‹ Charles DarwinChapitre 40 sur 90 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

V0YA6B d'un naturaliste

Nous allons maintenant rapidement analyser les œuvres principales de Darwin. L'ordre que nous suivrons sera à peu près chronologique, mais de préférence méthodique : nous grouperons ensemble les œuvres de même nature, si nous commençons par les travaux généraux.

Le Journal of Researches, publié en 4839, pour la première fois, dans la collection des comptes rendus de l'expédition du Beagle, puis publié en volume isolé en 1845, et sous le titre, qu'il a conservé désormais, de A Naturalists Voyage^ a été traduit en français sous le titre de Voyage d'un naturaliste autour du monde. Ce volume, le premier qui, des œuvres de Darwin, ait eu quelque succès auprès du grand public, renferme le récit en langue familière, dépouillée des termes trop techniques, des circonstances qui ont accompagné le voyage du jeune naturaliste autour du monde, du 27 décembre 1831 au

2 octobre 1836; c'est encore un exposé rapide, mais précis, des grandes questions et des faits nouveaux qui l'ont occupé. L'œuvre est pleine de charme et mérite de demeurer le modèle des narrations de ce genre. L'auteur est profondément épris des beautés de la nature, et l'esprit scientifique chez lui ne nuit en rien à la faculté de sentir; le savant et l'artiste vivent en lui, côte à côte, en excellente harmonie, l'artiste s'émerveillant d'autant plus que le savant lui révèle de nouvelles raisons d'admirer.

Le voyage de Darwin ne fut certainement pas une partie de plaisir d'un bout à l'autre. Il est toujours pénible de quitter son foyer et les siens pour cinq ans, quelles que soient d'ailleurs les compensations intellectuelles que l'on puisse s'offrir pour la souffrance morale, et, si l'on ajoute à cette durée du voyage la lenteur des communications avec la mère patrie, et la désastreuse sensibilité du voyageur au mal de mer, on comprend certaines expressions de regret, vers la fin du voyage, et les souhaits non équivoques d'un prochain retour.

« Qu'adviendra-t-il de moi après ceci? écrit-il le 23 juillet 1834, je l'ignore; je me sens comme un homme ruiné qui ne sait ni se soucie de savoir comment il arrivera à se dégager. Il est évident que ce voyage doit avoir une fin : ma raison me le dit, sans quoi je ne la verrais pas.... » Et, en 1836, de Sainte-Hélène : « Oh ! combien je désire ardemment

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vivre tranquille sans avoir devant moi un seul objet nouveau ! On ne peut connaître ce sentiment que , lorsqu'on a roulé. autour du monde pendant cinq ans, dans un brick à dix canons. :»

Ces regrets étaient surtout l'effet de sa mauvaise santé, car dès qu'il était de nouveau bien portant, le ton de ses lettres était plein d'entrain. Que sa santé fût bonne ou mauvaise, il travaillait avec acharnement : « Tout s'efface cependant, écrit-il à propos de ses souffrances, devant le plaisir de déterrer de vieux os et de capturer des animaux nouveaux. » Avant même d'avoir touché terre pour la première fois après le départ d'Angleterre, le jeune naturaliste a étudié au microscope la poussière fine qui tombe sur le pont du navire, et y a constaté l'existence de 67 espèces distinctes de formes animales ou végétales. A terre, son temps se passe en excursions où il regarde, observe, recueille des animaux, des plantes, des échantillons de roches, relève des coupes géologiques, en un mot emporte tout ce qu'il peut pour ses chères études, et dessine, ou analyse, ou note par écrit ce qu'il ne peut prendre avec lui. En mer, il classe, il range, il rédige, il observe les animaux marins, les regarde au microscope, les dissèque et prépare ses travaux futurs. Son voyage a été une longue période de labeur, période où les soucis et la souffrance ont eu leur part, mais où le voyageur a éprouvé aussi des jouissances exquises. La con-

teiriplaf ion des sjiectacles qui se sont successivement offerts à ses yeux, beaux de beautés diverses, tristes ou gais, desséchés et nus, ou luxuriants et éclatants de vie, les plus différents que l'on puisse imaginer, mais ayant comme tout coin de la nature leur charme . propre et personnel, cette contemplation a laissé à Darwin des souvenirs inoubliables, et, dans ses lettres de Tépoque, comme dans les conversations de sa vieillesse relatives à ce voyage, on retrouve un sentiment très ardent de la nature. De son voyage autour dii monde, il appréciait tous les avantages : « De quelque façon que d'autres l'envisagent, écrivait-il au retour au capitaine du Beagle, à Fitz- Roy, maintenant que les petits désagréments en sont oubliés, je pense, au sujet du voyage, que cela a été de beaucoup la plus heureuse circonstance de ma vie.... Les plus vives, les plus délicieuses visions de ce que j'ai vu à bord du Beagle passent souvent devant mes yeux. Ces réminiscences, et ce que j'ai appris en histoire naturelle, je ne l'échangerais pas contre 20 000 livres de rente. » Darwin avait raison de penser ainsi. Le voyage autour du monde a été une circonstance singulièrement heureuse sans laquelle Darwin n'eût peut-être pas été ce qu'il fut. Durant les cinq ans qu'a dures cette excursion, une infinité de formes animales se sont successivement offertes aux yeux du jeune naturaliste; il a vu de près un nombre considérable d'espèces végétales et de fos-

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