‹ Charles DarwinChapitre 48 sur 90 · MOEURS DES VERS DE TERRE · texte numérisé non relu

MOEURS DES VERS DE TERRE

ment, ces petits tas, mais si Ton considère leur nombre, leur poids et la fréquence avec laquelle les vers les renouvellent, si l'on étudie encore leur provenance et leur sort ultérieur, on s'aperçoit que l'on, est en présence d'un problème géologique des plus intéressants. Il est vrai que, pour s'en apercevoir, il feut qu'un Darwin vienne vous ouvrir les yeux. Cette terre fine, d'où vient-elle? Du sol où sont creusées les galeries, c'est-à-dire de la couche de terre superficielle, jusqu'à une profondeur de 6 ou 8 pieds. Où va-t-elle? Elle reste à la surface, évidemment, entraînée auprès ou au loin par le vent et la pluie, et se superpose à la couche superficielle de terre ferme. Ceci posé, il est bien évident qu'étant donné le nombre des vers de terre, la quantité des déjections qu'ils produisent, et un laps de temps raisonnable, ce qui est aujourd'hui la couche superficielle ne le sera plus dans un mois, un an ou un siècle : la couche superficielle d'aujourd'hui sera demain enfoncée, à une profondeur très variable d'ailleurs, sous la couche formée par la terre des déjections étalée à la surface et répartie par les soins du vent et de la pluie. D'autre part, les galeries abandonnées par les vers s'affaissent peu à peu, la terre de la paroi supérieure s'éboulant sur le plancher, par le tassement, les infiltrations d'eau et la pesanteur. Le niveau du sol né change donc pas par le feit des vers de terre, mais ce qui change sans

cesse, c'est la composition même de la couche superficielle. Les vers, en amenant à la surface le sol des profondeurs, exécutent un perpétuel labourage, dont on peut d'ailleurs leur garder de la reconnaissance. La preuve de ce labourage est aisée à fournir. En 4827, dit Darwin, un certain champ fut recouvert de chaux vive en couche épaisse, pour raraender. Dix ans plus tard, en 4837, on eut l'occasion d'y creuser un certain nombre de trous carrés. L'inspection des parois verticales de ces trous révéla le fait suivant : la superficie du champ consistait en une couche de 3 pouces d'épaisseur formée de terre fine, claire, remplie de racines d'herbe : c'est seulement au-dessous de cette couche que se trouvait l'assise de chaux. Autre fait : une pièce de terre fut, en 4822, drainée, labourée, hersée, puis couverte d'une couche de marne calcinée et de cendres, et enfin ensemencée d*herbe. En 4837, c'est-à-dire quinze ans après, la couche de marne se trouvait à 3 pouces de profondeur, recouverte par de la terre végétale fine (fig. 5, p. 444). Darwin rapporte un certain nombre de ces faits, tous très nets, et en conclut que les vers de terre, ramenant sans cesse de la terre des profondeurs du sol, ont été les agents actifs de cet enfouissement de la chaux ou de la marne primitivement superficielle. D'autre part, cette disparition de matières abandonnées à la surface n'est pas chose exceptionnelle : les fermiers

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