PUBLICATION DU MÉMOIRE DE
est la meilleure que Ton pût imaginer. D'une part, Darwin ne perd pas le bénéfice de son labeur acharné, dont Tantériorité est bien établie par la copie d'une lettre par lui adressée à Asa Gray en 4856, et par le résumé de 4844 que Hooker'peut certifier reconnaître pour l'avoir lu à l'époque. D'autre part, le travail de Wallace est publié intér graleraent, et porté à la connaissance du public, bien qu'il n'en ait aucunement manifesté le désir, et Wallace ne peut considérer Darwin comme ayant déloyalement profité de la connaissance qu'a celuici de son manuscrit pour prendre les devants.
Le double travail des deux naturalistes est donc lu à la Société Linnéenne, et l'impression produite est sérieuse.
Sir Joseph Hooker écrit : « L'intérêt provoqué fut considérable, mais le sujet était trop nouveau, de trop mauvais augure, pour que la vieille école entrât dans la lice avant d'avoir revêtu son armure. Après la réunion, l'on en parla avec une émotion contenue : Tapprobation de Lyell et peut-être un peu celle que je donnais en qualité de lieutenant de Lyell dans TafTaire, en imposa aux membres, qui autrement se fassent insurgés contre la doctrine. Nous avions aussi l'avantage d'être familiers avec les auteurs et avec leur théorie. »
Darwin a toujours gardé à ses amis Lyell et Hoo^ ker une profonde reconnaissance pour le conseil et
l'appui qu'ils lui ont donnés en cette circonstance : ses lettres en sont un témoignage fidèle. « Je m'étais tout à fait résigné, écrit-il à Hooker, et j'avais déjà écrit la moitié d'une lettre à Wallace, où je lui abandonnais toute priorité, et je n'eusse certes pas changé d'avis sans votre extraordinaire bonté, à Lyell et à vous. »
La publication de Wallace détermine Darwin à changer ses plans. Il cesse de travailler à l'œuvre entreprise, œuvre qui devait être considérable, avons-nous dit, et se décide à faire un résumé de celle-ci, mais un résumé qui, il le voit bientôt, devra former un volume de dimensions assez considérables. Ce résumé, c'est VOrigine des Espèces. Il y travaille avec ardeur, tenant ses amis au courant de ses progrès, trop lents à son gré, leur envoyant le manuscrit des chapitres au fur et à mesure, pour les soumettre à leur appréciation, continuant aussi à noter, à observer, à expérimenter. A cette époque se rapporte une lettre qu'il adresse à Wallace, en réponse à un billet de celui-ci, et qui indique bien le caractère particulièrement droit et la courtoisie des deux hommes : « Permettez-moi, dit-il, faisant allusion à deux lettres de Wallace, permettez-moi de vous dire combien j'admire du fond du cœur l'esprit dans lequel elles sont conçues.... Je vous souhaite de tout cœur santé et entier succès dans tout ce que vous entreprendrez, et Dieu sait que, si