L’HOMME ET LES THÉORIES TRANSFORMISTES
• On ne saurait guère examiner les théories transformistes sans parler de l’application qu’on en a faite à l’histoire de notre propre espèce. Les détails généraux dans lesquels je suis entré permettent toutefois de traiter très -brièvement cette question spéciale.
Et d’abord, pour qui admet les transformations brusques, rien n’est plus aisé que d’expliquer l’apparition de l’homme au milieu des autres êtres vivants. Mais la facilité même de la solution d’un pareil problème est de nature à mettre en garde contre elle et contre l’idée première dont elle est la conséquence. Dans toutes les doctrines se rattachant à ce principe et qui ont été formulées avec quelque détail, la transformation peut produire subitement un être distinct de ses ascendants au point d’appartenir même à une autre classe que ses père et mère. Appliquée à l’homme, cette donnée permet de le faire sortir à peu près indifféremment d’un mammifère quelconque aussi bien que d’un oiseau, d’un reptile ou d’un poisson.
Sans entrer dans d’autres considérations, il est, je pense, permis de dire que le vague et l’incertitude de ce résultat suffisent pour le faire rejeter par quiconque tient quelque peu à la précision scientifique.
Les théories qui partent de la transformation lente présentent ici tous les avantages et aussi tous les inconvénients que nous leur avons reconnus. Pour qui en admet les principes, l’existence de l’homme n’est pas plus difficile à expliquer que celle de toute autre espèce animale ou végétale. Lamarck, en invoquant le pouvoir de l’habitude et les déviations accidentelles qu’il reconnaissait ailleurs, a pu trèslogiquement faire dériver l’espèce humaine de quelque singe anthropomorphe (1). Prenant le chimpanzé comme le plus perfectionné de ces animaux, il le montre très-inférieur à l’homme au point de vue du corps et de l’intelligence; puis il se demande ce qui arriverait, si une race sortie de ce tronc perdait l’habitude de grimper. Il n’est pas douteux, répond-il, que les descendants seraient, après quelques générations, transformés en bimanes. Le désir de voir à la fois au large et au loin leur ferait contracter 1 habitude de la station debout. En cessant d’employer leurs dents en guise de défense ou de tenailles, ils les réduiraient aux dimensions des nôtres. Lamarck ne dit pas, il est vrai,
(1) Philosophie zoologique , t. I : Quelques observations relatives à l’homme .