bien diflerenle de celle d'un fils el d'une fille d'un simple cultivateur ; mais leur délicatesse ne leur permit aucune question nouvelle; et, saluant avec autant d'affection que de politesse Jean et Marguerite, ils s'avancèrent vers le concierge qui venoit les rejoindre, continuèrent et terminèrent bientôt la visite du parc , et reprirent le chemin de Palestrine.
Dès que Dulac et le baron de Lisberg furent de retour à Rome, ils s'empressèrent d'entretenir d'Ellival, la comtesse Caroline et la marquise d'Amance , de ce qu'ils avoient observé pendant la tournée qu'ils venoient de faire, et particulièrement de ce qu'ils avoient vu dans le château de Santangélo, et des deux jumeaux qu'ils y avoient rencontrés dans les jardins. Charles et Adélaïde étoient présens. Ils partagèrent bien vivement l'intérêt que le récit de Lisberg et de Dulac fit naître, en faveur de Jean et de Marguerite, daJis l'âme de leurs pareus. Ils furent bientôt
tous convaincus, ainsi que Dulac et le baron , que Jean et Marguerite ne portoient que des noms suppose's; que de grands dangers les menaçoienl peut-être, et que n'ayant, pour y échapper, que les soins et la prévoyance d'un simple cultivateur , il leur seroit bien difficile de ne pas y succomber. — a Si nous parvenions « à découvrir leur véritable position, di- « soit Dulac, on pourroit peut-être arra^ « cher au malheur ces innocentes victi- « mes. » — Leur bon cœur les décida à ne rien négliger pour connoître tout ce qui pouvoil concerner les jumeaux. Ils voulurent d'abord en parler a la princesse; mais leur respect pour elle , leur délicatesse naturelle , et la crainte de nuire à Jean et à Marguerite, en parlant trop tôt de leur sort , en divulguant sans le vouloir leur séjour actuel, et en attirant sur eux une attention qui pouvoit devenir funeste , leur fit préférer de commencer par visiter le château de Santangélo, sous
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le prétexte de jouir de sa belle vue , el de parcourir ses beaux jardins.
Quelques Jours après ils partirent en effet pour Palestrine^ y. laissèrent leurs gens, et allèrent seuls au château de la princesse. Jean et Marguerie en éloienl absens depuis le malin ; ils ne dévoient quitter que le soir le bois situé hors du parc, el dans lequel ils aimoienl à passer une grande partie de leurs journées. Marco n'ayant ancune appréhension à leur sujet, ne fit aucune difficulté pour laisser voir l'intérieur du château et les jardins à la famille dCllival. 11 leur ouvrit même les portes des appartemens , avec d'autant plus de plaisir qu'il reconnut Dulac elle baron , qui l'avoient traité avec beaucoup de politesse lors de leur première visite.
Le comte d'Ellival, sa femme , sa bellemère , ses enfans et ses deux amis, suivoient le concierge , examinoient avec curiosité, ou avec complaisance, tout ce quil leur moutroit , mais ne cessoient de
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chercher des yeux les Jumeaux , dont les intérêts éloient le véritable objet de leur voyage , et u'osoieut cependant parler d'eux à Marco. Ce ne fut que lorsqu'ils eurent achevé de visiter \ms bosquets, que n'aperce, ant nulle part Jean et Marguerite , et ne trouvant pas encore de prétexte pour prolonger leur séjour daus le chàleau , ils se décidèrent à questionner le conciei'ge à leur égard. — « Monsieur <( Marco, dit Dulac , que sont devenus « les deux aimables jumeaux que nous « avons rencontrés dans ces jardins , mon- (( sieur le baron et nioi^ lorsque vous (( nous y avez introduits , il y a quelques (( jours , et qui nous ont dit qu'ils éloient « les enfans d'un de vos amis? — Maico se troubla, mais lâchant de cacher linquiétude qu'il commeiiçoil d'éj^ rou^ er : — (( Ils sont partis ce matin, moiusieur, pour (( une course assez longue. — Doivent-ils (( revenir aujourd hui ? — Je ne le crois (f pas, monsieur; je nem'atleudsàles voir Tome II. 5
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« que demain. — Leur père demeure-l-il (( loin dici? — A quelques lieues, mon- {{ sieur. » — Dulae alloil continuer ses questions ; mais l'embarras du concierge deveuoit à chacyie instant plus grand ; et, consultant ses amis des jeux, Dulac cessa de parler des jumeaux. Les voyageurs demandèrent cependant de pouvoir se reposer, pendant quelque temps, sur des bancs de gazon dont ils eloient très-près; et le concierge leur ayant proposé des rafraîchissemens , qu'ils acceptèrent , les laissa seuls , pour aller chercher ce qu'il venoit de leur oÛVir.
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