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AVANTAGES DU VOYAGE

siles, et a été amené, par les circonstances mêmes où il s'est trouvé, à étudier les questions les plus variées. De ce voyage, Darwin est sorti naturaliste, au sens le plus large, et aujourd'hui le plus exceptionnel, du mot. En effet, les naturalistes sont rares, par le temps d'analyse et de spécialisation où nous vivons ; il est peu d'esprits capables d'aborder les questions générales, les seules intéressantes des sciences naturelles; l'immense majorité des naturalistes est cantonnée dans d'étroits domaines, d'où ils ne sortent point. Préparé par ses études antérieures à prêter son attention à toutes les questions qui se présentaient à lui, en géologie, en botanique ou en zoologie, Darwin sut ne point s'attacher aux unes au détriment des autres : toutes l'intéressaient également, toutes soUicitaient son attention, d'autant plus d'ailleurs qu'il parcourait des régions peu étudiées jusque-là, dont quelques-unes même n'avaient point encore reçu la visite d'un naturaliste véritable. Pendant cinq ans, donc, il fit de l'histoire naturelle pratique, vérifiant ce qu'il avait appris à l'université, rectifiant les erreurs, étendant les observations incomplètes, remplissant les lacunes. Ni les analyses les plus minutieuses, «i les recherches les plus spéciales, ne purent toutefois faire tort à l'esprit généralisateur du jeune naturaliste; il sut ne point s'absorber exclusivement dans les détails : bien au contraire, les grands horizons

naturels en présence desquels il vécut semblent avoir élargi son horizpn intellectuel.

Pendant sa longue excursion à travers l'Amérique du Sud, rOcéanie, etc., Darwin accumule les observations, les échantillons et les notes : il y puise les éléments de publications très diverses, sur la géologie, la paléontologie et la zoologie principalement. En ce qui concerne cette dernière science, nous signalerons en particulier une œuvre des plus considérables, la monographie des Cirripèdes, groupe important de Crustacés dégénérés, dont Darwin a étudié les espèces connues, tant fossiles que vivantes (4851-4854). Ce travail a coûté une peine considérable à son auteur, et celui-ci s'est souvent demandé si le sujet valait les huit années de travail « abominable » auquel il s'était livré. Huit ans, c'est beaucoup dans la vie utile d'un homme, et cependant il faut reconnaître que ces huit années ne furent pas perdues pour Darwin. Il s'en est rendu compte d'ailleurs, et a bien avoué que ce travail fastidieux et inintelligent de la diagnose et de la description des espèces lui avait servi d'une excellente école pratique. Ce dont il doutait, c'était la valeur intrinsèque de l'œuvre, en dehors des avantages que le travail dépensé à l'élever lui avait pu conférer comme discipline et méthode. Comme le dit avec raison Huxley, « ce fut un travail d'autodiscipline critique dont l'effet se mani-

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