CONCILIABULES SECRETS
Mouliherne ^ et Argenton - , notamment dans l'été (fin juin)de 1465, et furent mis en communication avec le duc de Berry, alors sur les frontières de l'Anjou, lui apportant des nouvelles précises de l'arrivée de l'armée bourguignonne aux confins de rile-de-France. Ainsi de fréquents conciliabules secrets avaient eu lieu, auxquels furent mêlés Etienne Chevalier ^ , d'Oriole, la femme du trésorier Pierre Morin, Jean Prévost, ancien serviteur d'Etienne Chevalier et ancien clerc de la chambre criminelle du Châtelet,etJaquet,valetde chambre du duc de Berry après avoir été au service du même Etienne Chevalier ; on y avait examiné la situation politique, on y avait pesé les chances des deux partis, et l'on avait prononcé le nom de Poucet de Rivière * et d'au-
1. Canton de Longue, arrondissement de Baugé (Maine-et-Loire).
2. Canton de Bierné, arrondissement de Château-Gontier (Maj'enne).
3. Le trésorier de France bien connu, que le roi avait envoj^é en ambassade en Bourgogne, en 1463 (Commines, édition Lenglet-Dufresnoy, t. II, p. 392), et qui figure à titre de témoin dans des lettres du roi du 16 mars 1465 (Idem, p. 438). D'autre part, il est à Tours avec Charles de France le 22 octobre 1461, et son nom est mentionné dans l'expédition d'une lettre de ce prince : (( Par monseigneur le duc, le sire de Chissé, chevalier, maistre Estienne Chevalier, et autres, présens » (Archives nationales, P 13, no 316).
4. Seigneur de Châteaularcher en Poitou, que nous retrouvons plustard chargé de diverses missions et ambassades, Poucet de Rivière fut, au dire de Guillaume Leseur (édition Henri Courteault) « bon chief de guerre, grant homme et puissant et de sa personne courageux et vaillant » ; il fît partie des expéditions de Liège (1461), de Catalogne (1462), et commanda les archers royaux à Montlhéry. Bailli de Montferrand et d'Usson (Bibliothèque nationale, mss. français 26089, n» 393, et 26090, n» 485, Archives municipales de Clermont-Ferrand, CC 5), il abandonna le service de Louis XI en avril 1468, s'en fit un ennemi acharné, et fut soupçonné plus tard, avec Ythier Marchant, d'une tentative d'empoisonnement contre le roi, qui lui avait accordé son pardon en août 1470 ; cf. Commines, édition de Mandrot, t. I, p. 30, Lettres de Louis XI, édit. Vaesen, t. II, p. 306, et Paul Guérin dans les Archives historiques du Poitou, t. XXXVIII, p. 264.— Il avait assisté au sacre de Louis XI à Reims, le 14 août 1468, armé de pied en cap, accompagné de quatre pages (Fragment de chronique de Louis XI, publ. par A. Cou- Ion dans les Mélanges de l'Ecole française de Rome, 1895, p. 118). Louis XI ordonna plus tard de faire démolir les châteaux du Bourg et de Châteauneuf, pour punir Poncet de Rivière d'avoir suivi le parti de ses ennemis (Bibliothèque nationale, ms. français 5725, f^ 43 v^). Ce personnage figure encore en 1481 dans le compte ducal de Bretagne, comme jouissant d'une pension de 2000 livres (Annales de Bretagne, t. V, 1889-90, p. 302), en compagnie de Pierre d'Urfé, Perrot d'Aydie, Bertrand du Parc, dont les noms reviennent plus d'une fois au cours de cette étude.
très personnages de l'entourage du roi qui étaient jugés susceptibles de pouvoir le trahir. Revenant un jour du château d'Argenton, François Mériaudeau avait été arrêté à plusieurs reprises, notamment à Mouliherne, par les gens de guerre bretons qui étaient avec le duc de Berry en route pour Vendôme. Questionné sur le point de savoir s'il n'a pas dit ou entendu dire que les confédérés se proposaient d'occuper Paris, de faire couronner le duc de Berry à Reims, de faire prisonnier le roi auquel on assurerait 4000 francs de pension annuelle, sans lui vouloir aucun mal, Mériaudeau nie évidemment ; mais que valent ses dénégations?
Ce qui est sûr, car la preuve paraît en être surabondamment faite, c'est qne des préparatifs réels devaient assurer l'entrée des confédérés à Paris par la poterne du Palais « appelée Galilée » ^ , grâce à la complicité des clercs du Parlement et du Châtelet, et à la connivence d'un certain Regnault, naguère sorti de prison, fils d'un commerçant de la rue de la Harpe, à l'enseigne des « Deux Cygnes ». Après un voyage accompli à Nantes vers Charles de France, du commandement de son maître Jean Bérard, Jean de Bourges avait été chargé par la femme dudit Bérard d'aller trouver à Lagny l'officier concierge du Palais, le sire de Haubourdin ^ , pour le mettre au courant de ces fameux préparatifs. Regnault, un soir, s'en était allé au logis de Gratien Mériaudeau chercher la clef de la poterne du Palais « qui respond sur la rivière x» ; un autre individu, du nom de Laillier, avait reçu mission de porter au duc de Berry une chanson ^ . « Que contenait cette chanson ? » demande Tristan L'Ermite. — « Je ne me le rappelle pas très bien », déclare Mériaudeau. — « A qui faisaient allusion des lettres adres-
1. Cf. Henri Stein, Le Palais de Justice et la Sainte- Chapelle de Paris (1912), p. 10. — Cet épisode, que nul historien n'a rapporté, manque à notre monographie.
2. Jean, dit Hannequin de Luxembourg, cousin du connétable de Saint- Pol ; cf. Commines, édition de Mandrot, t. I, p. 14. — La conciergerie du Palais lui fut enlevée en raison de son attitude de rebelle (2 juin 146C) et attribuée à Guillaume Cousinot (Bibliothèque nationale, coll. Fonta„ieu, vol. 130, f-> 210)
3. Cf. E. de Méuorval, Paris depuis ses origines jusqu'à nos jours (Paris, 1892, in-8), t. II, p. 209,