‹ Charles DarwinChapitre 35 sur 90 · CRITIQUE DE L'ÉVÊQUE D'OXFORD · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE L'ÉVÊQUE D'OXFORD

L'attitude du chanoine Kingsley est particulièrement intéressante. Il écrit à Darwin : « Depuis longtemps, par robservation du croisement des plantes et des animaux domestiques, j'ai appris à ne plus croire au dogme de la permanence des espèces. En second lieu, j'ai appris graduellement à voir que c'est une aussi noble conception de la divinité, de croire qu'elle a créé des formes originelles susceptibles de se développer dans les formes nécessaires, selon le temps et le lieu, que de penser qu'il lui a fallu intervenir à nouveau pour combler les lacunes créées par elle. Je me demande même si la première conception n'est pas la plus élevée. » Mais c'est là une exception : le clergé est généralement opposé aux idées de Darwin. Son ami le pasteur de Down, M. Brodie Innés, ne les accepte pas; d'ailleurs, ils ne discutent jamais ces questions ensemble ; ils sont habitués à ne pas s'entendre, malgré leur étroite amitié. « M. Brodie Innés et moi, dit Darwin, avons été des amis intimes durant trente ans, et nous ne nous sommes jamais complètement entendus que sur un seul sujet, et, cette fois, nous nous sommes regardés fixement, pensant que l'un de nous devait être fort malade. »

Pour conclure, quelques passages de l'autobiographie, concernant VOrigine des Espèces, pourront intéresser le lecteur :

« On a dit que le succès de VOrigine des Espèces

prouvait « que le sujet était dans Tair », ou « que « les esprits étaient préparés ». Je ne pense pas que cette hypothèse soit strictement exacte, car j'ai sondé à l'occasion plusieurs naturalistes, et je n'en rencontrai jamais qui parussent douter de la permanence des espèces. Lyell et Hooker même, qui m'écoutaient avec intérêt, ne paraissaient nullement partager mon opinion. J'essayai une ou deux fois d'expliquer à des hommes distingués ce que j'entendais par la sélection naturelle, mais j'échouai d'une façon absolue.

« Ce qui doit être strictement vrai, c'est que des faits innombrables et bien observés étaient enregistrés dans r esprit des naturalistes, faits prêts à prendre leur place respective aussitôt qu'une théorie suffisamment établie se présenterait pour les recevoir. Un autre élément de succès pour mon livre fut sa dimension modérée, et ceci est dû à Tessai de M. Wallace. Si j'avais publié mon livre tel que je l'avais commencé en 4856, l'ouvrage aurait été quatre fois plus étendu que l' Origine, et bien peu auraient eu la patience de le lire.

« Je gagnai beaucoup à en retarder la publication de 4839, époque où ma théorie fut arrêtée dans mon esprit, à 4859, et je ne perdis rien à ce délai, car il m'importait peu que l'on attribuât plus d'originalité à Wallace qu'à moi. Il est évident que son essai aida à faire accueillir ma théorie. »

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