Ch.-lieu de canton, arr^ de Rouen (Seine-Inférieure
4. Archives nationales, J 950, n» 15 (interrogatoire du 25 février 1472).
du Hainaut, âgé de trente-six ans ; c'est à Tours également qu'il est retenu prisonnier et qu'il est sommé de répondre aux questions dont on l'accable ' : après s'être enrôlé dans les troupes de Charles VII en qualité d'archer, auprès du bâtard de Bourgogne, en Catalogne, puis en Normandie sous la conduite d'Etienne de Villiers, enfin dans la garde de Charles de France, avec laquelle il fit la campagne de Picardie, il fut emprisonné une première fois à Caen, et détenu pendant quatre mois ; n'at-il pas quelque jour, dans une taverne de cette ville, prononcé des paroles compromettantes? Ne s'est-il pas, à quelqu'un qui lui demandait des nouvelles, hasardé à prédire que le duc de Guyenne allait bientôt redevenir duc de Normandie ? N'a-t-il pas, se rendant en Hainaut, fait un détour inexplicable par la Bretagne sous prétexte d'aller rendre visite aux parents de sa femme habitant Vannes ? N'était-il pas porteur d'une lettre de recommandation pour le duc de Bretagne et n'a-t-il pas reçu de lui quatre écus ? Autant de griefs. Ces allées et venues, ce voyage en Hainaut par des chemins détournés suffisent à le rendr<' suspect ; encore essaie-t-on de lui démontrer qu'il est loin d'avoir avoué la vérité sur tous les points. Quiconque est surpris, venant de Guyenne ou se rendant dans les pays où la défiance ombrageuse de Louis XI perçoit les trames d'un complot, est par là même surveillé, arrêté, reconnu coupable d'avance. Dans cette chasse énergique aux espions, une place mérite d'être réservée à un pauvre diable d'enlumineur, Jean Gillemer, originaire du pays manceau et demeurant ordinairement à Poitiers, qui, arrivant de la cour de Charles de France, est venu demander audience au comte du Maine : on l'a appréhendé et soupçonné, car le comte du Maine est toujours assez mal vu du roi, et la présence de ce voyageur est anormale ; on le traduit d'abord devant le tribunal du lieutenant de justice royal, puis on le transfère à Tours où il subira l'interrogatoire du cruel et impitoyable Tristan'-. Il est accusé d'avoir apporté au
1. Archives nationales, J 950, n" 12 (lut errogatoire du 20 décembre 1471); Pièce justificative n" CXXXIV.
2. Idem, J 950, n"* 13 et 14 (interrogatoires des 23-24 janvier et l»"" février 1472) ; publ. par Lecoy de la Marche dans la Revue de lArt chrétien, t. II, 5« livr., 1892, p. 396).
CONFIDENCIiS DESPIONS 431
comte du Maine et à ses amis des lettres confidentielles, ou tout au moins d'avoir été chargé pour lui de communications verbales de la part du duc de Guyenne, à l'effet de les décider à entrer dans la nouvelle ligue des princes ; et, — ce qui semble donner quelque poids à cette version, — c'est qu'on a trouvé sur lui quantité de petites feuilles de papier et de cédules de parchemin semblables à celles dont on se sert pour écrire des lettres missives, et couvertes de grimoires indéchiffrables. Quel est donc ce billet portant l'adresse de la femme de Louis Baudet, maître d'hôtel du duc de Guyenne, qui réside à Saint-Martin-de-la-Coudre' près de Saint- Jean-d'Angély, et veut faire exécuter un livre d'heures ? Quelle est donc cette liste de noms où Ton voit figurer celui de Jean Demeré, écrivain au service du même prince, pour qui il a confectionné un bréviaire en lettres romaines ? Que signifient ces voyages de Bordeaux à Saint-Sever, et vice versa ? Quelle est la raison de ce séjour au Mans? Que signifient les oraisons à divers saints, les recettes médicales, les formules magiques que contiennent ces morceaux de parchemin ? Dans ses réponses, le malheureux artiste, espion d'occasion, se trouble, donne des explications peu valables, affirme que ses voyages à Saint-Martin-de-la-Coudre, à Saint-Sever, au Mans et ailleurs, ont été nécessités par l'exercice de sa profession, dans le dessein de vendre quelque livre d'heures ou de récupérer quelque somme due pour des travaux d'enluminure; mais il a eu la maladresse de prononcer le nom de Madeleine, sœur du duc de Guyenne, et d'autres personnes vivant dans l'intimité de ce prince. Il n'en a pas fallu davantage pour qu'on le fit mettre à la question ; ce qui a eu lieu le lendemain. A des interrogations plus pressantes, il répond comme la veille, en ajoutant quelques détails en apparence assez insignifiants : il s'est rendu chez le comte du Maine de son propre mouvement, d'abord pour lui donner des nouvelles de son neveu Charles de France, qu'il avait vu, malade de la fièvre, monter à cheval, se rendant de Saint-Sever à Hagetmau ; et aussi pour lui dire qu'il avait un livre d'heures à enluminer pour la princesse de Viane moyennant prix convenu ; que, le duc lui-