‹ Charles DarwinChapitre 34 sur 90 · ACCUEIL FAIT A « L'ORIGINE DES ESPÈCES · texte numérisé non relu

ACCUEIL FAIT A « L'ORIGINE DES ESPÈCES

rens publie un volume destiné, dans sa pensée, à ne plus laisser debout un seul des arguments de Darwin. « Quel jargon métaphysique jeté mal à propos dans l'histoire naturelle, qui tombe dans le galimatias dès qu'elle sort des idées claires, des idées justes! Quel langage prétentieux et videl Quelles personnifications puériles et surannées l lucidité! ô solidité de l'esprit français, que devenez-vous? » Flourens a oublié d'ajouter quelles sont, pour lui, les idées claires dont il parle. Cette critique laisse Darwin assez froid. « Gela me fait plaisir, dit-il, car cela montre que la doctrine se propage en France » : cela lui suffit. Huxley, moins philosophe, et que, d'ailleurs, la polémique est loin d'effrayer, ajoute en guise de réflexion : « Étant privés de la bénédiction que confère la possession d'une Académie, nous ne sommes pas habitués à voir traiter de la sorte nos hommes les plus éminents, même par un secrétaire perpétuel ».

S'il y a des adeptes de la première heure, il y a aussi des ennemis acharnés. Il en est qui ne comptent pas : c'est le grand nombre, et nous n'en parlerons pas. Parmi ceux qui comptent, il faut réserver le premier rang à Agassiz, le savant naturaliste américain. Sa critique est ce que doit être la critique de gens qui se respectent, sohde dans le fond, courtoise dans la forme. Sedgwick, le célèbre géologue, est hostile aussi, mais ses arguments

sérieux sont amoindris par l'adjonction de considérations étrangères au débat. Harvey, WoUaston, Henslow, Jenyns, sont hostiles aussi, ou bien n'acceptent qu'une petite partie des conclusions de Darwin.

Parmi les critiques adverses, dénuées de valeur scientifique, il nous faut en citer deux : celles de deux dignitaires de l'Église, Haughton et Wilberforce. Celle de Haughton fut brève, dédaigneuse; WJlberforce fut amusant. Non seulement il publie, dans la Quarterly Review^ un article virulent, rempli, d'ailleurs, d'erreurs de toute sorte : il profite encore de la réunion de l'Association Britannique pour faire une attaque, demeurée mémorable, contre l'œuvre de Darwin. L'agitation du public était grande, et la foule considérable pour écouter Tévêque d'Oxford. Son discours, amusant, incisif, mais vide, ne tarda pas à l'entraîner à des personnalités, et, à un moment, il demanda à Huxley si c'était par son grand-père ou sa grand'mère qu'il se rattachait au singe. A quoi Huxley répliqua qu'il n'en savait rien, mais que cette parenté n'avait rien qui le choquât; qu'il préférait pour aïeul un singe à un homme qui se mêle de traiter des questions auxquelles il n'entend rien. Les rieurs furent du côté de Huxley, et révêque se retira battu. Le côté humoristique de cette critique amusa fort Darwin, qui, d'ailleurs, ne pouvait y attacher une importance quelconque.

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