PORTRAITS FANTAISISTES
quelle l'artiste aurait peint son modèle : je n'oserais toutefois soutenir cette théorie, qui rencontrerait trop de contradicteurs. Admettons plutôt que la divergence constatée entre la physionomie des deux portraits est due en grande partie à l'inégalité du talent chez les exécutants. D'une part, c'est un maître de premier ordre, auteur de chefs-d'œuvre incontestés ; de l'autre, un simple miniaturiste de profession ^ Ce dernier, en admettant qu'il ait cherché à atteindre une ressemblance problématique, n'a pu réussir, comme Foucquet, à accentuer le caractère individuel du personnage qu'il a mis en scène.
Notons encore, pour mémoire, la représentation de Charles de France que l'on peut examiner dans le manuscrit de Philippe de Commines appartenant au musée Dobrée, à Nantes ^ : au frontispice, une scène à onze personnages nous montre Louis XI entouré des seigneurs qui ont pris part à la Ligue du Bien public ; son frère Charles est à sa droite immédiate, revêtu d'une armure en acier, avec un casque surmonté d'un panache à plumes qui le distingue des autres assistants. Ce détail suffit à démontrer le caractère ultra fantaisiste de la miniature, exécutée au XVP siècle comme le volume lui-même, et dont la valeur documentaire est aussi nulle que celles des autres manuscrits des statuts de l'Ordre de Saint-Michel, postérieurs au règne de Louis XI ^. Quant au portrait de Charles de France existant dans la galerie du château de Beauregard, près de Blois, il fait partie d'une suite peinte au XYIP siècle et qualifiée de médiocre par Henri Bouchot * ; tout nous porte à croire qu'il vaut mieux s'abstenir de le prendre en considération si l'on veut s'en tenir à la vérité historique.
En résumé, de tous ces documents, le seul dont on ait le droit de se servir iconographiquement est le portrait que Jean
1. Au-dessous du trône sur lequel le duc est assis, une banderole dorée porte en lettres capitales deux mots que nous croyons pouvoir lire : lOHÂ GVILHET. Faut-il y voir le nom de l'artiste à qui l'un des officiers du duc de Guyenne aurait confié le soin d'exécuter cette miniature ?
2. Abbé G. Durville, Catalogue du musée Dobrée, I (Manuscrits), n» 562. ^