SIXIÈME LETTRE
Du même au même.
« Les mois s'écoulolent, et rien ne « calmoit mon affreuse souffrance. Je « ne pensois qu'en frémissant à l'infor- « lunée Aurore. Chaque jour j'inlerro- « geois, sur son sort, celui qui venoit « m'apporter de quoi soutenir ma mal- (( heureuse existence; et ses réponses « barbares, quelque courtes et quelque «vagues qu'elles fussent, ne faisoieut « qu'augmenter les tourmens que j'éprou- « vois. Il paroissoil se plaire à me laisser « craindre tout ce qui pou voit déchirer « le plus mon cœur. Il n'avoit pu me « faire croire qu'une seule chose, c'est K qu'Aurore n'étoit pas dans le souter- « rain. Mais vivoit-ellc encore, ou avoit- « on attente à ses Jours? Que mon inu quiétude cloil horrible ! Je ne pouvois
(( faire aucune supposition qui ne fût <( pour moi un supplice. J'ignorois quel « cloit l'exécrable auteur de nos maux. u J'en accusois le comte Antoine, je (( soupçonuois que c'ëloit lui qui, sous le t( masque, avoit dirigé contre Aurore et (( contre moi les armes des brigands. « Mais je u'avois aucune preuve de son « crime , ni aucun moyen de recueillir {( les plus foibles éclaircissemens. Je ne (( savois , d'ailleurs , dans quel endroit j'é- (( tois si étroitement gardé. Je ne pouvois « pas douter que mon cachot ne fît partie (( des cavernes souterraines qui servoient a de retraite à une troupe nombreuse de a brigands et d'assassins. Quelquefois j'en- « tendois les cris de leur joie féroce, les (( clameurs de leurs querelles sanglantes, (( le bruit de leurs orgies; mais tout le reste « m'étoit inconnu. — Et quel devoil être (.( mon sort? quel épouvantable plaisir (( trouvoient-ils à me retenir dans une « étroite enceinte, dans une prison in-
ET ALl'HONSINE DE FLÛRENTINO. 121
fecle, oùj'ëprouvois toutes les douleurs, et où je ressentois tous les lourmens de l'imagination. Pourquoi ne ni'avoienlils pas donné la mort? pourquoi ne venoient-ils pas , par une re'solulioii que i'aurois bénie, terminer ma misérable vie ! — Et quel espoir de m'cchapper pouvois-je concevoir encore? Une porte de fer exactement fermée , un geôlier terrible, et des rochers au-dessus, au-dessous, et autour de moi.
Aucune pensée n'allégeoil le poids affreux de mon désespoir.