‹ Charles DarwinChapitre 56 sur 90 · FÉCONDATION CROISÉE ET DIRECTE · texte numérisé non relu

FÉCONDATION CROISÉE ET DIRECTE

que le croisement soit avantageux. On pourrait croire que l'effet nuisible de la fertilisation directe tient à ce qu'une même tendance morbide, héréditaire, serait intensifiée dans le produit de cette fertilisation; certes, cela peut exister, mais dans bien des cas cela n^existe pas, et l'effet nuisible de cette fertilisation est ailleurs : pour Darwin il est dans l'insuffisance ou l'absence de différence des parentSi Evidemment cela n'est pas la solution dernière de la question, et il y a là-dessous quelque phénomène biologique qui nous échappe; mais c'est beaucoup que d'avoir soulevé le voile au point où l'a fait Darwin. Une certaine différenciation des produits sexuels est donc utile à la progéniture; mais on sait aussi qu'une différenciation plus grande est nuisible, en ce sens que la fertilisation n'est plus possible (entre espèces différentes, par exemple). Il faut une certaine différence, mais ce degré ne doit point être dépassé, comme on le voit par la difficulté d'obtenir des hybrides dès que l'on dépasse certaines affinités.

Les recherches que nous venons d'analyser brièvement sont d'une haute portée pour la solution de différents problèmes concernant la reproduction, l'espèce et la théorie de l'espèce en général. En indiquer ici les applications et les conséquences serait dépasser le cadre de ce volume; d'ailleurs, on n'a certainement pas encore tiré des faits qui précèdent

toutes les conséquences qui en découlent : cela viendra avec le temps.

Le Mouvement chez les plantes.

Les plantes ne sont point immobiles, comme on le croirait à première vue : en y réfléchissant, on se rend compte que leurs vrilles, par exemple, ont la faculté de s'entortiller autour des objets voisins, que les plantes dites volubiles s'enroulent autour des tuteurs, des troncs, et qu'en somme le mouvement — limité, il est vrai — fait partie des privilèges de la plante, ou de certaines plantes. Celte motilité des plantes est un intéressant sujet d'études sur lequel l'attention de Darwin fut attirée par la lecture d'un mémoire de son ami Asa Gray sur cette question. « En élevant quelques plantes, ditil, je fus à tel point fasciné et rendu perplexe par les mouvements d'enroulement des tiges et des vrilles, mouvements qui sont en réalité très simples, bien qu'à première vue ils paraissent très complexes, que je me procurai diverses espèces de plantes grimpantes, et j'étudiai le sujet à fond *. » Cette 'étude a été faite dans deux volumes : l'un intitulé les Mouvements et les habitudes des plantes grimpantesy l'autre la Faculté motrice dans les plantes, ce dernier étant le complément et la générali-

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