Cf. Bibliothèque nationale, ras. français 26093, n
6. Archives départementales de la Loire-Inférieure, E 106. — Ces lettres de renonciation furent restituées le 7 août.
CHARLES DK GCVEN.NE 17
le programme fût ponctuellement exécuté. La parole du roi comptait peu.
Laissons aux thuriféraires de Louis XI le soin de louer sa générosité. Laissons aux admirateurs du monarque la peine de le féliciter de cet acte réparateur ; car il est de toute évidence qu'il n'a pas pris cette grave décision de son plein gré. S'il a cédé devant les menaces, ce ne fut nullement pour être agréable à ses ennemis, ni pour témoigner quelque particulière bonté à son frère. Il a tenu à avoir les mains libres pour pouvoir agir à sa guise dans la crainte de démêlés inévitables et prochains avec le duc de Bourgogne, avec le comte d'Armagnac, avec le duc de Nemours ; il a compté pouvoir soustraire ainsi son frère à la tutelle dangereuse du duc de Bretagne, et peut-être brouiller les cartes entre les deux nouveaux amis ; il a fait acte d'habile politique, ne laissant rien au hasard et sachant bien que ce qu'un roi a donné, il peut le reprendre au plus prochain jour.
Il s'en fallut de peu, cependant, que l'indécision naturelle de Charles de France ne remît tout en question. Était-il las. des discussions et des formalités qu'avait entraînées cette longue négociation ? Avait-il trop souffert de la protection pesante et absolue du duc de Bretagne ? Se jugeait-il impuissant à gouverner seul les belles provinces qui lui étaient attribuées ? Craignait-il des représailles de son frère, ou se reconnaissait-il incapable, physiquement et moralement, de continuer la lutte si cela devenait nécessaire ? La psychologie du personnage nous échappe trop pour que nous ayons le droit de répondre à ces différentes questions. Mais on sait qu'à cette heure, où tout autre que lui aurait pris le chemin de La Rochelle et de Bordeaux sans plus tarder, il fit demander secrètement à Edouard IV un sauf-conduit qui arriva le 6 mai, pour lui et cinq cents personnes de sa suite, avec autorisation de séjourner en Angleterre pendant neuf mois, en attendant qu'il se rendît sans doute aux Pays-Bas, chez Charles le Téméraire '. On se souvient qu'un premier départ pour les domaines de Bourgogne avait déjà échoué en 1465 ; cette idée paraissait le hanter, et
1. Dupuy, Histoire de la réunion de la Bretagne à la France, t. I, p. 224.