‹ Charles DarwinChapitre 38 sur 90 · HONNEURS DIVERS · texte numérisé non relu

HONNEURS DIVERS

C'est un sujet qui me rend malade d'horreur, et je n'en parlerai plus, sans quoi je ne pourrai fermer Tœil de la nuit. » Sir Thomas Farrer a recueilli le même témoignage, et a dit que Darwin était fermemement convaincu que l'interdiction d'expériences sur les animaux vivants aiTêterait nos connaissances sur la maladie et les remèdes à lui opposer. A l'appui de ses idées, il cite les expériences et les résultats de Pasteur, de Virchow. L'opinion de Darwin est celle de la majorité des personnes compétentes, qui savent, par expérience, ce que la médecine doit à la vivisection, et reconnaissent cependant la déférence que Ton doit à ce sentiment si naturel : l'horreur de la souffrance inutile. Il est tant de souffrances et de douleurs dont le but nous échappe, qu'il est criminel d'en augmenter sans nécessité le nombre.

En 1878 l'Académie des Sciences appelle Darwin à elle, dans la section de botanique. Il y avait eu, en 1872, une tentative pour le faire élire, tentative dont M. de Quatrefages, l'honoré naturaliste, avait pris l'initiative, semble- t-il; mais cette tentative n'aboutit point. L'élection se fit en 1878; il eut 26 voix sur 39 (dont sept bulletins blancs); il écrivait à Asa Gray, élu en même temps que lui :

€ C'est une assez bonne plaisanterie que j'aie été nommé dans la section de botanique, étant donné que mes connaissances me permettent tout juste

de savoir que la marguerite est une composée, et le pois une légumineuse ». La même année, TAcadémie des Sciences de Berlin lui ouvrit ses portes, et en 1879 celle de Turin lui décerna un prix de 12000 francs, sur lequel il préleva immédiatement une partie pour en faire don à Dohm pour sa station zoologique de Naples, qui a rendu tant de services à la science. Les honneurs ne lui faisaient point oublier ses amis, car c'est à cette époque qu'il réussit à faire allouer à Wallace, son ami et rival, une pension gouvernementale.

Nous n'insisterons pas plus longuement sur cette dernière période de la vie de Darwin : tout son intérêt réside dans les œuvres qu'il publia, œuvres touchant surtout à la botanique, et dont nous ne pouvons entreprendre ici le résumé. Il est cependant un point qu'il nous sera permis d'effleurer en passant : c'est la question des idées religieuses du grand naturaliste. Pour la grande majorité de ceux qui en parlent sans l'avoir lu — et le nombre en est grand, — Darwin est « un athée qui fait descendre l'homme du singe ». Athée, Darwin ne l'est pas : il n'est pas chrétien, mais il n'est pas athée. Sur ce point, son autobiographie et ses lettres sont formelles. Pendant son enfance et sa jeunesse, à l'époque du voyage, Darwin était un croyant sincère, acceptant tous les dogmes de l'Église d'Angleterre, — au point même d'exciter l'hilarité de ses

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