D) CHARLES DARWIN
une partie considérable du globe avec les êtres qui l'habitent, C'est pour tout le monde une leçon que la contemplation même rapide de la vie féconde des tropiques; pour un naturaliste c’est une révélation. Notre pauvre petite flore et faune du nord, les seuls restes des vastes nappes de glace qui ont couvert la zone que nous occupons, à l'époque glaciaire, nous montrent un monde dépouillé de ses créatures les plus grandes, les plus étranges et les plus nobles, un monde rabougri et différent de mille manières de ce monde riche, luxuriant, serre chaude encombrée dans laquelle les premiers grands problèmes de l'évolution ont été pratiquement résolus par la survivance des plus forts. Heureusement, les tropiques ont conservé quelque chose de cet aspect exubérant que doit avoir présenté toute notre planète pendant un temps incalculable, dans toutes les latitudes, avant l'apparition de l'homme primitif. Nous savons maintenant que pendant la plus grande partie de l'époque géologique, l'état tropical était celui de la surface entière de la terre, depuis le continent Antarctique jusqu'aux rivages du Groënland; la connaissance du monde équa torial est donc d'une grande valeur pour le naturaliste philosophe, à cause des analogies qu'on y découvre inévitablement, avec ce monde disparu ; ilest du reste à remarquer que tous les grands penseurs
ANNÉES DE VOYAGES, d) qui ont aidé à l’œuvre de la coordination des faits biologiques, ont tous passé plusieurs années à étudier les conditions de la vie des tropiques. L'Europe et l'Angleterre sont au bout du monde; les tropiques sont le quartier général de la biologie. La zone équatoriale est donc la véritable école de l'historien qui veut étudier la vie sous ses aspects les plus universels et les plus permanents.
Ce n'est pas tout. Il arriva que les pays visités par le Beagle pendant sa croisière langue et variée, étaient justement ceux qui pouvaient le mieux, au point de vue naturaliste, développer les forces latentes de l'esprit de Darwin, et suggérer à ce cerveau actif les graves problèmes de la vie et des circonstances dans lesquelles elle se développe, problèmes qu'il devait plus tard travailler avec tant de science, de finesse et de patience, dans l'Origine des Espèces et la Descendance de l'Homme. Les îles du Cap Vert et les autres iles de l'Océan Atlantique, peuplées de plantes et d'animaux chétifs, épaves poussées sur leurs rochers stériles par les courants marins ou jetées vers la mer par les vents violents ; le Brésil avec sa richesse luxuriante tropicale, sa végétation si touffue queles plantes s’y tuent les unes les autres, pays plein d’intermina : bles jouissances pour le jeune et enthous' ‘ite collectionneur; les pampas de l'Amérique du Su, avec des