‹ Charles d'Ellival et Alphonsine de FlorentinoChapitre 6 sur 24 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Uans une des porllons les plus sauvages de la forêt, éloit un monticule isole, couvert de pins et de châtaigniers. Au sommet de ce monticule, terminé par un rochei^ escarpé, on voyoit un ermitage. Cet asile écarté étoît habité depuis quelque temps par le père Ambroise , dont la physionomie indiquoit les malheurs , les vertus et la bonté. Eloigné de toute ville et même de tout hameau , il n'étoit visité que par quelques infortunés, avec lesquels il partageoit le pain et les fruits qu'on lui apporloit d'Agnani. Des livres garnissoient quelques planches placées cou Ire les murs de sa cellule. Il passoit sa y'iQ a prier ^ à

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méditer, a lire, à parcourir, d'un air triste et rêveur, les combes les plus agrestes,, ou les rochers arides, et à faire autant de biea que lui permettoit sa position. Quoique la demeure de Thadëe fût assez proche de l'ermitage, les habitans de la cabane ignoroient l'existence de cette retraite. Ce u'ëloit que depuis peu de tçmps qu'un hasard y avoit amené Victor et Madeleine , qui avoient prié dans la chapelle, et avoient été accueillis, avec cordialité, par le père Ambroise.

Madeleine, qui repassoit souvent dans sa mémoire ce que Yalti lui avoit dit de la naissance et de la destinée future des jumeaux, voyoit avec peine , ainsi que lui , qu'ils grandissoient, sans recevoir, dans aucun genre , une partie de l'instruction qui leur seroit nécessaire un jour. Son coeur se serroit lorsqu'elle pensoit au moment oiices enfans qui lui éloient si chers, la quitleroient pour aller jouir du sort brillant qui leur étoit destiné. Elle

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repandoit alors dans le sein de Victor et de ses vieux pareus des larmes bien amères. Mais elle n'en desiroit que plus vivement de tout faire pour le bonheur futur de ses jumeaux. Elle songe à l'ermite, à sabonlé, à ses livres, se confirme dans sa résolulion , n'en fait part à personne, se lève de bonne heure, appelle Jean et Marguerite , leur dit qu'elle va leur faire faii'e une promenade un peu longue dans la forêt , les remplit de joie , les habille avec un soin particulier, les embrasse, prie avec eux devant l'image de Jésus , les mène dans le bois , et les conduit à l'ermitage.

La matinée étoit belle ; le père Ambroise, assis sur un bloc de pierre, lisoit à la porte de sa cellule. Madeleine s'avance avec timidité, tenant d'une main Jean, et de l'autre Marguerite ; Termite la salue , en lui souriant ; elle se rassure un peu. — « Mon père , dit-elle à l'ermite , je vous c( amène ces enfans, pour que ^ous priiez. n pour eux et que vous les bénissiez. >i

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— Elle se mil à genoux avec Jean et Marguerite. LepèreAmbroise, touché de ce quï\ voit et de ce qu'il vient d 'en tendre , la relève, considère les jumeaux, est èlonnë de leur beauté, de'leur pliysioîiomie, de leur air, de leur ressemblance.

— « Cesenfans sont à vous? — Us ont en *( moi la mère la plus tendre ; ils sont <( jumeaux ; le ciel me les a donnés l'un « et l'autre au même instant. Dieu a béni « les soins que mon mari , mou père Tha- '« dée , ma mère Anna et moi avons pris

« de ces enfaos ; ils sont bons, dociles et « actifs; chaque matin ils prient Dieu avec -« ferveur; ils nous chérissent. Mais nous <( ne pouvons plus rien pour eux. Un jour a peut-être ils auront besoin d'en savoir « plus que nous ne pouvons leur en ap- « prendre. Un ami de mon père Thadéc « nous fait espérer que, dans la suite , ces « deux enfaus trouveront un protecteur « généreux et puissant. Nous voudrions fi qu'ils fussent digues de sa bonté. ISous

« avons recours à vous qui êtes si pieux « et si compatissant. Nous vous implorons « pour nos pauvres enfans; ne rejetez pas « la prière d'une mère ; permettez que ces « jumeaux viennent de temps en temps « vous voir; donnez-leur quelques leçons: « ils répondront à vos soins de manière « à vous satisfaire ; ils ont un cœur seu- <( sible et reconnoissant ; ils vous aimc- (( ront , vous respecteront, vous Iiono- « reront comme un second père. Ne me « refusez pas, je vous en conjure. » — L'ermite ne peut retenir ses larmes. Plus il considère ces enfans, et plus il est c'mu ; leurs traits lui retracent des souvenirs bien chers et bien douloureux; il les caresse , promet à leur mère d'avoir pour eux l'aftèctiou d'un père, de leur montrer ce qui lui paroîtraleur convenir le mieux , de ne rien négliger pour qu'ils soient toujours bons, vertueux et heureux, et de leur inspirer tons les sentimens qui devront les rendre un jour dignes de Teslime

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des hommes et des desseins de la providence sur eux.

Madeleine exprime au père Ambroise sa naïve reconnoissance , prend les mains du vieux ermite, les place sur la tête de ses enfans , demande la permission de conduire ses jumeaux dans la chapelle, cl, à genoux avec Jean et Marguerite sur les marches de lautel, elle remercie Dieu de la grâce qu'il vient de leur faire, prend congé du solitaire attendri , et ramène à la cabane les doux objets de sa tendresse et de sa sollicitude.

Le père Ambroise ne cessoit de regarder Jean et Marguerite pendant qu'ils descendoient le monticule; leur figure, leurs petits gestes , le son de leur voix , avoienl pénètre jusques au fond de son âme. — « Malheureuse Aurore! » s'écriat-il ; et il se précipita à genoux pour implorer la miséricorde céleste.

Dès le lendemain, les jumeaux, a qui leur mère avoilfait remarquer avec beau-

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coup de soia tous les de'loiirs qui coiiduisoient de la cabane à l'ermilage , arrivèrent de bonne heure à la cellule du père Ambroise. Il les mena à la chapelle ; et, après avoir itivoqué avec eux la divinité, ils allèrent s'asseoir sur un rocher auprès de l'ermilage ; et là , à l'ombre d'uu vieux châtaignier, le père Ambroise commença à leur donner les leçons qu'il crut les plus analogues à leur âge si tendre encore.

Sa bonté' seule l'auroit enofaç>é à chercher les moyens les plus convenables pour les instruire sans les fatiguer, les familiariser avec leurs nouvelles occupations, et leur rendre même leurs recherches agréables , bien loin de les rebuter par des travaux trop supe'rieurs à la portée de leur esprit. Mais un penchant secret les portoit vers ces enfans, atlachoit un grand charme aux soins qu'il leur donnoil , et lui faisoit éprouver une jouissance bien douce dans les progrès de ces intéressans élèves.

Les heureuses dispositions des jumeaux «ecoudoient bien fortement, d'ailleurs, sa constante et si bienveillante attention ; leur intelligence se de'veloppoil; leur mémoire se forlifîoit ; leurs idées s'étendoient ; ils apprenoieAt à les combiner, ils commençoienlà comparer les faits que leur présenloient les objets de leurs études ; leur affection mutuelle rendoit les succès de Marguerite si heureux pour Jean, et ceux de Jean si heureux pour Marguerite! ils Irouvoient, lorsqu'ils avoient réussi au gré du père Ambroise , une récompense si douce dans l'approbation du bon ermite à qui ils tàchoient de plaire, €t dans les caresses de Madeleine qu'ils aimoient si vivement, que chaque jour leur avancement devenoit plus rapide; niais ce dont le père Ambroise et Madeleine remercioient surtout le ciel , c'est qu'en devenant plus instruits, ils devenoicnt meilleurs.

D'un autre côté, Thadée avoit donné

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à Jean une petite hache; Marguerite avoit aussi voulu en avoir une ; et souvent tous les deux , se tenant par la main , et la petite hache sur l'épaule, alloient fièrement dans le bois, aider, disoienl-ils, Thade'e et Victor, et partager leurs pe'nibles travaux.

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