LA SITUATION DU QUERCY
mais qui ne produisit pas chez les Cadurciens l'effet attendu : l'honneur céda devant l'imminence du danger.
A la petite cour de Saint-Sever, où se tient actuellement le duc, ce sont les femmes qui gouvernent, et les « brouilleries » qui troublent sa maison compliquent singulièrement la situation ^ A la vérité, on peut admettre que deux camps se disputent alors le pouvoir échappé des mains trop faibles du duc : l'un, auquel il se rallierait volontiers, prêchant la paix ou tout au moins préconisant une neutralité raisonnable; l'autre, sur lequel on agit traîtreusement du dehors, fomentant la discorde peut-être à l'aide d'argent, partisan de la résistance ou même de la violence. D'après quelques-uns, le roi n'oserait rien entreprendre contre son frère, et, s'il s'y décidait, on « lui bailleroit tant de lévriers à la guerre » qu'il ne saurait où fuir, car Bretons, Anglais et Bourguignons, sans parler des autres, « luy courroient sus ».
Si l'espionnage est manié par Louis XI avec la plus grande dextérité, son frère ou l'entourage de son frère ne se fait pas faute de s'en servir fort habilement. Il est vrai qu'une fois découverts et mis à la question, ces émissaires avouent, permettant ainsi à l'ennemi de se renseigner et d'obtenir de précieuses confidences ; leur compte est alors vite réglé ; le trop célèbre Tristan l'Ermite, chargé de présider le tribunal qui les interroge et les condamne, ne transige pas. Voici un prêtre, nommé Nicolas Delacroix, originaire de Neuville-sur-Eaulne en Haute- Normandie, âgé de trente ans, qui s'est rendu à Mont-de-Marsan en passant par Tours, Chàtellerault, Saint-Jean-d'Angély, Pons, Blaye et Bordeaux ; ancien aumôpier de Madame d'Esneval - à Pavilly -', il a vu son mari en (lascogne, ainsi que Brunet de Longchamp et Colinet de Longchamp son frère '* ; on l'a arrêté à Tours, lors de son voyage de retour. Non moins suspecte est la conduite d'Arnoullet de Houbrouecq, originaire
1. Bibliothèque nationale, ms. français 2899, f" 29 ; publ. par Vaesen, Lettres de Louis XI, t. IV, p. 364.
2. Sur les d'Esneval, alliés aux Brézé, voir Beaucousiu, Registre des fiefs et arrière-fiefs du bailliage de Caux en 1503 TRouen, 1891, in-8), pp. 77, 145 et 240.