RECHERCHES SUR LES CIRRIPÉDES
festa dans tous les écrits qui suivirent, et épargna à votre père * des erreurs de détail sans nombre... ». Cela lui apprit encore comment « s'acquièrent les matériaux bruts » des diverses branches de la zoologie, et, par cela même, il toucha du doigt les causes d'erreur possibles de la méthode et la valeur approximative des faits, et ce savoir lui fut d'un secours précieux quand il s'occupa de l'origine des espèces. La monographie des Cirripèdes demeure une œuvre de premier ordre.
Sur quelques points Darwin s'est trompé, mais ils sont rares, et il fut le premier h reconnaître ses légères erreurs. Ces 1 OOO pages in-4 représentent un labeur acharné, et montrent combien l'esprit de Darwin était bien doué pour le travail analytique, minutieux de l'anatomie. Il est heureux toutefois que ce travail ne l'ait point absorbé, et qu'il ait eu la sagesse de se consacrer à des recherches plus générales, plus philosophiques. L'un des faits les plus importants découverts par Darwin chez les Cirripèdes, c'est Texistence de mâles complémentaires, parasitaires des femelles, et vivant à leurs dépens.
Pour en revenir au Voyage d'un Naturaliste, c'est le récit du voyage à bord du Beagle, récit où les questions scientifiques tiennent naturellement une
1. Ce passage est tiré d'une lettre de Huxley à Francis Darwin sur l'œuvre zoologique de Charles Darwin. Vie et Correspondance, p. 409.
grande place. Ici, pas de détails techniques et arides, pas de zoologie scientifique, mais de l'histoire naturelle au sens large du mot, pleine d'intérêt et de foits nouveaux : les détails scientifiques sont renvoyés aux œuvres spéciales, aux monographies. Descriptions d'animaux curieux, de plantes étranges, de phénomènes naturels, singuliers ou alarmantSjd'anomalies de la nature, impressions esthétiques ou morales, tout se mélange d'une £açon naturelle, sans apprêts, pour former un livre plein de charme en même t^nps que profondément intéressant. Nous aurons à y revenir à propos de V Origine des Espèces j car nombre de passages de ce livre indiquent combien la préoccupation de la grande question de la zoologie — et de la philosophie — était présente à l'esprit de Darwin durant son voyage : aussi n'y insisterons-nous pas plus longuement ici. Du reste, une œuvre de détails comme celle-là ne s'analyse point, et l'on n'en peut qu'indiquer la tendance générale.