BORY DE SAINT- VINCENT (I
Bory de Saint-Vincent est avant tout un disciple de Lamarck. A diverses reprises, et surtout dans l’article Création du Dictionnaire classique d'histoire naturelle , dont il dirigeait la rédaction, il développa sur plus d’un point la doctrine de son maître, et en tira des conséquences qui lui appartiennent en propre.
Bory admet la formation spontanée, journalière, d’espèces nouvelles ; non, il est vrai, sur nos continents, depuis longtemps peuplés d’animaux et de plantes, mais tout au moins sur les terres considérées par lui comme de formation récente. Il cite comme exemple l’île Mascareigne (Bourbon), qu’il croit assez récemment sortie des mers sous l’influence des forces volcaniques, et qui renfermerait, d’après lui, « plus d’espèces polymorphes que toute la terre » ferme de l’ancien monde ». Sur ce sol relativement tout moderne, les espèces, dit-il, ne sont pas encore fixées. La
(1) Bory de Saint-Vincent, né à Agen en 1780, mort à Paris en 1846.
nature, en se hâtant de constituer les types, semble avoir négligé de régulariser les organes accessoires. Dans les continents plus anciennement formés au contraire, le développement des plantes a forcément suivi une marche identique depuis un nombre incalculable de générations. Les végétaux ont ainsi arrêté leurs formes, et ne présentent plus les écarts si fréquents dans les pays nouveaux.
On voit que, sans être bien explicite, Bory semble faire intervenir ici une donnée nouvelle, l’influence exercée sur la fixation des caractères spécifiques par l’action des ascendants placés eux-mêmes dans des conditions d’existence constantes. Ce serait pour ainsi dire X habitude exerçant son pouvoir non plus seulement sur les individus, mais sur l’espèce elle-même.