‹ Charles Darwin et ses précurseurs françaisChapitre 7 sur 24 · ISIDORE GEOFFROY SAINT- HILAIRE · texte numérisé non relu

ISIDORE GEOFFROY SAINT- HILAIRE

Les théories de Lamarck, surtout celles d’Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, ont compté en France un certain nombre de disciples, parmi lesquels on place d’ordinaire son fils, Isidore Geoffroy. Je ne crois pas ce jugement bien fondé, quoique Darwin l’ait reproduit tout récemment encore. On sait comment Isidore Geoffroy a, dans tous ses écrits, adopté et défendu les opinions de son illustre père; souvent il les a développées et en a fait ressortir les conséquences. Pour

(1) Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, né à Paris en 1805, mort dans la même ville en 1861. Ses deux principaux ouvrages sont Y Histoire générale et particulière des anomalies de l’organisation , 1832-1836, et l’ Histoire naturelle générale des Règnes organiques. Le troisième volume de ce livre n’est pas entièrement terminé, et le programme placé en têle du premier nous apprend que l’auteur avait à peine rempli le tiers du cadre qu’il s’était tracé d’avance.

tout ce qui touche à l’origine des espèces, il s’est au contraire borné à résumer ce qu’Étienne Geoffroy avait exposé d’une manière parfois un peu confuse. Bien plus, par le choix des citations, par les réflexions qu’il ajoute, il semble avoir voulu en restreindre plutôt qu’en étendre le sens. Quiconque aura lu attentivement l’ouvrage où il comptait résumer ses doctrines, et qu’il n’a pu achever, se rendra aisément compte de ce fait. Isidore Geoffroy est de tout point l’élève de Buffon ; il croit à la réalité de l’espèce, à la distinction de l’espèce et de la race. Rien dans son livre n’autorise à penser qu’il admît des transmutations analogues à celles dont Lamarck soutenait la réalité, à celles dont il s’agit aujourd’hui. Par cela même, il se trouvait entraîné loin de son père ; et il semble que la conviction du savant se soit trouvée chez lui en lutte avec le sentiment profond de piété filiale que nous lui avons tous connu. On dirait qu’il a cherché à les concilier en faisant quelques réserves relatives aux époques des grands phénomènes géologiques. En effet, l’idée de la modification des formes sans altération des caractères les plus fondamentaux de l’espèce; en d’autres termes, l’apparition d’une race distincte succédant à la première réalisation d’un type spécifique donné, pourrait être acceptée à titre de compromis. Mais de là aux doctrines que nous examinons en ce moment, il y a bien loin. Isidore Geoffroy admettait la variabilité de l’espèce ; nulle part il ne parle de sa mutabilité. C’est donc bien à

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tort, ce me semble, qu’on a placé son nom parmi ceux des naturalistes qui, de près ou de loin, se sont rattachés à cette idée.

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