DESCENDANCE DE L*HOMME
lions nombreuses et variées, sur les faits fournis par rétade de ranatomie et principalement de la psychologie, ainsi que sur certains documents paléontologiques. Les discuter ici est impossible, mais nous ne saurions celer que, pour beaucoup d'esprits deâ plus éminents, les preuves accumulées par Darwin sont convaincantes. Il répugne à certaines personnes de penser que l'homme a une aussi humble origine. C'est là une affaire de sentiment. Mais, en vérité, tout bien pesé, nous ne voyons pas en quoi il serait plus flatteur pour notre amour-propre de descendre d'un être qui, à peine né, n'a rien eu de plus pressé que de désobéir aux ordres divins, comme le raconte la Genèse. Gomme le disait plus haut le chanoine Kingsley, il y a plus de grandeur dans l'hypothèse de l'évolution graduelle, grâce à des lois préétablies, de tout ce qui vit, hors d'un être infiniment simple qui fut créé au début, ou même dont la naissance fut le résultat non d'un acte spécial de volonté, mais des propriétés inhérentes à la matière même, évolution progressive et toute de perfectionnement, grâce à laquelle les organismes se sont graduellement élevés en organisation, à travers les siècles, pour aboutir à la formation de l'homme, et — qui sait? — pour continuer encore peutêtre et donner naissance à des êtres toujours plus parfaits. A la vérité, ceux-là même qui sont le plus opposés aux vues de Darwin sur l'origine de l'homme
ne peuvent contester ses affinités anatomiques avec le singe, ni celles de ce dernier avec les êtres dont il dérive; ils ne peuvent nier Tensemble de faits qui indiquent une parenté évidente entre les êtres les plus élevés, comme l'homme, et les plus simples par une série infinie — et encore incomplètement connue — de formes de passage, et, en réalité, toute leur opposition, scientifique, sentimentale ou autre, aux théories darwiniennes repose sur des idées religieuses. Ils ne peuvent concilier, de façon à se satisfaire, les dogmes transformistes avec leurs idées morales et religieuses, et c'est là la raison de leur opposition. On leur dit, il est vrai, que la science et la religion n'ont rien à faire ensemble, que ce sont deux ordres d'idées différents. Gela ne résout rien et cela ne calme aucune inquiétude : c'est de la théorie, et 11 faut une règle pratique. Celle-ci, Darwin ne s'est pas chargé de la chercher : il a fait œuvre de pure science et ne s'est point préoccupé des conséquences possibles de ses vues, se tenant sur une réserve extrême et bien naturelle sur cette question, et suspendant son jugement avec le calme de la vraie sagesse. Ce que je crois, semble-t-il dire, c'est que les êtres qui peuplent notre globe et l'homme même ont été créés, non par des actes spéciaux et délibérés du Créateur, mais par la transformation et le perfectionnement progressifs d'êtres antérieurs, qui tous se rattachent les uns aux autres — les liens sont
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d'ailleurs d'une netteté très différente selon les cas — et dérivent, selon toute vraisemblance, d*un type primitif extrêmement simple. La vie a-t-elle été insufflée au début par lé Créateur, ou bien s'est-ellé produite parla rencontre de certains éléments, dans deis conditions données, peu importe : cela n'a jamais pu se faire directement ou indirectement qu'en vertu de lois données par le Créateur. Voyant ceci, je ne sais que penser à l'égard des récits bibliques, et en particulier à l'égard d'une intervention de la Divinité pour créer l'homme et lui donner des lois. Je comprends très bien les liens évidents entre les êtres, dans l'hypothèse de la descendance; je ne les comprends guère dans l'hypothèse des créations spéciales et successives.
Nous ïie nous mêlerons pas à ce débat, pensant, comme Darwin, qu'il vaut mieux suspendre son jugement sur dô pareilles matières, lorsqu'on n'a guèie les éléments nécessaires pour se résoudre, et surtout lorsque la critique n'a point décidé de la valeur respective de ces éléments ; mais nous avons tenu à bien préciser qu'en réalité l'opposition faite au darwinisme est d'origine religieuse, et qu'elle a pour base la difficulté extrême que Ton voit à concilier l'enseignement traditionnel des livres sacrai avec les conséquences logiques et nécessaires du dogme de la descendance.
La Descendance de VHomme^ venant (1871) douze
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ans après VOriginey souleva iniariiment moins de protestations que ne l'avait fait Tœuvre de 4859. Les esprits étaient préparés, et, bon gré mal gré, les idées dé Darwin avaient fait un chemin considérable, bl^i que parfois occulte. La Descendance n'était, à tout prendre, qu'une application particulière des principes de VOriginej application prévue, et que chacun avait faite mentalement, et si bien £âite qu'en réahté les critiques les plus passionnées de X Origine s'adressaient bien plus à ce cas particulier et inévitable de la théorie, qu'à l'ensemble de cette dernière, et surtout à ses applications purement zoôlogiques. Ce qui épouvanta dans VOriginej c'était le sentiment que la théorie s'appliquait à l'homme; des bêtes et des plantes l'on n'avait guère cure, et il importait peu que Darwin les fit naître d'ici ou de là. Il n'y eut donc que peu de bruit lorsque la Descendance vit le jour, tant, en quelques années, la théorie darwinienne avait séduit les esprits et préparé les voies à l'œuvre nouvelle.
En dehors des quelques chapitres consacrés par Darwin à la démonstration de l'origine simienne de l'homme — je préférerais origine zoologique , car en réalité le singe ne représente pour Darwin que l'un des chaînons unissant la béte à l'homme, et les ancêtres du singe sont, dans cette hypothèse, les aïeux de l'homme, depuis le dernier quadrumane jusqu'à la première cellule qui prit vie sur notre