Maurenbrecher, p
5. Voigt, t. IT, p. 10-11. — C’est à propos de cette confirmation des traités que parut en Allemagne une chanson satirique d'Hans Sachs, qui, faisant allusion au double aigle impérial, disait : « L'un casse, | L'autre confirme, | L'un dit oui, l'autre non. | Par Dieu ce doit être l’un des deux seulement. | Si dans un même pot on fait cuire deux choses, | Cela sent malheureusement très mauvais. » (Voigt, t. IE, p.42.)
Charles savait bien en effet ce qu'il faisait en encourageant les désirs guerriers et la cupidité d'Albert. Il savait que le parti dont Maurice de Saxe était le chef, et qui avait combattu pour la paix de Passau, se lèverait aussitôt contre celui qui la voulait rompre. L'Empereur opposait ainsi À l'Électeur, qui l’avait trahi, un chef militaire de premier ordre, un soldat sans scrupule, à qui tous les moyens étaient bons, et qui se chargerait de semer l’agitation et le trouble dans l'Empire.
En face d'Albert, l’audacieux perturbateur de la paix, se dressa bientôt en effet la ligue de tous ceux qui avaient souscrit au traité de Passau. Le roi des Romains et Maurice de Saxe s’unirent les premiers contre l'ennemi que l'Empereur venait de susciter à l'Allemagne. Et pendant qu'Albert commençait avec acharnement son œuvre de destruction, les princes du Sud conclurent à Heidelberg une union pour la défense de leurs biens et le maintien de la paix publique".
Les confédérés commencèrent par demander des explications à l'Empereur. Comment avait-il pu autoriser une spoliation solennellement désavouée une première fois? Lequel des deux actes reconnaissait-il maintenant? Charles ne put naturellement fournir que des explications embarrassées. Il allégua qu’en face des forces françaises il avait été obligé coûte que coûte de se faire un allié. Il offrit bientôt, du reste, de Jouer le rôle de conciliateur entre les princes el Albert, proposition presque dérisoire, car 1l était à ce moment intimement convaincu que tout serait inutile pour arrêter le Margrave. L'assemblée de Francfort resta
1. Maurenbrecher, p. 318-320. — Sur l'attitude du Roi des Romains Ferdinand à cette occasion, voir Bucholtz, &. VII, p. 122. — Voigt, t. IT, p. 35-38. — Lanz, Correspondenz des Kaisers Karl's V,t. III, p. 533, 537 et 538, 540, 552, 564,
en effet sans résultat’. « L'Empereur, écrivait un peu plus tard Marillac, — qui, nous le verrons, devait être au courant de la situation, — voulant monstrer bonne mine en mauvais jeu, désire seullement persuader aux Allemans qu'il est en délibération de composer les affaires d’Allemagne?. » L’intention de Charles en était bien loin. Néanmoins, l’on ne peut dire avec certitude si à ce moment il se sépara d'Albert ou s’il continua à l'appuyer secrètement. Les Allemands, eux, se refusèrent toujours à voir dans Albert autre chose que « le serviteur et le mercenaire » de l'Empereur”.
C’est alors que Henry IT proposa le secours de ses armes aux États d'Allemagne. Depuis que Maurice de Saxe avait traité avec Charles-Quint à Passau, les intérêts français périclitaent dans l'Empire *. Beaucoup de princes avaient vu en définitive, d’un très mauvais œil, l’annexion des Trois-Évêchés. Henry jugea l’occasion favorable pour se faire reconnaître et ratifier, au prix de nouveaux services, la possession incontestée de sa récente conquête. Il était résolu à la payer une seconde fois pour se la mieux assurer.
Au reste, les agissements mêmes d'Albert ne laissaient pas que d’inquiéter sérieusement le gouvernement français. Le bruit courait que son ancien allié, une fois victorieux en Allemagne, viendrait porter contre nous secours à Charles-Quint et attaquer notre frontière des Pays-Bas *.