Lettre du 18 août 1471 (édition Vaesen, t. IV, p
REVIREMENT ET RENVERSEMENT d'aLLIANCES 421
personne et sur l'entourage de son frère, aux mille difficultés qu'il tentait de lui créer depuis tant d'années ? On a parlé de négociations clandestines, de pression exercée sur la duchesse de Savoie, d'essai d'intimidation des serviteurs royaux ; mais ceux qui accusent ainsi oublient-ils donc les tristes méthodes adoptées par la politique de Louis XI? Qui donc débauchait les serviteurs de l'autre ? Qui donc usa de procédés malveillants et tortueux dans ses relations diplomatiques ? Il serait puéril de vouloir excuser Charles de France, chercher à l'innocenter serait une tentative périlleuse ; mais n'exagérons ni dans un sens ni dans l'autre, et rappelons-nous que l'agneau est fatalement mangé par le loup, quelques raisons qu'il puisse invoquer pour se disculper.
Il est bien vrai du moins qu'une nouvelle coalition se formait contre le roi de France ^ plus puissante peut-être que la première. La question du mariage du duc de Guyenne et celle de la reprise des villes récemment perdues par Charles le Téméraire sont à la base de toutes les négociations. Guillaume Chauvin et l'abbé de Bégar sont envoyés par François II à la cour de Bourgogne ; ils y font des propositions alléchantes, qui sont bien accueillies ; au retour, ils passent par Orléans, s'y entretiennent avec Charles de France à qui ils font part des intentions de Charles le Téméraire à son égard et des moyens d'action qu'il compte employer. Charles de France en témoigne beaucoup de joie, déclarant qu'il est tout prêt à obtenir de son frère, amicalement si possible mais au besoin par la force, l'annulation des traités de Péronne et de Conflans, et offrant d'en prendre l'engagement immédiat. Sur le conseil qui lui est alors donné, il quitte le roi et rentre en Guyenne.
Peu après, autre voyage d'un ambassadeur des ligueurs en Bourgogne : Poncet de Rivière est porteur d'instructions détaillées concernant la conduite du duc de Guyenne, qui est prêt à marcher même contre le roi pour favoriser les desseins du duc de Bourgogne (16 juillet) 2. Louis XI, sentant le danger, s'ef-
1. Par un acte du 10 juin 1471, il a désigné nominativement ses alliés Bibliothèque nationale, Chartes Colbert, Mélanges, vol. 358).
2. Archives départementales de la Loire-Inférieure, E 100 ; publ. par Dom Plancher, Histoire de BourgognCy t. IV, p. cccviii (avec la date fausse du 6 juillet). Pièce justificative nftCXXII.
force d'attirer à lui quelques-uns des meilleurs serviteurs de son frère ; puis il lui envoie Du Bouchage avec des ordres précis ^ : défense de revenir avant d'avoir réussi à dissuader Charles de France de ses projets ', lui faire toutes promesses nécessaires '\ l'assurer que, s'il veut être agréable au roi, il « aura puissance en tout le royaume de France autant ou plus que moy tant que je vivray » *. Le bon billet! Qui pouvait se fier à cette parole, prononcée en pleine crise par un homme dépourvu de tout scrupule et de toute honnêteté ? Le duc de Guyenne connaissait trop son frère pour se laisser prendre à ces palinodies. Mais il n'est pas assez habile pour déjouer toutes les ruses. 11 nomme par exemple Denis Du Sablon son secrétaire ordinaire*'; mais, à quelques jours d'intervalle, le roi, prévenu et prévoyant, profitant de la faiblesse de son frère, a confié au même Denis Du Sablon une charge qui le met entièrement à sa discrétion et le subordonne à ses volontés ^; il l'a désigné comme notaire royal chargé de réunir entre ses mains toutes les quittances passées devant lui par les gens d'armes et de trait de la compagnie et ordonnance de son frère, d'en prendre note et de les enregistrer pour l'acquit de décharge du trésorier royal des guerres (3 mai 1471) : ainsi rien ne pourra être ignoré de ce qui se passera dans l'apanage de Guyenne, au point de vue militaire.
A la vérité, Louis XI va être mis en fâcheuse posture au milieu d'un réseau d'intrigues savamment organisées. S'il avait besoin de précisions, une lettre que lui adressa de Saint-Sever Olivier Le Roux, à la date du 11 août, fut de nature à les lui fournir". Olivier était arrivé le 7 à Mont-de-Marsan, chargé de suivre les allées et venues suspectes, et en apparence sim-
1. Cf. B. de Mandrot, Imbert de Batarnay seigneur du Bouchage^ p. 40, n. 1. — D'autres messagers sont signalés en juillet 1471 (Bibliothèque nationale, ms. français 6759, ff. 115 et 120).