SON ENTRÉE A ROUEN
donna à la population rouennaise l'occasion de sortir de chez elle et d'acclamer le nouveau duc. L'allégresse est, au fond, bien sensiblement diminuée par l'amertume que causent les germes de discorde nés entre les deux ducs et par l'inquiétude des événements du lendemain. Thomas Basin assure que les Normands, plus disposés au deuil qu'à la joie, entrevoient déjà la dévastation de leur patrie, et disent avec le prophète : Nolite confîdere in principibiis vestris ^ ; mais ce chroniqueur n'a-t-il pas écrit son récit quelques années après les événements, sous^ l'impression des calamités qui allaient s'amonceler sur la province ? Si pénibles que fussent alors les présages, ils ne permettaient pas d'augurer de l'avenir.
Pleins de perfidie, les Bretons restés à Rouen tentent de trouver un motif rationnel à la fuite de leur duc ^, qui ressemble assez à une trahison. Ils répandent le bruit mensonger que des citoyens de la capitale normande avaient conspiré contre François II et attendaient le jour de l'entrée de Charles de France pour préparer un mauvais coup à son endroit. L'accusation était audacieuse et totalement dépourvue de vraisemblance. Les Normands sont gens circonspects, graves, clairvoyants, affirme leur compatriote Thomas Basin ^. Comment seraient-ils tombés en cet état d'affaiblissement mental, de courir à leur perte alors que la tranquillité leur était promise et les bénéfices du nouvel état de choses déjà entrevus ? D'ailleurs, les discours prononcés au Mont-Saint-Catherine devant le duc de Bretagne ne condamnaient-ils pas d'avance une conduite aussi inconsidérée ? Des hommes raisonnables ne pouvaient désapprouver l'alliance bretonne, qui eût pu devenir profitable à la province ; ils redouteraient au contraire une lutte où ils ne verraient guère de chances de succès. Et c'était bien malles connaître que de leur prêter d'aussi noirs desseins.
La véritable cérémonie d'intronisation de Charles de France,