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ami Hooker? C'était le germe de la théorie de la sé-
lection naturelle. Suivant cette théorie, le développement organique est dù à la survivance des mieux appropriés aux circonstances parmi les variations bonnes, mauvaises ou indifférentes du fond laissé par les ancêtres. La lecture de Malthus avait suggéré à Darwin (probablement à l'époque de la publication du Journal d'un Naturuliste), l'idée que chaque espèce de plante ou d’animal doit toujours produire un beaucoup plus grand nombre de graines, d'œufs, de germes, ou de petits, que celui nécessaire pour maintenir le nombre moyen de membres de l’espèce. Une grande quantité de ces rejetons doivent périr à chaque génération faute de place, de nourriture, d'air. Les survivants de chaque génération doivent naturellement être ceux qui sont les mieux appropriés pour survivre. La masse doit être dévorée, ou mourir de froid, ou être devancée et écrasée; ceux qui survivent doivent posséder des moyens spéciaux de défense contre les agresseurs, ou quelque avantage leur permettant de résister à la faim, ou quelque protection contre leurs ennemis voulant les dépasser et les écraser. Darwin, à la suite de ses recherches, trouva que les animaux et les plantes tendent, lorsqu'ils sont soumis à certaines circonstances, à varier du type présenté par leur parent ou leurs parents, Ces variations sont le plus souvent
LA PÉRIODE D'INCUBATION. 95 insignifiantes, mais parfois aussi, considérables et frappantes. Si une viriation tend d’une façon quelconque, à préserver la vie de celui qui la possède, au delà de la moyenne, cette variation survivra, et les individus qui en seront pourvus, étant favorisés dans la lutte pour l'existence, remplaceront ceux qui se trouveront alors inférieurs à eux et d’où cependant ils sont sortis. Le Darwinisme c’est la doct'ine de Malthus appliquée sur une large échelle; c'est l'application du calcul fait sur la population, aux grands faits de la vie universelle.
Dans un sens, on peut dire à la vérité que, étant donné Malthus d'un côté et Lamarck de l’autre, il devait arriver nécessairement tôt ou tard un grand homme pour combiner leurs principes et en tirer la doctrine de la sélection naturelle telle que nous la connaissons aujourd'hui. C’est positif; mais alors le point important est celui-ci : Darwin fut le grand homme en question: il accomplit l'œuvre que ce grand homme était prédestiné à faire par la force des choses. Vous pouvez toujours arranger les choses de façon à vous passer d’un grand homme donné, mais c’est à condition que vous ayez sous la main un autre grand homme également capable, qui puisse remplacer le premier. Mais combien de naturalistes ordinaires possèdent cette largeur d'esprit, cette fa-
culté de s'intéresser à tout, qui les pousse à lire, à remarquer, à s'assimiler et à digérer un traité politico-économique du genre de celui de Malthus? Combien, l'ayant fait, ont la vue assez perçante pour en découvrir les conséquences biologiques ? Combien, les ayant découvertes, ont la patience d'étudier le chaos des détails botaniques et zoologiques pour en tirer les généralisations à grande portée de l'Origine des Espèces? Ce n'est déjà pas une petite chose que d’avoir saisi la grande idée de l'évolution; d’autres l'ont saisie et méritent qu'on leur en fasse honneur ; mais lui donner une forme, comme l'a fait Darwin, qui soit un chef-d'œuvre, c'est donner de ce que peut l'effort humain un monument bien plus grand et plus noble.
Pendant ces quinze années, de 1844 à 1859, Charles Darwin ne resta pas inactif. Il publia d'abord ses Observations géologiques sur les îles volcaniques, qui sont le résultat de quelques-unes de ses remarques pendant son voyage; puis, en 1846, ses Observations géologiques sur l'Amérique du Sud; en 1851, il donna sa monographie des Bernacles récentes, et en 1855 son traité sur les espèces fossiles de la mème famille. Mais tous ces travaux n'étaient que des accessoires dans cette vie consacrée à la préparation de l'ouvrage projeté sur l'origine des espèces.