Variation des animaux et des plantes ^ t. I, p
L'histoire des chiens, des races galline (fig. des p. 185 à 193), ovine, porcine, etc., est absolument parallèle à celle du pigeon, avec cette différence toutefois que l'homme a eu en vue, dans la sélection de ces animaux, son intérêt direct bien plus que son agrément. Il ne s'est pas dit, en apercevant une variation légère qui survenait chez un porc ou un bœuf, qu'en fixant cette variation il pourrait obtenir un animal plus élégant ou plus curieux : il n'a fait la sélection que des caractères utiles, c'est-à-dire des animaux présentant une laine plus abondante, ou plus riches en chair musculaire ou en lait. De là, ces races merveilleuses, qui semblent réaliser 1^ maximum du rendement possible, ici en laine, là en chair, ailleurs en lait. Il y a pourtant aussi quelques races qui n'ont guère de particulier que leur originalité; tels ces bœufs niatos de la Plata, à face de bouledogue. Comparés à la race sauvage d'où ils descendent, les chiens, les bœufs, les lapins (fig. des p. 197 et 199), les moutons domestiques présentent tous des différences considérables et, qui plus est, des différences diverses. D'un même animal, l'homme a, par la sélection, su tirer une bête de trait et une bête de course, un animal producteur de viande et un autre producteur de laine, ou de lait. Pour cela, il a choisi entre les variations qui se sont produites naturellement, selon ses besoins, selon son avantage personnel, et, comme ceux-ci
sont diflFérenls, il a créé des races dont les avantages sont diflFérents.
Même chose pour les végétaux, auxquels il a demandé taiitôt ^abondance dans la production, tantôt la finesse du produit, ici la précocité, là le retard, etc. De là, les variétés si différemment caractérisées de la plupart de nos plantes domestiques, et ces variétés n'ont d'autre origine que des variations que l'homme a compris lui être avantageuses et qu'il a développées, et fixées, volontairement, par là sélection, ou qu'il a déterminées en partie par la culture, etc., et qu'il a fixées, souvent même sans le vouloir, mais par des procédés bien connus.
En somme, la conclusion de la Variation est que tous les êtres, sauvages ou domestiques, varient légèrement, et que cette variabilité, aidée de la sélection méthodique opérée par l'homme en vue de son utilité ou de son agrément, a été le point de départ des variétés nombreuses actuellement existantes dans nos races domestiques, comme elle peut Têtre de races nouvelles, si l'homme en veut obtenir de nouvelles.
Cette conclusion, avons-nous dit, est une des bases de la théorie formulée dans ï Origine des Espèces, Occupons-nous maintenant de celle-ci.
Nous avons déjà dit comment cette théorie était née dans l'esprit de Darwin. C'est durant le voyage du Beugle qu'elle s'imposa à lui, comme seule ca-
pable d'expliquer les faits qu'il constatait. c< J'avais été, écrit-il dans son Autobiographie*, pendant le
Fig. 15. — Coq de la race huppée. (D'après Darwin, Variation, t. I, p. 247.)
voyage du Beagle, profondément frappé en découvrant dans les couches des pampas de grands ani-