‹ Charles DarwinChapitre 55 sur 90 · FECONDATION CROISÉE ET DIRECTE · texte numérisé non relu

FECONDATION CROISÉE ET DIRECTE

les fleurs disposées pour la fertilisation directe sont closes, pauvres en pollen et cachées; leë autres, qui veulent la fertilisation croisée, sont grandes, voyantes, ouvertes et riches en pollen. Il est permis de conclure que les fleurs hermaphrodites ordinaires, bien adaptées pourtant à la fertilisation directe, ne doivent pas craindre la fertilisation croisée, surtout quand nous en voyons qui se refusent à la première. De ses recherches sur les Orchidées, Darwin a conclu que la nature « a horreur de la fertilisation directe ». Pourquoi? Parce que les graines obtenues par ce dernier procédé sont très généralement inférieures en vitalité et en vigueur à celles que fournit la fertilisation croisée. « Cette proposition, dit-il, se trouve démontrée par la différence en hauteur, en poids, en vigueur constitutionnelle et en fécondité.... » Et le fait, non moins constant pour lui, que la fertilisation directe est préjudiciable, est appuyé par diverses considérations très sérieuses et par des expériences montrant que des fleurs susceptibles d'être fécondées directement donnent, quand il y a fécondation croisée, des graines plus nombreuses et plus vivantes. Il est des cas où la fertilisation directe est évidemment très préjudiciable. Darwin a étudié avec grand soin les agents naturels de la fécondation croisée et a montré que ceux-ci sont surtout les insectes et quelques oiseaux, puis le vent et les cours d'eau. Les insectes sont

attirés par les couleurs, les sucs sucrés, les parfums des fleurs : ils en sortent entraînant toujours du pollen, qu'ils portent aux autres fleurs qu'ils vont visiter ensuite, et, quand ils passent ainsi d'une fleur à une autre de même espèce, il y a de grandes chances pour que le pollen pris à la première vienne au contact du stigmate de la seconde. Il est des fleurs qui ne sont visitées que par une seule espèce d'insectes, soit que leur disposition anatomique s'oppose à la visite d'autres espèces, soit que leur nectar ne plaise qu'à une seule espèce d'insectes. Insister sur ce point serait certainement très intéressant, mais il nous faudrait trop d'espace. Nous indiquerons cependant quelques faits importants, qui découlent de la conclusion générale tirée par Darwin au sujet des fertilisations croisée et directe, ou qui s'y rattachent. On peut se demander pourquoi la fertilisation croisée est avantageuse, quelle est la cause qui la rend telle. Darwin a répondu à cette question par des expériences très précises. Il a montré que l'avantage du croisement résulte uniquement de la différence des conditions extérieures, du milieu où ont vécu les deux fleurs croisées. En effet, des plantes cultivées dans des conditions identiques ne retirent aucun avantage d'un croisement entre elles; au contraire, si petite que soit la différence des conditions, elle manifeste immédiatement ses bienfaits, et il suffît qu'elle existe pour

Page 1