Idem, t. II, pp
que quatorze ans, « ce qui jamais ne sera trouvé avoir esté fait à nul autre frère de roy, en si jeune âge »; or, au moment où il venait de lui augmenter sa pension et de lui promettre de nouveaux avantages, il l'a vu s'éloigner de lui sans le moindre prétexte et s'enfuir en Bretagne; il ne lui a pas cédé la Normandie « de son franc et libéral vouloir » ; en outre, un pays qui est l'un des fleurons de la couronne de France, dont les revenus équivalent presque au tiers de la totalité des revenus du royaume ^ qui est situé trop près des Anglais toujours à redouter, ne peut être légitimement donné en apanage, et jadis une bulle pontificale a excommunié d'avance quiconque tenterait de la séparer de la couronne ^ ; il a donc dû prendre les armes pour reconquérir cette province, que d'ailleurs son frère a déclaré ne pas désirer conserver, comme étant une trop grosse charge pour lui. Le roi relate enfin les derniers incidents, la soumission (qu'il affirme volontaire) des Rouennais et la conduite (qu'il déclare inqualifiable) de son frère à son égard.
Le comte de Charolais, pour témoigner des bonnes intentions qu'il ne cessait d'entretenir à l'égard de Charles de France, lui adressa à son tour des émissaires qui apportèrent des lettres encourageantes, et rien d'autre. Le duc de Normandie répliqua par de nouvelles accusations contre Louis XI, se plaignant des violences dont il avait été l'objet, en sa personne et en celle de ses serviteurs, de la mauvaise foi du roi qui «le laisse du tout desnué, sans terre, seigneurie, revenue ne provision quelconques »; il proteste que les propositions par lui faites au sujtt d'un nouvel apanage en échange de celui qu'on lui retire par la violence lui paraissent raisonnables et nullement excessives ; que sa qualité de pair de France lui donne le privilège d'être traité comme tel ^, enfin que les autres pairs de France ont le plus grand intérêt à soutenir sa cause * .
1. L'ambassadeur milanais évalue les revenus annuels de la Normandie à 500000 écus (Lettre du 23 décembre 1465, écrite à Caen ; Archivio di Stato, Milano ; Potenze estere, Francia).
2. Lettre de Panigarola, du 16 février 1466 (Archivio di Stato, Milano).
3. Voir sa protestation contre la forme de procéder à son égard en tant que pair (Bibliothèque natianale, ms. français 6973, f^ 83 ; Pièce justificative no XXIX).