TRAVAIL FOURNI PAR LES VERS
lies dans les expériences : il en reste toujours un peu, le vent en éparpille quelques parcelles, etc. Somme toute, les résultats sont très concordants, et l'expérimentation prouve que les conclusions tirées de l'observation sont absolument légitimes. C'est donc un fait acquis, que les vers de terre retournent sans cesse la terre végétale, tirant celle des profondeurs pour l'étaler à la surface, et ensevelir au contraire la couche superficielle. Ce qui nous paraît superficiel ne l'est que pour un instant. Ce fait a son importance à bien des points de vue que Darwin a admirablement mis en relief. Le ver de terre — qui le croirait? — est d'abord un précieux allié pour les antiquaires et les sociétés qui ont pour mission de conserver les monuments historiques ou préhistoriques. En effet, nombre d'habitations romaines ne 3ont parvenues à nous que grâce à ces utiles , petits animaux, qui, avec le temps, arrivent à creuser . le béton et le mortier même, recouvrent de terre les murs bas et les dallages anciens, et les dérobent ainsi à la curiosité, souvent inintelligente, et à la cupidité des paysans. C'est ainsi que Ton a pu retrouver, dans un état de conservation suffisant pour que l'intérêt en demeure très grand, divers vestiges romains en différents points de l'Angleterre; àAbinger (Surrey), ce sont les restes d'une villa romaine (carrelage, poteries, monnaies) qui a dû être détruite il y a quatorze ou quinze cents ans; on les a trouvés
SOUS un ehamp cultivé; et Darwin a pu saisir sur le vif le travail des vers, une fois la place déblayée : les orifices des galeries des vers de terre, dans les interstices des carreaux, présentaient chaque matin une certaine quantité de déjections; ces déjections en s'accumulant avaient recouvert peu à peu tout ce qui restait de la villa : le sous-sol, miné par les vers, s'était affaissé, et c'est de cette façon que la villa avait été lentement ensevelie. Quinze cents ans après avoir enseveli le monument, les vers étaient prêts à recommencer, et indiquaient avec une lietteté parfaite la manière dont avaient opéré leurs devanciers des premiers siècles de notre ère. Pareillement, l'abbaye de Beaulieu (dans le Hampshire), la villa romaine de Ghedworth, celles de Brading, de Silchester, de Wroxeter, etc., ont été ensevelies par les vers de terre et, de cette façon, conservées à l'abri de certaines intempéries et de la main dévastatrice de l'homme. C'est par eux encore qu'auraient été recouvertes les flèches trouvées il y a quelque temps surTancien champdei)ataillede Shrewsbury (1403) : la chose est très probable, d'après ce que nous savons des vers.
Au point de vue géologique, le rôle de ces petits êtres est fort important et présente un grand intérêt. Ce sont des agents très actifs dans la dénudation du sol, c'est-à-dire dans le transport des matériaux désagrégés fournis par les roches primitives