CHAPITRE XI
JL''ermîte cependant pensoit souvent à ce que Jean et Marguerite lui avoient dit des ruines qu'ils avoient visitées plusieurs fois, des tombeaux qu'ils avoient examinés, de la dame Blanche qui avoit voulu voir leur mère. Depuis long-temps ildésiroitde visiter ce vieux château. Le jour il s'occupoit de son projet, la nuit il s'en occupoit encore, et, lorsque le sommeil fcrmoit ses yeux , il vojoit en songe la dame Blanche qui Tappeloit par son vrai nom. 1! alîoit à elle, elle disparoissoit , et il s'éveilioit agité.
li demanda de nouveaux renseignemens à sps j-unes élèves , se fil expliquer la position de ces ruines, combina ce qu'ils lui racontèrent de nouveau avec ce qu'ils
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purent lui expliquer devant la porte de rermiîase , en montrant le cours du soleil , quelques grands arbres , et des pins éloiifues. Il se décida enlîn à aller, dès le lendemain, clierclier ce vaste et curieux monument des siècles écoulés. Le soleil venoit de se lever, la journée étoit superbe ; le père Ambroise partit.
Il marcha long-temps., se reposa plusieurs fois, et, au moment où il commenC(Ht à désespérer de rencontrer les ruines , il aperçut, du haut d'un plaleaii , des restes de vieilles tours qui s'élevoient sur utie montagne , et dont il n'étoit plus sépai é que par une vallée. 11 traverse cette vallée , et arrive à la grande enceinte. Une brèche lui sert de porte. 11 se trouve bientôt au pi es d'une longue galerie. Des frontons à demi- ruinés lui présentent des écussoiis. Il distingue les armes de ses ancêtres , et son cœur commence à battre avec plus de force. 11 salue celte terre paternelle ; il s'allendrit sur le néant des
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grandeurs humaines , sur la desline'e de ceux qui ont mëiilé, par leurs hauts faits et par leurs vertus , ces glorieux emblèmes, et qui, après avoir brillé avec tant d'éclat, ne sont plus qu'une vaine poussière. Il entre dans la galerie : une vieille cuirasse et le reste d'une antique bannière sont attachés contre une colonne qui est encore debout ; il s'arrête , les regarde avec enthousiasme , les touche , les baise avec respect; il poursuit sa route, et arrive dans une cour, au fond de laquelle paroît une chapelle. 11 y va. Une sorte de terreur religieuse l'accompagne au milieu des tombeaux , dont quelques-uns , à demi détruits, lui montrent les ossemens sacrés de ses braves aïeux. 11 s'approche d'une tombe sur laquelle il voit des fleurs; le vent gémit autour de lui ; une inscriplion, qui lui paroit récente, le frappe, il lit : Amédée de Florent i no et Aurore de Volenta sont réunis sous ce marbre ; et, saisi d'élouoemeat et de douleur, il
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tombe, presque sans connoissance , sur les marches qui cnvironnenl le tombeau.
Ses yeux se ferment, sa tête s'incline sur la pierre funéraire , et , dans cet élat où il sent si vivement et où toutes ses idées sont confondues, il croit entendre de loin la voix qui lui est si connue et si clière^ proférer de tendres plaintes et répéter soq nom. Son trouble tient du délire. La voix s'approche, l'illusion augmente , son sang circule avec la plus grande violence , lui rend toute sa force , l'agite , le soulève ; il ouvre les jeux ; la dame Blanche est devant lui ; ils se reconnoissent, ils s^écrient : Aurore ! Ainédée ! et ils tombent dans les bras l'un de l'autre.
Ils sont long - temps sans sentiment , étendus sur le tombeau qui devoit les réunir. Mais quels transports succèdent à cette sorte d'insensibilité! Ils ne peuvent d'abord que se regarder, se regarder encore. Aucune parole ne peut sutTire à ce qu'ils éprouvent. Aarore! Amédée! voilà
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tous leurs discours. A mesure cependant que l'excès de leur joie se dissipe, que leur exlase diminue , que les mouvemens de leur cœur brûlant se tempèrent , ils sentent plus profondément, ils goûtent avec plus de délices le bonheur do utils ont ëte' prives pendant tant d'années , et qu'ils ne dévoient plus connoître. Avec quelle ardeur pieuse et touchante ils remercient le ciel ! Ils s'interrogent , se répondent à peine , s'interrogent de nouveau , commencent plusieui's fois de se raconter tout ce qui leur est arrivé depuis leur terrible séparation , s'interrompent , recommencent encore , et > parvenus à surmonter un peu le désordre de leurs affections et de leurs pensées, ils venoient de s'instruire mutuellement de tous les malheurs qui les avoient accablés, lorsque des airs joyeux se font entendre. Jean et Marguerite arrivent aux ruines. Quel plaisir ils ont à voir ensemble leur ])onne dameI31auche,el l'ermite auquel ils ont tant
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d'obligations! La présence de ces aimables jumeaux répand un calme heureux dans lame d'Aurore et dans celle d'Amédee.
Combien ce calme leur éloit ne'cessaire ! Ils n'auroient pas pu supporter plus longtemps leur siîuation trop fortunée. Jamais ils n'ont caressé ces enfans avec tant d'affection, llssont toujours pour les jumeaux le père Ambroise et la dame Blanche.
Mais Amédée et Aurore sont auprès I'uq de l'autre, se voient , se parlent ; et celte félicite suprême, qui est maintenant leur partage, comment ne donneroit-elle pas plus de douceur à leurs accens, plus (!e tendresse à leurs regards, plus de vivacité à leur attachement? Les jumeaux sont étonnés de ce sentiment si fort et si nouveau qui leur paroît animer la dame Blanche et leur bon ermite ; mais ce sentiment les touche, les charme, leur est bien cher; et , par un attrait dont ils sont bien éloignés d'imaginer la cause , jamais ils n'ont été si aises de voir leurs bienfaiteurs , ja-
mais ils ne les ont tant aimes. Jamais non plus Amédée n'a e'prouvé tant de satisfaction à reconnoître quelques traits d'Aurore dans ceux de Marguerite, et Aurore n'a distingué avec autant de contentement, dans les traits de Jean , quelques-uns de ceux d'Amédée. Ils tiennent les jumeaux embrasses, versent sur eux des larmes d'attendrissement et de joie, se plaisent à les parer des fleurs que le matin Aurore ayoit déposées sur la tombe, cèdent à une sorte d'inspiration soudaine, tendent leurs maius vers l'autel , les ramènent sur la léle de Jean et de Marguerite, présentent ces innocentes créatures aux aïeux dont les restes vénérés les environnent, et, par cette cérémonie auguste et pieuse , les adoptent, pour ainsi dire, dans le temple de Dieu et en présence de leurs nobles ancêtres.
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