RÉCOMPENSE
Preyer, le physiologiste d'Iéna, qui, dans son beau livre VAme de VEnfanty a repris, depuis, l'étude ébauchée par Darwin sur le développement psychologique du nouveau-né, et à qui il écrit : « Jusqu'à présent je suis continuellement honni et traité avec mépris par les écrivains de mon pays, mais les jeunes naturalistes sont presque tous avec moi, et, tôt ou tard, le public devra suivre ceux qui font des études spéciales sur la matière. Le dédain et les injures des écrivains ignorants me touchent peu. » Citons aussi M. A. Gaudry, à qui il fait remarquer combien c'est chose étrange que la patrie de Lamarck, de Buffon, de Geoffroy Saint-Hilaire, soit si réfractaire à l'adoption de ses vues; M. de Saporta, dont l'appui lui fait grand plaisir; Haeckel, qui depuis a outré le darwinisme de la façon que l'on sait; Cari Vogt, qui n'hésite pas à prendre un rôle militant en faveur de V Origine des Espèces.
Parmi les lettres de cette époque, il en est une qui est fort intéressante : elle se rapporte à une question physiologique dont le Parlement était s^isî, celle des mariages entre cousins germains. Darwin arrive à la conclusion, formulée dans une lettre à sir John Lubbock, que l'on ne connaît rien de précis sur la matière, et que l'idée communément acceptée de l'influence nuisible des unions consanguines repose sur des préjugés, et non sur des faits. La question n'est pas de celles que Ton résout aisé-
ment, car une étude spéciale amena un de ses fils, George Darwin, à conclure (en 1875) qu'en Tétat actuel il est impossible de se prononcer.
En 1871 se place la publication de la Descendance de rHommCj où Darwin s'attache à établir l'origine de l'homme d'après les principes de l'évolution et de la sélection; l'accueil qui lui est fait a beaucoup perdu de cette acrimonie qui salua l'apparition de VOrigine des Espèces, C'est en 1871 aussi que fut publiée VExpression des Émotions, D'autres œuvres suivent bientôt : la, Fertilisation des OrchidéeSj la Fécondation croisée et directe y les Plantes grimpantes^ la Faculté du mouvement chez les plantes y etc. En 1875 Darwin est appelé devant la commission sur la vivisection, pour donner son avis. Sur ce point, il est très catégorique. Darwin, l'homme au cœur tendre par excellence, que l'esclavage humain a douloureusement impressionné au Brésil, qui ne maltraite jamais un animal, et dont les idées zoophiles sont si bien connues dans les environs de Down que les cochers osent à peine fouetter leurs chevaux, dans la crainte d'une verte semonce, Darwin, écrivant à Ray Lankester, dit : « Vous me demandez mon opinion sur la vivisection. Je suis tout à fait d'accord avec vous, et je la trouve justifiable quand il s'agit de recherches physiologiques véritables, mais non quand il s'agit d'une simple curiosité, à mon avis détestable et condamnable.