‹ Charles Darwin [microforme]Chapitre 25 sur 29 · CHAPITRE NX · texte numérisé non relu

CHAPITRE NX

Victoire et repos.

Les onze dernières années dela vie de Darwin furent employées à renforcer et à développer les principes déjà proclamés, et à jouir des progrès presque ininterrompus de la révolution qu'il avait réussi à commencer pour ainsi dire inconsciemment.

Une année seulement sépare la publication de la Descendance de l'Homme de celle de l'Expression des Emotions. Ce traité savant et volumineux est une preuve immortelle de la méthode consciencieuse avec laquelle Darwintravaillaità répondre par anticipation aux plus légères, aux plus déplacées des objections qu'on pouvait faire à ses théories. Sir Charles Bell dans un des Bridywater Treutises, si délicatement surannés, merveilleux monuments d’une habileté télto-

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logique malheureusement mal placée, avait soutenu que l’homme était doué de plusieurs petits muscles faciaux uniquementafin de pouvoir exprimer ses émotions. Cette opinion étaitsi évidemment contraire à la croyance que l'homme descend de quelque forme inférieure, « que, » dit Darwin, « il était nécessaire pour moi de l’examiner; » et il le fit dans un long traité ou il épuisa toutes les matières se rapportant à son sujet, et détruisit complètement l’idée de Bell par l'étude des expressions émotionnelles analogues chez les animaux. À mesure que Darwin vieillissait il ne faisait que travailler davantage. En 1875, après trois années d’un silence comparatif, il publia les Plantes insectivores, œuvre remplie d'observations minutieuses sur les habitudes et les mœurs de la rossolis, de la grassette (sanicula), de la Vénus gobemouches et de différentes plantes des marais.

La masse énorme de faits qu'avait réunie Charles Darwin en vue de l'Origine des Espèces, a été peut-être bien près d'étouffer le livre merveilleux lui-même : il est heureux que la publication du mémoire de Wallace ait forcé Darwin à se hâter de ne faire qu'un «résumé succint, » car s’il avait attendu pour choisir et ranger toutes ses observations qu'il a publiées ensuite sous forme de volumes justificatifs, nous n’au-

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rions pas le grand ouvrage systématique, il aurait

VICTOIRE ET REPOS, 199 été « surchargé par son propre poids, étouffé par sa propre fertilité. » Ce qu'ilaimaitie mieux c'était d'étudier avec des détails minutieux les principes dont il avait pénétré le secret, de les voir à l'œuvre sous ses veux, d’entrevoir, nouvel Actéon, la forme nue de la nature elle-même, de pénétrer ses secrets les plus intimes. Il était capable d'observer patiemment les glandes-poilues rouges et visqueuses du drosera, se refermer lentement et sans remords sur l'insecte sa proie, et sucer de son corps, par ses tentacules sensibles, les sucs protoplasmiques refusés à ses feuilles par un terrain pauvre et marécageux, sur lequel ses chétives racines peuvent seules se nourrir. Il épiait la grassette courbant les bords de ses feuilles d’un vert pâle sur les membres captifs des mouches ou des pucerons. Il notait comment procèdent les masses serrées des espèces de doigts des utriculaires pour absorber lentement la matière organique d’une larve de cousin ou d’autres petits insectes d'eau embarrassés dans ses poils semblables à des pattes doutes de vie. Il étudiait les glandes traitresses sécrétant le miel, par lesquelles la sarracenia attire les mouches dans ses filets visqueux. La minutie et l'habileté de ses observations sur tous ces moindres problèmes de la sélection naturelle, inspirent inévitablement conlance dans le jugement prudent de l'observateur et de

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