LA NORMANDIE SUIT LEXEMPLE DE ROUEN
leur sympathie, ils n'hésitèrent pas : le 29 septembre au matin, un messager venu de Caudebec les avertit que, Rouen étant tombé aux mains des confédérés, leur ville était menacée et devait se mettre sur ses gardes ^ ; le soir du même jour, un autre messager venu de Honfleur annonçait l'arrivée d'Odet d'Aydie et de sa suite, qui dans quelques heures viendraient demander obéissance au nom de Charles de France -. Une démonstration inaccoutumée accueillit cet envoyé qui fut reconduit jusqu'à Honfleur avec de grandes manifestations d'amitié, et lorsque dans la nuit qui suivit, en effet, Odet d'Aydie, comme représentant du duc de Bourbon et de Charles de France, fit son apparition à la lueur des torches ^ , on lui pré-
1. « Nous les commis au gouvernement et distribucion des deniers des aides de la ville de Pont Audemer, certiffions que Jehan Auberee, receveur d'iceulx aides, a prié par nostre commandement à Perrenot des Marches, de Caudebec, la somme de vingt solz tournois pour sa paine et sallaire d'avoir apporté dudit lieu de Caudebec, tout de nuj-t, lettres de Hesbert Guennier contenant comme l'en se tenist sur sa garde et que les gens d'armes qui estoicnt entrez dedans Rouen estoient délibérez de venir en ceste dite ville. Escript le penultime jour de septembre l'an mil CCCC soixante cinq. (Signé :) R. Legras, M. Fortin, M. Talion, R. Lefort. » (Archives municipales de Pont- Audemer, M 1, vol. 1.)
2. (( Nous les commis au gouvernement et distribucion des deniers des aides de la ville de Pont Audemer, certiffions que Jehan Auberee, receveur d'iceulx aides, a paie à Jehannin Cheval, messagier, la somme de quinze solz tournois pour avoir esté toute nuyt à Honnefleu guyder et mener le messagier de monseigneur de Lescu, lequel avoit apporté nouvelles que mondit seigneur de Lescu et autres seigneurs vendroient le soir en ceste dite ville, et demandoit l'obbeissance d'icelle ville. Escript le penultime jour de septembre l'an mil CCCC soixante cinq. (Signé :) R. Legras, M. Fortin, R. Lefort, M. Talion. » (Archives municipales de Pont-Audemer, Ml, vol. 1.)
3. (( Les commis au gouvernement et distribucion des deniers des aides de la ville de Pont Audemer, à Jehan Auberee, receveur d'iceulx aides, salut. Paies et délivrés, des deniers de vostre recepte, à Henryet de Preaulx, la somme de douze solz six deniers tournois pour le deché et diminucion de deux torches par lui baillées, lesquelles ont esté arses pour esclairer à la recepclon de monseigneur de Lescu, lorsqu'il fist son entrée en ceste dite ville pour nostre sire le duc de Normandie, lequel arriva de nuyt, lui et ses gens, qui mistrent long temps à passer et rappasser pour tracher leurs logis; et par rapportant ces présentes avec quittance dudit de Preaulx, ladite somme de XII solz VI deniers tournois sera allouée en voz comptes et rabatue de vostre <iit compte par tout oii il appartendra, sans difficulté. Escript audit Pont Audemer le premier jour d'octobre l'an mil CCCC soixante cinq. (Signé :) R. Legras, M. Talion, R. Lefort. » (Archives municipales de Pont Audemer, M 1, vol. L) — Je dois la transcription de ces pièces à l'amitié de M. Louis Régnier.
senta le vin et on lui donna à entendre que la population était prête à le recevoir comme un libérateur. Peu de jours après (4 octobre), une députation de deux religieux carmes ' à Rouen et àMoulineaux - fut chargée d'aller trouver l'évêque deBa^^eux ^ et les gens du Conseil de Charles de France ^, pour obtenir en faveur des habitants de Pont-Audemer le même traitement et les mêmes avantages qui avaient été accordés à ceux de Rouen, notamment le maintien de l'abonnement à la taille.
La ville de Lisieux, dont l'évêque Thomas Basin était très favorable aux ligueurs, ne fit pas plus de difficultés d'accueillir les délégués d'Ode t d'Aydie, au nombre de cinq, qui proposèrent aux habitants de capituler (8 octobre). Ils gratifièrent immédiatement ^ les bourgeois, nobles et gens d'église de la ville des privilèges octroyés aux Rouennais; ils promirent de ne porter atteinte à aucun de ceux que les habitants tenaient de Charles VII ; ils garantirent aux fonctionnaires de la ville et du diocèse, peut-être à la sollicitation de l'évêque, la conservation intégrale de leurs offices : ainsi le receveur des tailles, les élus et le greffier de l'élection, le contrôleur du grenier à sel, le
1. (( Les commis au gouvernement et distribucion des deniers des aides de la ville de Pont Audemer, à Jehan Aulîeree, receveur d'iceulx aides, salut. Paies et délivrés des deniers de votre recepte à frère Raol Bringart et frère Georges Marete, religieux de Nostre Dame des Carmes de ceste ville dudit Pont Audemer, la somme de trente solz tournois pour ung voj^age par eulx fait de ceste dite ville en la ville de Rouen devers monseigneur le patriarche et autres seigneurs du conseil du duc nostre seigneur, afin d'avoir pour ladite ville autelle et semblable composicion que ladite ville de Rouen ; lequel frère Georges retourna de Moulineaux et rapporta nouvelles du gouvernement des seigneurs estans audit lieu de Rouen, et parla à mondit seigneur le patriarche touchant ladite composicion, et rapporta que l'en se tenist seur de ladite composicion, et, incontinent son retour, s'en alla hastivement devers monseigneur de Lisieux porter lettres de mondit seigneur le patriarche, auquel voiage faisant ledit frère Raol avacqué par quatre jours, et ledit frère Georges par deux jours... Escript audit Pont Audemer le III<= jour d'octobre l'an mil GCCC soixante cinq. (Signé :) R. Legras, M. Talion, R. Lefort. )) (Archives municipales de Pont-Audemer, M 1, vol. 1).
2. Canton de Grand-Couronne, arrond' de Rouen (Seine -Inférieure).
3. Le roi se plaint des agissements de l'évêque de Bayeux : <( Quod unius Bajocensis episcopi scelus potuit totam Normanniam et pêne regni statum nuper pervertere » {Documents historiques inédits, t. II, p. 408).