‹ Charles DarwinChapitre 32 sur 90 · RÉDACTION DE « L'ORIGINE DES ESPÈCES · texte numérisé non relu

RÉDACTION DE « L'ORIGINE DES ESPÈCES

un zèle admirable et Ténergie méritent le succès, vous le méritez amplement. Je considère ma carrière comme presque finie. Si je puis publier mon résumé {V Origine des Espèces), et peut-être mon ouvrage plus étendu sur la même matière, je considérerai ma course comme fournie. »

L'éditeur Murray, qui a entendu parler — par Lyell, semble-t-il — du volume que prépare Dar- . win, offre de le publier. Darwin accepte, à la condition que Murray parcoure d'abord le manuscrit, et ne s'engage point sans en avoir pris connaissance ; il craint que l'orthodoxie de l'éditeur n'en soit blessée. Murray parcourt quelques chapitres et maintient son offre, qui est définitivement acceptée. L'impression est commencée aussitôt. La correction' des épreuves est chose terrible pour Darwin. Il trouve son style détestable, souvent obscur, et, en raison du nombre des corrections, il offre à Murray de prendre à sa charge une partie des frais. Ces épreuves sont communiquées à ses amis, qui lui donnent leur sentiment. Vers la fin, Darwin se sent à tel point fatigué que force lui est de se réfugier à Ilkley, où il subit un traitement hydrothérapique, tout en achevant la correction des épreuves. Enfin, en novembre 4859, VOrigine des Espèces voit le jour.

Des idées renfermées dans cette œuvre capitale, il sera question plus loin (chapitre ix). On sait

que Darwin y propose une théorie nouvelle de l'origine des espèces, contraire à celle qui était jusque-là classique, à celle des créations spécifiques, et que sa théorie repose sur la variabilité et la sélection naturelle, lesquelles suffiraient à faire dériver toutes les espèces d*un nombre très restreint de types originels, grâce à des lois générales constamment en action. Il ne sera question ici que de l'accueil qui fut fait à ce livre, qui bouleversa les esprits, non point tant par ce qu'il renfermait, que par l'extension logiquement imposée aux conclusions purement zoologiques par l'esprit des lecteurs intelligents. Les 4 250 exemplaires de la première édition sont enlevés le jour de la vente, et aussitôt l'éditeur Murray travaille en hâte à en tirer 3 000 exemplaires de plus. A ce point de vue — secondaire d'ailleurs, — le succès est grand, et il indique de la part du public une ardeur considérable, ce qui ne laisse pas de surprendre Darwin. Mais ce qui intéresse plus que le succès de librairie, si significatif soit-il pour une œuvre aussi spéciale, c'est l'impression, le jugement des personnes compétentes. Darwin tient particulièrement à lapprobation de Lyell, Hooker, Gray et Huxley, qui sont à la tête des sciences naturelles. Lyell se rallie dans une grande mesure, chose fort importante pour Darwin. « D'autre part, Lyell, jusque-là le pilier, des antimutabilistes (qui le considérèrent par

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