Idem, t. I, pp
6. Le sauf-conduit octroyé par Tanneguy du Châtel à Charles de France pour faciliter son déplacement est publié par Dom Morice, Preuves^ t. III, col. 195.
LA QUESTION DE l'aPANAGE 255"
N'est-il pas au moins un peu exagéré d'écrire, comme l'a fait certain chroniqueur ^ qu'alors Charles de France « tenoit tous les cueurs des plus grans du royaulme en sa main»? Mais, si telle est la vérité, le nonchalant duc de Normandie ne sut pas, encore une fois, profiter de ces heureux symptômes et des difficultés où se débattait le roi. Toujours^faute d'initiative, il laissa échapper une occasion rare de bénéficier de cette popularité ; « il estoit homme qui peu ou riens faisoit de luy, mais en toutes choses estoit manyé et conduit par autre » -. Quant au duc de Bourgogne, il trouvait un sérieux avantage à posséder dans une province française toute voisine de ses domaines un allié reconnaissant qui pourrait devenir un auxiliaire utile dans l'avenir. Aussi s'empressa-t-il d'envoyer en Bretagne des émissaires qui devaient inviter le duc de Normandie à ne pas accepter d'autre apanage que celui de Champagne et de Brie, « propice à tous deux » et d'<( asses bonne valeur » 2, d'insister sur ce fait qu'il l'avait obtenu grâce à son entremise et à son amitié pour lui, et de lui remontrer que, si d'aventure Louis XI se disposait à l'attaquer, il trouverait en Bourgogne un concours sérieux et efficace.
Le roi était-il disposé à tenir la promesse que le duc de Bourgogne lui avait arrachée ? On a des raisons d'en douter * ;
1. Jean de Roye, Journal (Interpolations de Jean Le Clerc), t. II, p. 219.
2. Commines, édit. de Mandrot, t. I, p. 173. — L'historien se trompe toutefois en donnant 25 ans au frère du roi ; il n'en avait encore que 22 à peine.