‹ Charles de France, frère de Louis 11Chapitre 340 sur 598 · VOYAGE DANS SES DOMAINES · texte numérisé non relu

VOYAGE DANS SES DOMAINES

Lomagne, seigneur de Fimarcon *, qui faisait partie de son grand Conseil et voyageait volontiers avec lui), tendant à faire vérifier et vidimer des lettres patentes du roi Jean portant exemption de toute confiscation de biens meubles et immeubles, tant au temps présent qu'à l'avenir, en faveur des nobles du pays de Guyenne; elles furent vidimées, en effet, à Condom, en présence de cinq témoins, le 22 août 1470, par le juge ordinaire de Condom, Bernard de Goth 2. Cette mesure se rattache à un épisode dont nous ignorons et la genèse et la conclusion.

De tout ceci, — et de beaucoup d'autres affaires qui nous échappent, faute d'en trouver trace dans les archives, — il ressort clairement que le duc de Guj^enne entendait faire respecter partout ses droits et son autorité, tenter de réformer les nombreux abus que de précédentes administrations avaient laissé s'introduire au profit des influences locales, et contraindre ses fonctionnaires à exercer une vigilance dont, par un relâchement aisément explicable, ils étaient trop enclins à se désaccoutumer. Mais il respectait aussi les droits d'autrui et ne demandait qu'à se soumettre à des arguments légitimes et bien fondés.

Charles de France ne prétendait pas d'ailleurs abandonner à ses officiers le soin exclusif de s'enquérir des besoins des populations soumises à sa domination, d'écouter leurs doléances et d'y donner la suite qui paraîtrait juste et convenable. Il prit la résolution de se rendre compte personnellement de la situation du pays, supposant qu'un voyage dans une notable partie de son apanage ne pourrait que contribuer à le rendre populaire et à lui conquérir les sympathies de ses administrés. Il quitta Saint-Jean d'Angély dans les derniers jours ^ de janvier 1470. Sa première visite fut pour le Périgord * ; et, en

1. Auj. La Garde-Fimarcon. — Voir une lettre de lui dans le ms. français 15510 de la Bibliothèque nationale, f'J 129.

2. Archives départementales de la Gironde, B 30 bis, fj 208 ; indiqué dans les Archives historiques de la Gironde, t. XXIII, p. 73.

3. Il y était encore le 27 janvier {Archives historiques de la Gironde XXX,1895, p. 20).

4. Il avait préalablement reçu des délégués des trois États de Périgord, venus le trouver pour régler différentes questions de délimitation relatives à la nouvelle frontière de Saintonge, d'Angoumois et de Périgord (Bibliothèque

son nom, son sénéchal Louis Sorbier réclama aux habitants, déjà surchargés d'impôts Sune somme de 300 livres au moment où le voyage fut décidé-. Il n'en fit pas moins une magnifique entrée à Périgueux, sa première étape, le l^'' février. Le clergé, le maire 2, les consuls et une foule de curieux ^ l'accueillirent en grande pompe ^ ; il avait pris soin, sagement, de préparer sa venue par une promesse solennelle ^ de confirmer tous les

nationale, ms français 26090, n'^ 864; Pièce justificative n^ LXXVIII). Au nom du roi, ce fut son conseiller Jean Compaing qui fut chargé des négociations (Idem, ms. français 26997, n" 11). Les dépenses faites à cette occasion par les délégués des Etats de Périgord nécessitèrent une augmentation d'impôts dans la sénéchaussée, que Charles de France autorisa par lettres du 15 octobre 1469. 1. Les États de la province avaient déjà voté 1000 livres comme don de joyeux avènement (Archives nationales, KK 648, n» 92 ; pièce justificative n» LXXVII). En outre, Louis de Salignac, maître des requêtes ordinaires de l'hôtel du duc, Jean Du Bec, contrôleur général des finances, et Bertrand Guilhon, écuj-er, furent chargés d'imposer au pays l'aide de l'année 1470 ; ils descendirent, pour accomplir leur mission, chez Pierre Durand, notaire à Périgueux, y demeurèrent dix jours, et leur hôte toucha une indemnité de quatorze livres tournois comme rémunération, ainsi qu'il appert du document suivant : « Je Pierre Durand, notaire et bourgeois de Pierregueurs, confesse avoir eu et receu de monseigneur maîstre Guillaume Pinete, secrétaire de monseigneur le duc de Guienne et son receveur ordinaire et des aides ou équivalent ou paj s de Pierregord, la somme de quatorze livres tournoys à cause et pour raison de despence faicte par messeigneurs maistres Loj's de Sallignac, maistre des requestes ordinaire de l'ostel de mondit seigneur, Jean Dubec, conteroleur gênerai de ses finances, et Bertrand Guilhon, esculer, commissaires ordonnés de par mondit seigneur à mettre sus et imposer le taux et aide ordonné estre mis sus oudit pays de Perregort pour l'année començant ou mojs de janvier mil quatre cens soixante neuf prouchaineraent venant et finissant en décembre mil quatre cens soixante dix ensuivant, en mon hostel où ilz ont esté et leurs chevaulx, en faisant ladite assiete par dix journées entières ; de laquelle somme de quatorze livres tournois je me tiens content et bien paj'é, et en quitte ledit receveur et tous autres par ceste présent quittance signée, en tesmoing de ce, démon signé manuel, audit Perregueurs, le vingt et ungiesme jour de novembre l'an mil quatre cens soixante et neuf, et requis au notaire cy soubzcript que pour plus de seurté à ma requeste il la voulsist signer. Durand. » (Archives communales de Bordeaux, A A, Recueil factice de chartes relatives à l'histoire de la Guyenne, vol, I).

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