SECONDE LETTRE
Du même au même.
wDès le lendemain, je me pre'senfai « chez la marquise ; elle éloil sorlie avec « Aurore. Quelques jours après, je fus (( plusheureux. La marquise me recul fort (( bien ; elle parul aise de me revoir. Au- « rore brodoit auprès d'une fenêtre; il f( me sembla qu'elle rougissoit en me u voyant entrer. Je m'assis auprès de la ^ mère ; ma conversation parut ne pas (( lui déplaire. U vint du monde ; je m'ap- « prochai d'Aurore ,* j'avois trop de choses (( à lui dire pour savoir par où commencer. « Son embarras éloil égal au mien. On u proposa des parties de jeu : choisi pour u celle de la marquise , je ne pus, avant « l'heure à laquelle on se relira , que reu garder souvent Aurore qui jouoil loin
« de moi, et que j'entendis quelquefois « accuser de distraction.
« J'e'lois alleau spectacle; j'aperçus, en u entrant , la marquise et sa fille dans une « loge. Je crus pouvoir aller les joindre. « Ces dames me reçurent avec un aii: àa « bienveillance qui m'encouragea. Je, me K trouvai assis derrière Aurore qui eloit a à côte de sa mère. Plusieurs scènes pa- « rurent la toucher beaucoup; son émo- (f lion m'enhardit; je lui parlai de ma- « nière à ne lui laisser aucun doute sur (( mes senlimens : elle ne me répondit f( rien, mais soupira, me regarda, souri», « et donna de nouvelles larmes au sort « de rhércine de la pièce.
« La semaine suivante, j'anivai the?; « la marquise au momeiU oii elle alloil à « la promenade avec sa liilo. Avec quel » empressement j'acceplai l'oAre qu'elle u voulut bien me faire de les accOm- « pagner ! Je montai dans leur Toiture. « Lorsque nous descendîiiiçs; uii vieuv
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« ami de la maison donna le bras à la <( marquise ; je le donnai à Aurore. Que «( la promenade me parut courte ! Je dë- « clarai mon amour à Aurore; je lui dis « que le don de son cœur et de sa main <( pouvoil seul faire le bonheur de ma vie; u que sans elle l'existence me seroit' iau supportable. Elle fui très-ëmue, hésita m Irès-long-lemps , rougit beaucoup , et , « retenue par celle timidité enchanteresse u d'une affection naissante et pure comme «. la vertu, à peine put-elle me dire d'une <i voix très- basse, mais avec un accent cfue <i je crois encore entendre , c'est à ma u mère que vous dei^ez vous adresser.
K J'allois alors de moi-même , et sans faire a aucune attention à ce qui nous entou- (( roil , me jeter à ses pieds, lorsque la « marquise se retourna, et nous remonc lames en voilure.
« Nous étions au commencement de (' Tautomne. La marquise partit pour la u campagne a.aul que j'eusse pu la sup-
« plier de m'unir à celle que j'adoiois. « Le chàleau d'un de mes amis éloit (( voisin de celui de la marquise. Je m'y (( rendis dès le lendemain; et, sans dire « mon secret à mon ami, je le suivis chez « madame de Volenla. Aurore , en me «( revoyant , éprouva un trouble qui me « remplit de joie et d'inquiétude : elle « l'attribua à une légère indisposition , et « bientôt personne n'y pensa. La mar- « quise me traita au moins avec autant de « bonté qu'à Rome. On alla dans le parc. « Je trouvai le moyen de dire à Aurore « que j'allois demandera sa mère de déu cider de ma vie ou de ma mort. Elle « me sourit avec une douceur angélique. « Je suppliai la marquise de m'accorder « un moment d'entretien particulier. Elle « me mena dans une salle de verdure.
« — Madame, lui dis-je en tremblant, ic dans quelques momens Amédée sera « le plus heureux ou le plus malheureux « des hommes. Vous coanoissez ma fa-
if mille et ma foiiuue. J'ai perdu mes « parens ; je ne dépends plus que de moi. « Je n'ai pu voir voire admirable fille « sans l'adorer. Elle est la plus belle des « jeunes Romaines ; mais les vcrlus que t< vous lui avez inspirées , m'ont encore (( plus charmé que la beauté qu'elle lient « de vous. Vous allez prononcer sur mon »f sort. Ah ! Madame, que je vive, et i< que je vous doive le bonheur suprême! u — Je me précipitai aux genoux de la «. marquise. — Relevez-vous , comte , me « dit madame de Volenta, en souriant « et avec beaucoup de bonté. Votre de- » mande m'est agréable : dès le premier « moment où vous avez vu ma fille, je me <( suis aperçu de l'impression qu'elle faisoit n sur vous. Je verrai avec plaisir ma fa- « mille alliée à la vôtre. Je rends justice (( plus que personne à toutes vos qualités. « Je vous accorde la main de ma fille ; « rendez - la aussi heureuse qu'elle le M mérite. Vous coanoissez ma mauvais.e
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« sanlc. Avant peu de temps, je ne pour- « rai pFus veiller sur son bonheur; je vous (( le confie. — Je reslois aux genoux de la « marquise, joies pressois, je ne savois i< si je veillois , j'ëtois dans une sorle ({ d'extase, et je ne pouvois proférer au- (( cune parole. Madame de Volenla me « témoigna beaucoup de bienveillance; (( elle me conduisit au château , et me (( présenta à Aurore, que nous trouvâmes « seule dans le salon. — Ma fille , lui diti< elle , M. le comte de Florenlino me ff demande votre main; vous connoissez « mon estime pour lui, vous savez si je « désire votre fëlicllé ; c'est à vous de prou noncer. — Aurore faillit à se trouver « mal ; mais surmontant son trouble : — !( Ma mère , a olre lllle n'aura jamais (( d'autre volonté que la vôtre. — Et elle « se jeta dans ses bras, et elle laissa tomber. « de douces larmes sur son sein maierucl; ic et, sansme regarder : — Monsieur, j'o- « béis sans pciue aux ordres de ma mère;
« VOUS m'aiderez à faire son bonheur, et « je vous devrai plus que la vie. — Je lui « baisai la main avec un transport qui ne « parut pas déplaire à la marquise ; mate dame de Volenta m'appela son fils , et « il fut décidé qu'avant trois mois je serois « l'heureux époux de la femme la plus « accomplie.
« Depuis cette époque, je voyois Au- « rore tous les jours , je lui jurois une (( ardeur éternelle; elle m'avoit dit qu'elle « maimoit ; on commençoit à s'oc- « cuper des préparatifs de notre mau riage; je croyois toucher au comble de « la félicité, lorsqu'un jour, au moment « où je sortois pour aller chez Aurore , « j'appris que la marquise , qui depuis « quelques jours étoit revenue à Rome , « avoit été pendant la nuit attaquée d'une ({ maladie aussi grave que soudaine. Je •( courus chez elle, la fièvre étoit violente, K les médecins montroient de linquié- « lude, Aurore se désoloit : le délire sur-
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{( vint dès le lendemain , et, malgré tous (( les soins d'Aurore et toute l'habiieté (( des me'decins, nous perdîmes, au bout (f de quelques jours , la meilleure et la « plus respectable des mères. Rien n'e'gala « le désespoir d'Aurore. La voix de race mour le plus tendre ne pouvoit apaiser « sa douleur aflreuse.
«Lorsque le temps eût un peu calmé ses « chagrins , je demandai à son tuteur, le « comte Albert de Volenta, de confirmer « le don de la main d'Aurore, que feu (( la marquise avoit daigné me faire. 11 me « refusa. Aurore réunit en vain sesins- « tances aux miennes , presque tous nos « parens et amis le pressèrent en vain de « consentir à une union dont le bonheur « d'Aurore et le mien paroissoienl dépen- « dre , qui présentoil les liens les mieux u assortis, et que l'on devoit regarder » comme le dernier vœu et la volonté (< sacrée de madame de Volenta. f.e comte « Albert fut inflexible , il destinoit sa
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« pupille à son fils le comte Anloine , et « rien ne put ébranler une résolution que « le désir de voir son fils jouir de Tim- <c mense fortune d'Aurore avoil inspirée M à son âme intéressée et ambitieuse.
(( Aurore étoil encore loin de sa majo- «( rite; mais elle n'avoil pas besoin de me « promettre une constance que me ga- M rantissoient la tendresse qu'elle avoit « pour moi, et son respect pour les vo- « lonlés de sa mère. Son tuteur lui dé- « fendit de me "voir : je trouvai aisément « le moyen de l'entretenir de mon amour, )) de mes voeux impatiens, de ma peine i( cruelle. Le comte Albert la força à se « retirer dans un couvent situé dans la « campagne et aux environs de Rome, {( et dont l'abbesse , parente du comte « Albert, avoil promis de ne laisser voir « h Aurore que les personnes qui lui se- « roient désignées par le tuteur.
« Aurore auroit regardé comme le plus K grand des malheurs d'épouser son cousin
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« le comle Anloine. Sa mère, qui le me- (( prisoit et qui l'auroil haï, si la haine (( avoit pu entrer dans son cœur, avoit (( depuis long- temps recommandé à Au- (( rore de n'avoir aucune relation avec «lui, et pouvant, d'ailleurs, se fier à « sa discrétion , elle lui avoit confié tout « ce qu'elle savoil de ses vices. D'un autre « côté , elle se regardoil , en quelque « sorte , comme mon épouse , d'après le w choix de sa mère. La marquise avoit « reçu, avoit béni nos saintes promesses, <( et , pendant sa terrible agonie, ses der- « niers regards paroissoient se tourner « avec plaisir sur son Aurore et son Amé- (( dée , à genoux , à cùlé l'un de l'autre , (( auprès de son lit de mort. Elle parvint « à m'écrire avant de partir pour le coûte vent où on la coulraignoit à se renfer- « mer. Elle me fit connoître le nom de (( cette maison où rien ne pourroit ébran- « 1er la foi qu'elle m'avoit donnée sous « les jeux de la mère la plus leudre et la
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« plus vénérée. Elle me promit de me {( donner ou de me faire donner de ses « nouvelles aussi souvent qu'elle le pour- « roit , m'engagea à m'occuper sans cesse (( des jours plus heureux qui nous alleu- ({ doient , et me conjura de calmer une H douleur qui ajouleroit une peine trop € vive à toutes celles qu'elle éprouvoit.
{{ Combien de fois je baisai celle lettre « d'Aurore; je l'arrosai de mes larmes, « je la relus, la baisai , la relus encore, « et la mis sur le cœur du plus fidèle des (( amaas. n
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