‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino (volume 3)Chapitre 6 sur 9 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

JUès le lendemain de l'entrevue de la princesse deSanlangéloavec les jumeaux, la famille d'EUival , le comte et la comtesse Amedëe, et conformément à ce qui avoit été résolu dans cette réunion si heureuse pour Jean et Marguerite , Vaki conduisit ces derniers dans la cabane de Thadée. Il réunit les quatre liabitans de celte paisible demeure , leur découvrit la naissance et le nom des jumeaux , leur raconta leur histoire, leur fit part de ce qui s'éloit passé la veille au château de Santangélo , leur parla bien vivement de l'éternelle reconn(^ssance des amis de Jean et de Marguerite, et leur exprima, de ia part de ces respectables amis, combien

ils dëslroient de venir bientôt dans la cabane témoigner à Madeleine , à Thadée, à Victor et à Anna , tout ce qu'ils ressenloienl pour eux. Les habilans de la cabane éprouvèrent d'abord une bien grande joie , et en doinièrent aux jumeaux des marques l)len touchantes. Mais bientôt l'idée qu'ils alloient perdre Jean et Marguerite les remplit de tristesse. Madeleine éloit inconsolable ; en vain avoit-elle souvent tâché de se préparer à cette cruelle séparation j Jean et Marguerite n'étoient pour elle que ses propres en fans , et elle croyoit les voir pour la dernière fois. — « Us m'aiment cependant , se disoit-elle ; ff et comment ne m'aimeroient-ils pas ^ <( Ne suis-je pas leur tendre mère? Je les « ai élevés ; ils n'abandonneront pas leur » pauvre Madeleine ; ils viendront la re- (( voir ; ils viendront se reposer sous cet (( humble toit oii je lès chercherai si soute vent sans pouvoir les trouver. Us y ont a été heureux , ils n'oublieront pas l'asile

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« de leur enfance. » — Elle regardoil les

jumeaux , et elle les embrassoit , et leurs

caresses lui perçoient 1 àme.

Les jumeaux passent quelques jours

dans leur retraite favorite. Mais la veille de celui oii, d'après les désirs de la princesse , et pour leur propre sûreté, ils dévoient repartir pour Rome , ils veulent revoir encore les ruines du château. Ils ne préviennent personne de leur projet, et: prennent seuls le chemin de ces ruines. Ils ne les avoient pas visitées depuis qu'ils savoienl que le vieux château avoit appartenu à leursancètres. Le nouveau sentiment qui les anime donne un nouvel aspect à ces restes imposans. Ces devises, ces emblèmes, ces écussons, ces vieilles armes, tout parle maintenant à leur cœur. Elle est sacrée pour eux, cette terre qu'ils foulent. En parcourant de nouveau ces antiques demeures, ce n'est plus une vaine curio« site qui les guide , mais une aOéclioti pieuse qui les conduit. Pénétrés d'une

sensalion profonde , ils regardent , exa-^ minent, contemplent, niais observent un silence religieux. Ils n'ont pas besoin de se parler ; la douce sympathie qui les liait depuis le berceau , fait deviner aisëmeut à chacun d'eux ce que l'autre pense ou éprouve. Ils vont s'asseoir dans la chambre d'Aurore; elle leur est devenue chère à tant de titres. Ils arrivent enfin à la chapelle. Ce sont les cendres de leurs pères que leur montrent les tombes entrouvertes. Ils s'avancent saisis d'un saint respect. Ils se prosternent auprès de l'autel , et se tenant d'une main , et tendant l'autre vers les tombes : — a Recevez , 6 mon Dieu ! (( l'hommage de nos cœurs; votre bonté (( nous a fait retrouver nos parens, qu'elle c< nous rende dignes de leurs vertus ; nous « jurons, ô mon Dieu î sur leurs dépouilles (c sacrées, de mourir plutôt que de souiller u la pureté du sang qu'ils nous ont trans- (f mis. rsous vous ofiVons notre vie pour « le bonheur de ceux à qui nous devons

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« laul de soins et traffeclion ; que noire « mère Madeleine, que sa famille soient a toujours heureuses. Vous connoissez, i( 6 mon Dieu ! les vœux secrets de ma « sœur et de moi ^ puissent-ils s'accom- « pllr ! et puissent les aïeux , dont les (( monumens nous environnenl, adopter, w du haut des cienx , ceux qui déjà nous « sont si chers ! Exaucez , o mon Dieu l (( notre ardente prière ! »

Jean se tut; Marguerite et lui restèrent pendant quelque temps inclines sur les marches du sanctuaire; et , se levant ensuite, dans une sorte de rêverie profonde et de pieux recueillement, ils sortirent ea silence des ruines, et traversèrent la foret pour retourner à leur cabane.

Le lendemain ètoitle jour du de'part.

A peine le soleil ëtoil-il levé, que Jean alla seul dans la forêt. Il s'y assit sur un vieux châtaignier renversé. 11 étoit bien triste. 11 alloit quitter sa bonne Madeleine, la cabane, le jardin, le bois qu'il avoit vu.

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croître. — k Arbres foufTus qui avez grandi « avec moi , sous lesquels j'ai goùlé un « bonheur si paisible , qui avez été si (( souvent les témoins des jeux de mon « enfauce , et des tendres soins de la c( mère la plus attentive, je vais donc vous « quitter Je vais entrer dans le monde. « Les orages vont gronder autour de moi « Ah! combien de fois au milieu de la <( tempête, je regretterai vos tranquilles « abris! Pourquoi ne m'?-t-on pas laissé « dans cette retraite ignorée? Pourquoi <i m'avoir révélé le secret de ma nais- <( sance ? Ici, j'aurois vécu heureux, au-

<f près d'une sœur chérie Adélaïde,

€< Adélaïde, je ne l'aurois pas cotmue; et (c de quels sacrifices ne dédommageroi I pas <( l'espoir de parvenir un jour..... Ahî bi ce je ne l'avois vue que pour mon mal-

({ heur Si ton coeur ne de\oit jamais

« appartenir à l'infortuné Léon Re-

<( poussons une crainte qui me donneroit u la mort. Espérons ;, et suivons la desli-

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« née que mon devoir m'impose Bo-

« cages sombres, prairies émaiilees, vaste « tbrêt, de quel doux souvenir ne serez- « vous pas l'objet? Puissé-je bientôt vous «revoir avec Adélaïde! n — Jean resta rêveur sur le vieux châtaignier, ses larmes coulèrent avec abondance ; il grava sur l'écorce d'un hêtre le nom d'Adélaïde, baisa les caractères qu'il venoil de tracer, et revint vers la cabane.

Marguerite étoit sur un banc, auprès de la porte ; combien elle cloit oppressée! Sa vieille chèvre étoit auprès d'elle; elle avoit voulu l'emmener ; mais Madeleine l'avoit conjurée de lui laisser la chèvre de sa fille bien aimée ; elle la rcgardoit en pleurant.

Enfin le moment terrible approche.

Valti paroît et veut faire partir les ju-^ meaux pendant l'absence des habilans de la cabane, auxquels il avoit caché le moment du départ. IMais comment tromper la tendresse d'une mère.'' Madeleine ne

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s'etoit pas éloignée; elle soupçonne le projet de Valli , elle accourt ; elle se précjpile au devant de Jean et de ?ilarguerite. — (.( Mes enfans, s'ëciie-l-elle, n'au bandonnez pas voire mère; vous allez « la faire mourir. Monsieur, ne m'arra- « chez pas mes enfans, arrachez-moi plu- « lot la vie; ou s"il faut absolument qu'ils « partent, emmenez-moi avec eux, que je (( ne les quille pas; j'irai jusqu'au bout du « monde : quels soins n'aurai-je pas d 'eux ! (( avec quel zèle je les servirois! pourvu « qu'elle les suive, leur mère sera trop « heureuse. » — Et elle tenoit serres les habits des jumeaux qui tombent sans connaissance sur son sein.

Elle ne peut résister à des impressions si fortes; elle se trouve mal ; Victor et Thadée arrivent et l'entrainenl. Valli aide' d'Anna, secourent les jumeaux ; et à peine ont-ils repris leurs esprits, que Valti leur assurequ 'ils reverront bientôt Madeleine, les presse el les emmène.

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Ils arrivent à Agnaai , y louent une voiture, font de froquens dcftours ^ se font conduire dans diiTërenles villes, vont jusqu'à Terracine, y changent de Aoilurc et d'auberge , en reparlent comme s'ils arrivoient de Naples, prennent le chemin de Rome, sous les noms de baron Gustave et de Victoriuede Sanlangélo, et arrivent enfin ou palais de la princesse , dont ils reçoivent l'accueil le plus tendre.

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