ROLE GÉOLOGIQUE DES VERS DE TERRE
tant de travaux divers, Darwin ne perdit pas de vue la question des vers de terre, et recueillit entre temps divers renseignements et observations. C'est bien de Darwin, et c'est une chose à admirer que cette faculté qu'il a de rie point perdre de vue les ' sujets qui l'ont une fois occupé, et de continuer à les étudier de près ou de loin.
Le volume sur les vers de terre, publié en 4881, renferme les résultats acquis dès 4837 et beaucoup d'autres qui lui furent fournis par des expériences qu'il fit dans sa vieillesse. Il est consacré à Fétu de deTorganisation, des mœurs, et surtout du rôle géologique de ces animaux. Après avoir indiqué combien les vers de terre sont répandus en tout pays, le naturaliste s'étend sur leurs aptitudes, montrant combien ils sont peu doués, éts^t aveugles quoique sensibles à la lumière, sourds bien que sentant les vibrations des corps. Ils sont cependant pourvus d'odorat, mais il ne paraît bien développé que pour les objets alimentaires : ils savent très bien retrouver des feuilles de chou ou des morceaux d'oignon cachés sous terre, tandis que les autres odeurs semblent ne point les impressionner.
Sur leurs mœurs -- surtout nocturnes, car ils ne sortent guère de jour, — sur leur façon d'aller aux provisions, sur leurs préférences alimentaires, Darwin nous donne une foule de détails curieux. Il s'occupe longuement aussi de leurs galeries souterrai-
nés, de l'habitude constante qu'ils ont d'en boucher l'orifice au moyen des petits tas de gravier et des pétioles de feuilles accumulés, que chacun a pu remarquer dans les jardins, sur les routes de campagne, etc. Il ne semble pas, à première vue, qu'il y ait dans ces petits tas de feuilles matière à des études bien intéressantes ; eh bien, Darwin trouve là le sujet de vingt pages très curieuses, où il montre quelles sont les préférences des vers pour telle ou telle sorte de feuilles, avec quelle intelligence ils choisissent telle extrémité pour l'introduire dans l'orifice et la boucher, telle sorte de feuilles pour en défendre l'accès (feuilles de pin), comment ils les saisissent pour les bien introduire, combien ils tiennent à introduire telle extrémité plutôt que telle autre, etc. Ces faits sont des plus singuliers. Étudiant ensuite la manière dont ils creusent leurs galeries (en repoussant la terre, et en l'avalant pour l'expulser ensuite), il en vient à l'étude des petits tas de déjections terreuses faits par les vers, et que l'on connaît bien pour les avoir remarqués h l'orifice de leurs galeries. Ces tas, qui deviennent parfois fort considérables, sont formés de terre avalée par les vers pour se nourrir, et pour creuser leurs galeries; c'est une terre très fine, qu'ils expulsent à l'état de boue un peu visqueuse, et qui, desséchée par l'air et le soleil, se disperse en poussière, ou est entraînée par les eaux pluviales. Gela n'a pas l'air de grand'chose, assuré-