‹ Charles Darwin et ses précurseurs françaisChapitre 5 sur 24 · SERIE DES ANIMAUX ARTICULES · texte numérisé non relu

SERIE DES ANIMAUX ARTICULES

Radiaires.

Ascidiens.

Acéphales.

Mollusques.

PoissoDS.

Reptiles.

Oiseaux.

Mammifères.

Vers.

Annélides.

Epizoaires.

Insectes .

Arachnides.

Crustacés.

Cirripèdes.

Ici les animaux vertébrés restent isolés, Lamarck déclarant qu’il ne peut préciser encore les termes de transition nécessaires pour déterminer leur origine.

rendre compte des rapports mutuels des groupes zoologiques.... Tout ce qu’il dit sur ces diverses questions est généralement juste, surtout si l’on se reporte à l’époque où il écrivait. Les faits semblent donc ici confirmer de tout point la théorie. C’est encore un ordre de considérations que j’aurai à reprendre quand je comparerai à divers écrivains modernes l’auteur de la Philosophie zoologique.

Les tableaux de Lamarck, les déductions qu’il tire de ses principes, n’embrassent que les types actuels, ne comprennent que les espèces vivantes. A l’époque où il écrivait, la géologie, la paléontologie surtout, étaient loin d’être ce qu’ elles sont devenues (1). Il n’est donc pas surprenant qu’il n’ait pas demandé aux fossiles les enseignements qu’on y est allé chercher plus tard. Toutefois il n’a pas laissé entièrement de côté les problèmes spéciaux soulevés par ces restes organiques. Il les a très-nettement et très-positivement résolus dans le sens de sa théorie. L’idée de la destruction des espèces lui répugne, et, quand il s’agit des grands mammifères, dont Cuvier commençait à décrire les ossements, il en attribue la disparition à l’homme. Mais devant le nombre croissant des coquilles fossiles, si différentes des espèces vivantes, qu’il déterminait et classait lui-même, il est bien obligé de reconnaître que l’homme n’est pour rien

(1) La première édition des Recherches sur les ossements fossiles est de 1812 ; la Description géologique des environs de Paris est de 1822.

LES PRÉCURSEURS DE DARWIN

dans les modifications des faunes malaco-logiques. Il les attribue sans hésiter à l’influence des changements subis par le globe, changements qui ont entraîné pour les êtres vivants des besoins nouveaux, des habitudes nouvelles, et par conséquent des transformations. « Qu’on ne s’étonne » pas, conclut-il, si parmi les nombreux fossiles il s’en » trouve si peu dont nous reconnaissions les analogues » vivants; si quelque chose doit nous surprendre, c’est que » nous puissions constater l’existence de quelques-uns de » ces analogues. »

De toutes ces données résulte pour Lamarck l’idée qu’il se fait de l’espèce considérée dans le temps. A proprement parler, elle n’existe pas pour lui. « Parmi les corps vivants, » dit-il, la nature ne nous offre d’une manière absolue que » des individus qui se succèdent les uns aux autres par la » génération, et qui proviennent les uns des autres; les » espèces n’ont qu’une constance relative, et ne sont inva- » riables que temporairement (1). » Faisons-le remarquer tout de suite, dans cette dernière ligne reparaît le naturaliste, effacé jusque-là par le philosophe et le théoricien. Frappé de l’inégalité que manifestent à tant d’égards les êtres organisés, de la progression presque régulière qu’il croyait avoir aperçue d’une extrémité à l’autre des deux règnes, Lamarck veut expliquer cet état de choses, et par

(1) Philosophie zoologique.

suite il se laisse entraîner clans la région clés hypothèses et des rêves. Mais au milieu de ses spéculations il ne peut oublier les faits qu’il avait si souvent observés par lui-même. Lorsqu’il n’envisage plus l’espèce dans la durée indéfinie des siècles, lorsqu’il rentre dans les temps accessibles à l’expérience et à l’observation, il va jusqu’à employer l’expression « d’invariable ». Bien plus, dans sa Philosophie zoologique , il accepte comme exacte une définition de l’espèce qui revient au fond à celle de Buffon, à celle de Cuvier, à celle de tous les naturalistes qui croient à la réalité de l’espèce, et qu’on a trop souvent oubliée (1). Nous aurons à insister plus tard sur les enseignements qui résultent de cet accord.

Tel est l’ensemble de la doctrine de Lamarck. Il est facile de voir qu’elle lui appartient bien en propre, qu’elle n’a aucun rapport avec celle de ses prédécesseurs. Dans la route qu’il s’est tracée, l’auteur de la Philosophie zoologique côtoie parfois d’assez près de Maillet ou Robinet; mais pour des points de détail seulement, et sans que jamais ses opinions s’identifient réellement avec les leurs. Au fait, tout rapprochement réel était impossible entre lui et ces deux écrivains, auxquels on a pourtant cherché à le rattacher; car il partait de la génération spontanée et de l’épigenèse, tandis que toutes les théories de de Maillet et de

(1) « On appelle espèce toute collection d’individus semblables qui lurent » produits par des individus pareils à eux. Cette définition est exacte, car — »

T. ES PRÉCURSEURS DE DARWIN

Robinet reposent sur la préexistence des germes. On s’explique difficilement comment Cuvier lui-même a pu se méprendre sur ce point. Lamarck n’a pas davantage de rapports avec Buffon. Il ne prend en réalité à ce dernier que quelques expressions. r

A ne voir que l’ensemble et à négliger les détails, le système de Lamarck est bien lié d’un bout à l’autre, et il faut reconnaître qu’il rend très-suffisamment compte des faits connus il y a soixante ans. Il ne faudrait pas ajouter grand’chose pour comprendre dans cette formule les découvertes modernes ; mais il faudrait en même temps accepter les hypothèses de l’auteur, et nous les examinerons plus tard. Nous croyons dès à présent pouvoir dire que peu de personnes sans doute adopteront l’explication donnée par Lamarck de l’origine des tentacules chez les colimaçons. Cet exemple, très-malheureusement choisi par l’auteur, quelques autres de même nature et qui prêtaient à la plaisanterie, ont peut-être été cause du peu de retentissement réel qu’ont obtenu les théories de Lamarck. La contradiction, cet élément de succès parfois indispensable, leur fit d’ailleurs défaut, et elles sont restées peu connues en dehors du monde des naturalistes. Ailleurs, c’est le plus souvent sur parole qu’ elles ont été exaltées ou condamnées, et le Linné français eût été à bon droit fort surpris, aussi bien de certains éloges que de certains blâmes adressés à ses écrits.

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