Œuvres, édit. Lalanne, t. II, p
6. Histoire de France, t . II (1646), p. 141 : « Ce pernicieux Versois, je ne vous diraj^ point par l'instigation de quy ni par quel motif, ayant un jour préparé une fort belle pesche, la présenta à la dame de Montsoreau qui faisoit collation avec Monsieur. Elle luy en donna la moitié et ils mangèrent tous deux ce fatal morceau trempé dans du vin. Advanture qui me remet devant les yeux celle qui perdit tout le genre humain par une pomme ». — Cette opinion a fait école, et on l'a vue adoptée encore dans des travaux récents, par exemple dans Saudau, Histoire de Saint-Jean-d'Anf/ély d'après les registres de iéchevinage (1886). p. 145.
l'affaire du poison 451
matif sur ce point, n'en raconte pas moins l'histoire de cette pèche, qui lui fit penser à la légende de la pomme du paradis terrestre, et juge que, si Colette de Chambes succomba la première, c'est qu'elle était d'un tempérament fort délicat, tandis que Charles de Guyenne, plus robuste, aurait mieux résisté à l'effet du poison : ce que nous savons de la santé de ce dernier nous amènerait plutôt à penser le contraire ! L'historien Varillas * donne à peu près la même note, en dramatisant aussi les faits qu'il dénature à plaisir : Colette était avec le duc lorsqu'il passa par Saint-Jean-d'Angély, où l'abbé entreprit de les régaler et leur présenta au dessert du festin une pèche empoisonnée dont ils mangèrent chacun une moitié, et elle mourut deux ou trois jours après, soit qu'il y eût plus de poison dans le morceau qu'elle avala, ou que sa complexion fut moins capable de résister que celle du duc ; mais il ne parle nullement d'une intervention étrangère. Le P. Daniel reste dans le doute et avoue qu'on ne saura jamais la vérité sur ce point ; Duclos •- demeure sceptique ; tandis que Voltaire ^ voyant là autre chose « qu'un de ces empoisonnements équivoques adoptés sans preuves par la maligne crédulité des hommes », n'est pas éloigné de croire Louis XI capable de ce forfait, s'il ne l'a pas conseillé : « On ne douta guère dans l'Europe qu'il n'eût commis ce crime, lui qui, étant dauphin, avait fait craindre un parricide à Charles VII son père ; l'histoire ne doit point l'en accuser sans preuve, mais elle doit le plaindre d'avoir mérité qu'on l'en soupçonnât ; elle doit surtout observer que tout prince coupable d'un attentat avéré est coupable aussi des jugements téméraires qu'on porte sur ses actions ».
Parmi les historiens modernes^ Dareste *• rejette l'hypothèse de l'empoisonnement, « discrédité par sa propre invraisemblance » et imaginé par le duc de Bourgogne. Vallet de