Archives communales d'Amboise, BB 1, f
9. La nouvelle parvint au Puy le 20 septembre ; sermon, procession, feux de joie furent autant de îaanifestations non spontanées. Le 25, on reçut l'avis officiel par l'intermédiaire de l'évêque, absent ; les cloches tintèrent de nouveau en signe d'allégresse, tandis qu'on entonnait le Te Deum à la cathédrale, et " ne fit rien le peuple de tout un jour ". (Chroniques d'Etienne Médicis, publ. par Chassaing, t. I, p. 257).
Mais ce fut surtout en Guyenne que l'on apprécia le changement de politique. Cette province et les pays voisins (Périgord, Limousin, Marche, Auvergne, Languedoc) étaient exposés depuis longtemps aux méfaits des gens d'armes qui, sous couleur de s'assembler pour s'enrôler sous la bannière royale, se livraient aux plus fâcheux désordres ; le pillage, le meurtre, le viol, les destructions des églises et des propriétés étaient monnaie courante ; on s'y croyait revenu aux plus mauvais jours de la guerre de Cent Ans ; en outre, la menace d'une nouvelle invasion anglaise était toujours suspendue sur la tête des malheureux habitants de la Saintonge, du Bordelais et de la Gascogne, plus sensibles encore que d'autres aux effets si désirables d'une paix bienfaisante. Le commerce de ces pays maritimes en souffrait énormément. La situation y était telle que, déjà en janvier 1469, Louis XI avait cru devoir prendre des mesures énergiques pour y porter remède, et charger Antoine de Chabannes, avec pleins pouvoirs, de se livrer à une enquête minutieuse, tant à Bordeaux qu'à Toulouse et partout ailleurs où il serait nécessaire, sur tous les faits de violence, d'oppression et de rébellion qui lui seraient signalés, avec mission de punir les délinquants et défaire cesser à tout prix ce scandale ^
A un tel moment, un nouveau maître devait être bien accueilli. Un chroniqueur local, tardif il est vrai, mais non suspect, semble bien exprimer l'opinion des Bordelais, lorsqu'il affirme que ses compatriotes envisagèrent favorablement l'avenir qui s'offrait alors à eux -. Le roi n'est-il pas souverain absolu ?
1. Lettres patentes données aux Montils-lez-Tours le 26 janvier 1469 {Archives nationales, JJ 196, fo 123) ; publ. clans les Preuves de l'Histoire de la maison de Chahannes, par le comte H. de Chabannes, t. II (1893), p. 176, et dans l'édition du Journal de Jean de Ro3^e, par B. de Mandrot, II (1896), p. 226.
2. Chronique bordelaise, de Jean de Gaufreteau, édit. GauUieur, t. I (1876), p. 26 : '* De quoy les Bourdelois ne se pleignirent point, car ils désiroj^ent tousjours d'avoir un prince particulier et un duc plustost qu'un roy de France, attendu qu'ils croyoient que, s'ils avoyent un duc, ils se pourroyent mîeux maintenir en leurs libertés et franchises que soubs la domination d'un roy tout puissant, et ce dans la considération que, si le duc les oppressoit, ils auroyent tousjours lavoye de plainte devant son souverain, qui estoit le Roy, et par ainsin, cela le fairoit tenir en debvoir, et le contraindroit de s'accomoder avec ses subjects, de peur de courre fortune d'estre despouillé, ainsin qu'avoit esté le roy d'x\ngleterre pour un mesme subjet ".
l'opinion des bordelais 279
Avec un prince particulier, au contraire, n a-t-on pas toujours la ressource, en cas de mécontentement et de protestation nécessaire, de s'adresser au roi pour obtenir et faire consacrer par lui le maintien de libertés et de franchises menacées ? Intérêt bien personnel sans doute, mais le seul qui influe sur les désirs et les décisions des populations.
On a vu, au précédent chapitre, que Charles de France n'avait pas attendu d'être solennellement investi de son nouvel apanage pour s'en assurer la jouissance, puisque, dès les mois de mai-juin 1469, il avait nommé des officiers ^ reçu des hommages -, donné mandat à Odet d'Aydie d'aller préparer la
1. Dès le 8 juin, André de Nonville est nommé procureur en la sénéchaussée de Querc}', et Jean de La Garette lieutenant du sénéchal de Qucrcy à Gourdon et à Martel, par Olivier du Breil, sénéchal de Rennes et subdélégué d'Odet d'Aydie pour l'administration provisoire de la province (Bibliothèque nationale, Pièces originales, vol. 2123, Nonville, n^ 2, et Archives départementales du Lot, B 1159, fo 87 v'*)- La nomination d'André de Nonville est confirmée par le duc le 18 août 1469 (Bibliothèque nationale, ms. français 26090, n» 837). L'office de trésorier et receveur général des finances de Guyenne est confié à Marc Le Duc par lettres du 18 juillet (Idem, Pièces originales, vol. 1034, Le Duc, n» 3). Le même jour, sont nommés gouverneur de La Rochelle Thierry de Lenoncourt, et viguier à Figeac, Galiot de Genouillac (Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 1375, Gourdon, n° 10), et «st confirmée à Louis Sorbier, <( gentilhomme très renommé en paix et en guerre » (Journal de Jean de Roye, t. II, p. 196), la capitainerie de Domme en Périgord (Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 2715, Sorbier, n° 9 ; cf. ms. français 26090, n^ 789), en attendant que lui soit confiée la fonction de sénéchal de Périgord, remplie provisoirement par son lieutenant Hugues Bailly, seigneur de Rezac (Idem, ms. français 26092, n» 923, et coll. Périgord, vol. 80, f*' 130). Le 19 juillet, Charles de France donne à son écuj-er Christophe de Plailly l'office de maître des eaux et forêts en Périgord (Idem, Pièces originales, vol. 2294, Plailly, n» 2) et, le 25, nomme Jean de Vol vire sénéchal de Quercy (Archives départementales du Lot, B 1159, f^ 99 v», et Archives nationales, T 1895 ), puis le 26, Jacques du Vivier procureur général en la sénéchaussée de Quercy (Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 3034, Vivier, n» 8). D'autres, comme Pierre Morin et Jean du Bec, conservèrent auprès de lui les fonctions qu'ils exerçaient déjà en Normandie.
2. Le duc accorde (18 juillet) un délai d'un an à Antoine Bouchard, seigneur d'AuzIllac, pour l'hommage qu'il lui doit (Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 479, Bouchard, n^' 4). Il reconnaît (l^^" août) avoir reçu les hommages du chancelier de Bretagne pour un fief relevant du château de Talmont (Idem, Pièces originales, vol. 2237, Peron, no 2), de Jean Bremond pour sa terre de Balenzac (Idem, Pièces originales, vol. 498, Bremond, n° 3), et d'Olivier de Coëtivy, à qui ont été attribuées cinquante livres
CHARLES DE GCYEXNF. iS
prise de possession définitive *, et s'était rendu lui-même à La Rochelle où il avait fait son entrée le 6 juillet '-.
Par lettres patentes du 24 juillet, données pendant ce séjour à La Rochelle, il crée la Cour des Grands Jours de Bordeaux ^, destinée à remplacer le Parlement royal transféré de Bordeaux à Poitiers * ; elle sera composée de deux présidents, dix conseillers, un avocat, un procureur général, deux greffiers et six huissiers ; elle se réunira de la Saint-Martin (11 novembre) à la veille de la Notre-Dame en septembre (7 septembre),
tournois sur la recette de Saintonge (Idem, Pièces originales, vol. 797, Coëtivy, no 57). Il reçoit (5 août) l'hommage de Guy de Pons, fils de Jacques et de Marguerite de La Trémoille, pour la vicomte de Turenne et les seigneuries de Montfort, Ribérac, Larche, Terrasson, Carlux, Aillac, Cre3'sse et Martel (Bibliothèque nationale coll. Périgord, voll. XI, p. 73 ; cf. Chroniques de Jean Tarde^ publ. par Gaston de Gérard (1887), p. 193). Le 11 septembre, il voit Jean Bechillon, procureur de Jeanne de Vivonne, veuve de Pierre Bechillon, prêter hommage en son nom pour la moitié de la terre de Saint-Georges-des-Coteaux près de Saintes (Bibliothèque nationale. Pièces originales, vol. 261, Bechillon, n» 2).
1. Archives municipales de Périgueux, AA 14, et Archives communalesde Saint-Macaire, AA 2 ; publ. dans Archives historiques de la Gironde, t. VIII, p. 251. Pièce justificative n» LXVIII. — Trois jours après (18 mai), Odet d'Aydie déléguait ses pouvoirs à Olivier du Breil, sénéchal de Rennes (Idem, AA14). — D'autre part, dès le 2 mai, un chevalier nommé Raj'^mond de Folmon avait été envoyé en Quercy et en Agenais par le roi pour remettre ces pays aux mains des représentants du nouveau duc (Bibliothèque nationale, ms. français 32511, f» 274). — La constitution du nouvel apanage avait gravement nui aux intérêts personnels de quelques notables serviteurs du roi, qui élevèrent des réclamations ; il leur fut donné satisfaction plus tard, par exemple en 1471 à Pierre de Raj^mon, ex-capitaine de Penne en Agenais (Bibliothèque nationale, Pièces originales, vol. 2441, Raymond, n<^ 18), et en 1472 à l'ancien sénéchal de Guyenne Gaston du Lyon, devenu sénéchal de Toulouse, à qui furent données les capitaineries de Cintegabelle, du Fousseret et autres (Idem, Pièces originales, vol. 1782, du Lyon, n^'^ 9 et 10).