‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 218 sur 598 · Gant, de Vic-sur-Cère, arrondi d'Aurillac (Cantal · texte numérisé non relu

Gant, de Vic-sur-Cère, arrondi d'Aurillac (Cantal

3. Celui-là même dont M. de Mandrot a décrit la vie et les infortunes dans un excellent article déjà cité de la Revue historique, tiré à part : Jacques d'Armagnac duc de Nemours (Paris, 1890, in-8), — Depuis plusieurs années Nemours était sous l'influence de Jean Le Maingre, dit Boucicaut, seigneur deBridoré en Touraine, et adversaire déterminé du roi, que Charles de France entretenait habilement à Cariât pour servir ses desseins ; il avait été chargé

ENVOI d'un Émissaire au duc de nemours 195

gneur de Villeret, originaire de Touraine ; il est chargé de lui demander au nom de Charles des nouvelles de sa personne, « comme étant homme du monde en qui il avoit plus de confiance », de l'engager à entretenir des amitiés toujours nécessaires, le moment d'agir étant proche, et de l'informer de la promesse formelle de concours offert par le duc de Bourgogne, décidé s'il était nécessaire à mettre sur pied 20000 hommes pour reconquérir la Normandie K Le duc de Nemours, après

notamment d'exposer à Nemours quel acte de violence le roi avait commis en enlevant de force le duché de Normandie à son frère, et de lui faire observer que, si les pairs de France laissaient ainsi <( corrompre et abattre leur dignité et privillege », ils pouvaient d'un jour à l'autre s'attendre à un traitement rigoureux, « dont ce ensuira la destruction et adnicliillation de ce noble et digne privillege desdits pers de France ». Un passage des dépositions faites plus tard au procès du duc de Nemours est assez significatif au sujet de Bridoré : « En parlant par ledit sieur de Bridoré à il qui parle de la dite prophétie commençant Filins Carohis, icelluy qui parle congnoissant que le dit Bridoré estoit plus enclin audit seigneur de Guienne que au roy, luy auroit dit pour luy* complaire que laditte prophétie se entendoit et devoit entendre dudit de Guienne, qui devoit estre couronné Roy et Empereur, dont ledit Bridoré par semblant se demonstroit fort joyeulx ; et dit il qui parle que ledit sieur de Bridoré par plusieurs moyens exquis persuadoit ledit de Nemours de adhérer avec ledit de Guienne et tenir son party contre le roy ». A côté dé Bridoré vivait à Cariât un singulier moine, cordelier du couvent d'Aurillac, originaire du paj's, nommé Guy Brianson (fo 225 du ms.), dont Nemours avait fait son confesseur, qui prétendait avoir découvert dans les astres un signe certain de l'avènement au trône de Charles de France, et réussissait à force d'impudence à faire admettre à son pénitent les prédictions les plus extraordinaires ; on lit dans le même procès (f"^ 228 v^) :« Interrogué si touchant la personne de feu monseigneur de Guienne il a fait aucuns jugemens, mesmement que ledit monseigneur de Guienne devoit estre couronné en brief roy de France, dit que non et que jamais n'en ouit aucunes paroles ; ... a dit que oncques ne ouit parler de ladite prophétie, mais bien dit que sept ou huit ans ou environ que ledit de Nemoux luy monstra en la présence de plusieurs ses serviteurs une prophétie commençant: Carolus filius Caroli coronabilur ï> (f» 229 v»), mais il affirma qu'il s'agissait là de Charles VII.

1. ((.... Estoit de luj-^ dire que mondit seigneur Charles avoit plus de désir de sçavoir de Testât de sa personne, que de homme du monde comme de celuy en qui il avoit plus de confiance, et aussi luy faisoit sçavoir de ses nouvelles ; et entre autres choses luy faisoit sçavoir que monseigneur de Bourgogne lu}^ avoit mandé qu'il ne se souciast pas de sa duché de Normandie, et qu'il couteroit à mondit seigneur de Bourgogne vingt mil hommes, ou qu'il le remetteroit dedans si plus ne faisoit ; luy avoit aussi fait sçavoir ledit de Bourgogne qu'il se tenist seur de ses amys pour estre prest quant besoin seroit ; et que ces choses monseigneur de Guienne advertit ledit de Nemoux, et aussy qu'il gardast sa personne et qu'il entretenist tousjours ses amys pour estre toujours prest au besoin ».

avoir d'abord hésité un peu à recevoir ce gentilhomme étran^ ger, se ravisa ; il manifesta une grande joie d'avoir des nouvelles de Charles de France, fit faire bonne chère à cet ambassadeur, et lui recommanda de dire à son maître qu'il se méfiât du duc de Bourbon et prît soin de bien garder sa personne, car, « s'il étoit perdu, luy et tous ses amys seraient perdus » ; en même temps il l'assura qu'on pouvait se fier entièrement à lui, protesta d'un dévouement sans bornes ; « qu'il vivrait et mourrait en son service et en sa querelle, et y mettroit corps et biens, et gaigneroitde ses amys pour le servir tout ce qu'il pourroit». Il prit la plume devant Lussault, se servant d'un lit comme table, pour écrire à Charles de France et lui affirmer que, « quant il ne devroit faire autre chose que gratter la terre devant luy comme un bœuf, qu'il le feroit ». En faisant la part de toute l'exagération méridionale qui perce à travers ces images un peu forcées, on est de droit de penser qu'une telle amitié était empreinte de quelque sincérité. Dans la conversation il fut question, à un certain moment, des officiers de l'entourage de Charles de France, et le duc de Nemours recommanda chaudement de bien ménager et précieusement conserver Louis Sorbier, dont il fit grand éloge et qui, « si on le traittoit mal, feroit et donneroit mauvais exemple à autres de l'aller servir » ; de tels serviteurs sont des aides précieux. Au moment où Lussault, après une unique entrevue, quittait Cariât, le duc de Nemours lui fit don de 30 écus, s'excusant de ne pouvoir lui remettre davantage, en raison de sa pénurie d'argent. Et lorsque l'ambassadeur revint à Nantes et rapporta à Charles dé France, avec la lettre autographe du duc de Nemours, les propos qu'il lui avait tenus, le duc de Normandie en parut fort satisfait i.

De telles allées et venues devraient fort troubler Louis XI , toujours admirablement renseigné par une police excellente. Les nouvelles qui lui parvenaient de partout contrariaient ses

1. Interrogatoire de Louis de Lussault, dans le procès du duc de Nemours (Bibliothèque Sainte-Geneviève, ms. 2000, f" 146). Cet interrogatoire eut lieu en octobre 1476, ce qui explique pourquoi on y parle toujours du duc de « Guj-enne » et non pas de « Normandie », ainsi que dans les témoignages du sire de Bridoré et de Guy Brianson.

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