‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de FlorentinoChapitre 11 sur 24 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

V ALTi avoit été frappé du nom de Flo^ rentino que Jean avoit lu sur une des tombes du vieux château , et qu'il sembloit aimer à répéter. Il ne doutoit pas que ces ruines n^cussent fait partie des propriétés de la famille de ses anciens maîtres. Il imaginoit quela dame Blanche appartenoit à leur famille ; sûr de sa discrétion , il espéroit que son entrevue aYCC cette dame pourroit n'être pas inutile aux intérêts des jumeaux.

Dès le surlendemain, Jean , Marguerite , Madeleine et Valli partent pour les ruines. Les jumeaux en retrouvent le chemin sans peine. Ils traversent les cours, et vont droit à la chapelle. Tout ce que Madeleine voit la remplit d'étonnement.

Yaili considère avec le plus grand soin

ET AmiONSINE DE FLORENTINO. 65

tout ce qui reste encore fie celle liahiLalion si grande et autrefois si magnifique. 11 remarque en plusieurs endroils les armes de la maison de Fiorentino. Il est ëmu ; mais il ne communique son obser- "vation a personne. En entrant dans la chapelle , les voyageurs voient la dame Blanche assise auprès de l'autel sur une colonne renversée. Elle les aperçoit, reconnoît les jumeaux, va à eux, les embrasse.— «Vous êtes Madeleine, ditce elle à leur mère. — Oui , madame , « répoadit la ieune femme que le son de u voïk et la physionomie affectueuse de la » dame Blanche venoientderassurer. — Et « vous, monsieur? — Je suis un ancien « ami de Thade'e et de sa famille; j'ai « de'sire' d'accompagner Madeleine. — Ces « jumeaux sont vos enfans , madame? »

— Madeleine hésite ; Valli la regarde.

« — Chaque jour Je remercie Dieu de me i( les avoir donne's. — Quel âge oul-ils ? « —Quinze ans. — Quinze ans !

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« .l'avois des neveux qui etoieiit aussi « jumeaux ; un accilent funesle me les a u enlevés blenlôi a;:>rès leur oaissatice. » La dame B!a;ithe se délouiîje pour essuyer ses larmes. Val:i ne doule plus qu'elle ne soi; de la m.ii son de Florenlino ou de celle de Volcula doul éloil la mère des jiimeau\. 11 ne sait comment cacher lout ce qu'il éprouve ; il se cou- Iraiîit cependant ; il y va ilu boidieur et peul-élre de Texisteuce de ces pauvres eu fa us.

Plus il entend la dame Blanche , el plus

sa voix le touche; plusil la regarde, plus il

croit distinguer sur sa (îgure, des liailsde

feu la marquise ; les jumeaux lui parois-

seut aussi resseiubierà la dame Blanche.

Elle caresse de nouveau Jean et Mar-

gueriie. a — Vous n'avez pas d'autres en-

<c fans ? — Non , madame. — Coniment se

<c nomme votre mari? Victor Arborali.

« — Et vous, monsieur, où demeurez-

ii vous ordinairement ? — Auprès de

<( Rome. — Le nom de Floreiilino n'est-il K jamais parvenu jusqu'à vous? — Par- « donnez-moi , madame , comme un des u noms les plus honores. — il ne resle « plus personne de celle famille? — Je K l'ai ouï dire, madame. — Le derâiier a marquis avoil eu aussi deux jumeaux? »

— Vahi ne repond rien. — « Us ont péri

« bien jeunes un affreux incendie

« ils ont élé étouffés au milieu des flani-

« mes innoceutescréalureô, elles sont

(( maintenant auprès de Dieu , elles prient u pour nous. » — Elle prend la main de Jean et celle de Marguerite, et elle s'attendrit, r^es jumeaux pleurent et la caressent; Madelciue pleure aussi; Valli vivement oppresse , mais se. contenant avec effort, et làcliant de ne monlrer qu'une douce compassion. — « Ces ju- « meaux , dont vous dép'orez encore la « perte, éloient-ils, madame , pclilr.-fils « de M. le comte Amédée deFlorenlino?

— A l'instant la dame Blaucbe perd cou-

noissance, et tombe dans les bras de Jean et de Marguerite j qui jettent un cri d'effroi , et la soutiennent avec l'intérêt le plus tendre. Madeleine et Valli la secourent,* elle rouvre les yeux. — a Qui a <c prononcé le nom d'Amédée? Depuis « combien d'années la voix de la malheu- K reuse Aurore de Volenla l'a seule fait «t entendre dans ce désert!» — Sa vue est terne, sa raison paroît égarée, elle se tait , son cœur palpite avec violence , elle répèle les noms d'Amédée et d'Aurore.

Son agitation diminue, cependant, insensiblement ,• un peu de calme paroît revenir dans son cœur , le désordre de ses idées cesse; et, sans aucun souvenir de la question de Valli, ni de sa réponse, elle serre étroitement dans ses bras, qui tremblent encore , et Jean , et Marguerite; elle les couvre de baisers; elle les inonde de ses larmes. — « Madame , dit- « elle à Madeleine, en lui tendant la <( main . vous vovez combien ces enfans

((me sont chers, ne me privez pas du (( plaisir de les voir souvent ; qu'ils vien- (( nent dans cette retraite visiter la triste (( dame Blanche; elle veillera sur eux, ((Comme vous-même; elle ne peut plus (( avoir que des illusions pour soulager {( son cœur; ne lui refusez pas celle qui (( la séduit, lorsqu'elle les voit, lorsqu'elle (( les entend. Quel charme elle a pour (( elle ! Quelle consolation leur vue ré- « pandra sur la fin d'une vie qui bieulijt

« sera e'teinle bientc)t je mourrai

(( comme celui,.... ils sont morts, les (( Floreulino; ils ont péri, les jeunes ju- (( meaux : ah ! que ceux-ci vivent et pros- (( pèrent ; qu'ils fassent long-lemps votre ({ bonheur ; que l'adversité ne les atteigne (( jamais ; et, lorsqu'ils viendront dans (( celte enceinte , qu'ils ne me relrou\ e- (( ront plus , que je reposerai dans ce (( tombeau refermé sur moi , qu'ils se (( souviennent de l'infortunée.... de l'iu-» (( fortunée dame Blanche , de celle qui

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« les aura tant aimes ; qu'ils bénissent sa « mémoire , louchent sa tombe , et de- « mandent au ciel que rien ne trouble la c< paix dont elle jouira! Mes enfans, vous « reviendrez , n'esl-ce pas ? vous revien- (( drez souvent? Madame, vous me le « promenez ? Et vous , ombres douces et « heureuses de ces jeunes FiorentiîfO , « que le berceau n'a pu garantir du souffle u embrasé de la destruction ; ombres pai- « sibles , qui , peut-être en ce moment , « voltigez invisibles autour des cendres H de vos pères, recevez ce tribut d'aÛecu tion et de regrets , que je vous rends « auprès des froides reliques de nos « aïeux , dans la personne de ces aimables « enfans, vos vivantes images. Si la mort i( ne vous avoit pas ravis h ma tendresse , a vous seriez de leur âge; vous auriez « leurs traits, leur port, leur voix tou- (c chante; prolégez-lesdu haut descieux , (( veillez sur leur deslince, je vous les f< recommande du fond de mon cœur ;

ET ALPliONSlNE DE FLOr. ENTINO. 7I

« eux seuls m'auront donne quelques mo- (c mens de calme et de soulagement. » — Son exallalion éloil au comble ; ses yeux auime's se tournoient vers les nuages qui passoient au-dessus de la chapeilt; découverte , et au milieu desfiuels elle sembloîl chercher les neveux qu elle ne croy oit pas presser contre son sein. Les jumeaux et Madcleiue embras.xvient ses genoux ; Yalli, prosterné sur une jtierre funéraire, est près de tout déclarer à la dame Blanche . ou plutôt à la tante de J«^arj et de Marguerite. La prudence l'arrête cependant , et lui ordonne de diftérer son aveu encore pendant quelque temps. Il surmonte tous les sentimens dont il est agité; et , parvenu à dérouviir tout ce qu'il désiroil de savoir, ne doutant pas qu'un jour Aurore de VoleiUa ne dut être utile aux jumeaux, mais ne voulant eiicore réclamer d'elle aucun appui , il baise avec respect les mains de la dame Blanche, et se relire, ainsi que Madeleine, Jean et

Marguerite. Madeleine ne peut exprimer sa sensibilité' à iout ce qu'elle vient d'entendre, qu'en demandant à la dame Blanche la permission de la serrer contre son cœur, et les jumeaux ne pourroicnt s'arracher d'auprès de la dame inconnue, si, en se se'parant d'elle, ils ne suivoient leur excellente mère.

Aurore va avec les habilans de la cabane jusqu'à une certaine distance des ruines , reçoit de nouveau leur promesse de revenir bientôt au vieux château , et ne rentre dans son enceinte solitaire que lorsqu'elle ne peut plus les voir.

Pendant le retour à la maison de Tliadëe, les jumeaux alloient devant leur mère , se tenant par la main , mais se parlant peu , et fortement occupés de In dame inconnue. Valli revoit à ce qu'Aurore pourroit faire pour ses neveux , et Madeleine commençoit à éprouver bien vi\ emeut lacraiute d'être , avant peu de temps, séparée des deux eufaus qui lui étoient si

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cliers. Elle les regardoit en silence ; son cœur ëloit gros; sesyeuxeloienl humides.

— «Bientôt je ne les verrai plus; ils ne « sont pas destinés à être toujours les iils « de la pauvre Madeleine ; on viendra les « chercher ; on les emmènera ; ils s'en « iront iDien loin ; ils ne reviendront plus; « je ne recevrai plus leurs innocentes ca- « resses; je n'entendrai plus leurs voix si « douces me nommer leur mère ; je n'au- « rai plus d'eufans. Ah ! que deviendra « la pauvre Madeleine ? Une autre sera (f leur mère; une autre jouira de leurs « embrassemens ; et s'ils souffrent, s'ils « deviennent malheureux , ce n'est pas « Madeleine qui les soignera , ce n'est « pas Madeleine qui les consolera. Ah ! (( mon Dieu ! que deviendra la pauvre « Madeleine? » — Et , eu arrivant, elle se relira dans sa petite chambre, triste, inquiète, désolée; et, depuis ce moment, elle ne voyoit plus ses enfans qu'un pressentiment secret ne comprimât son cœur.

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