Lettre de Panigarola, du 10 janvier, déjà citée
RÉUNION DE PONT-DE-l'aRCHE 169
nelle : dans une salle entièrement tendue de draperies, Louis XI prit place sur un trône élevé, couvert de drap d'or fleurdelysé et placé sous un baldaquin doré, ayant à ses côtés le chancelier, les membres de son conseil, le bâtard de Bourbon, les seigneurs du sang, le maréchal et l'amiral de France, l'ambassadeur du duc de Milan. Agenouillés, la tête découverte et dans l'attitude la plus humble, les délégués de la population rouennaise déclarèrent qu'ayant pris conseil des magistrats de la cité et après une très longue délibération, ils avaient reçu plein pouvoir pour reconnaître Louis XI comme leur souverain seigneur et roi, auquel ils offraient de prêter serment au nom de leurs concitoyens, en se désolidarisant du châtelain seul responsable d'avoir ouvert les portes du château aux adversaires du roi. De ces paroles, dont il parut satisfait, et qu'il souhaita invariables, Louis XI fit prendre acte aussitôt par son chancelier, qui recueillit également le serment des ambassadeurs, et lui dicta les termes et conditions du procès-verbal de cet engagement solennel * .
Désormais rien ne s'oppose plus à l'ouverture des portes de la ville ; le 23 janvier, sans coup férir, il en est pris possession au nom du roi, qui y fait son entrée quelques jours plus tard- . Devant la fureur populaire et dans la crainte de la vengeance royale, tandis que le duc Charles a abandonné la place et s'est réfugié à Ronfleur, ses conseillers et partisans prennent la fuite: tels l'évêque de Bayeux, le sire de Chaumont et Jean d'Amboise son fils, Jean de Daillon, et la veuve de Pierre de Brézé. Quant à Jean de Lorraine, il fut arrêté au moment où il songeait à gagner la Picardie avec quelques complices. Les seigneurs de la suite du roi vinrent remplacer les partisans de Charles de France, et le roi, désireux d'être agréable aux Rouennais, leur accorda les lettres de rémission qu'ils réclamaient. Ceux qui approchaient de Louis XI à ce moment déclaraient qu'à l'encontre de son ordinaire, il se montrait heureux, et que c'était plaisir de le voir avec le visage reposé, satisfait ^ .