Bucholtz, t. VII, p
h. Decrue, Anne de Montmorency …. sous Henri II..., p. 187-1388.
5. Du roi Henry IT à MM. de Marillac et de Vicilleville, 9 juillet 1553. (Michaud et Poujoulat, t. VE, p. 194.)
MISSION DE M. DE MARILLAC A METZ 201 Il fallait prévenir ce péril en aidant l'Empire à écraser au plus tôt le Marquis.
Enfin, dès ce moment, l'intention de Henry IT était, l’on n'en peut douter, de donner à la lutte qui se préparait de plus larges proportions : il prétendait la transformer en une nouvelle guerre générale contre la Maison d'Autriche. Les conventions de Friedwald et de Chambord nous avaient valu sans doute une riche proie et de brillants succès. Mais ces succès, le traité de Passau était venu brusquement les interrompre. Après avoir obtenu de l'Empereur les concessions qu'elle souhaitait, l'Allemagne s'était retirée de la lutte, laissant supporter à la France seule tout le poids de la colère impériale. Le Roi ne pouvait s’en consoler et gardait toujours le secret désir de voir se reformer contre Charles-Quint la ligue formidable qui l'avait mis récemment à deux doigts de sa perte. Il vit dans la dernière déloyauté de l'Empereur un moyen très sûr de réaliser ses desseins. Qu'allaitil faire? Il gagnerait tout d’abord de nouveau les faveurs des princes de l'Empire en leur offrant son aide pour triompher d'Albert et mettre au plus tôt un terme à la guerre civile. Mais, en même temps, il exciterait leur ressentiment contre Charles-Quint et leur représenterait quel juste châtiment méritaient ses odieuses menées. Suflisait-il vraiment qu'Albert fût vaincu ? Ne fallait-1l pas aussi tirer vengeance de l'Empereur, son protecteur et son complice, de l'Empereur seul responsable des troubles nouveaux qui menaçaient? Dans ce but, la France et la Germanie devaient s’unir contre le Marquis d’abord, ensuite contre le commun ennemi de l'Europe et tenter d'infliger au souverain et à son (mercenaire » un sanglant échec. Un prétexte s’offrait de renouveler l’avantageuse alliance de 1552 ; le Roi était bien résolu à ne pas
le laisser échapper.
Il essaya donc aussitôt de renouer ses relations avec Maurice de Saxe. L'Électeur ayant promis d'envoyer à Metz des ambassadeurs pour s'entendre avec ceux du Roi', Marillac reçut l’ordre de partir pour la Lorraine (juin 1553). Il allait y représenter les intérêts de la France. Le cardinal de Lenoncourt, nouvel évêque de Metz, et le Lieutenant d'Henry Il, M. de Vicilleville, devaient agir de concert avec lui. Marillac emportait les instructions de la cour de France. Nos représentants étaient chargés d'exprimer aux députés de l'Allemagne « l'affection que le Roy de France avoit toujours portée à la liberté germanique et combien avoient différé les offices, que Sa Majesté Impériale avoit faictz et practiquez et faisoit ét pratiquoit encore aujourd’hui à l'entière ruyne et oppression d’iceulx et de leur dicte liberté ». Les ambassadeurs avaient ordre d’insister tout particulièrement à ce sujet. Ils devront, dit l’instruction, Q faire ressortir de poinct à aultre » l’odieuse déloyauté de l'Empereur et encourager par tous les moyens les désirs de vengeance de l'Allemagne. Ils feront part ensuite des intentions de leur maître. € Pour l'offension du Marquis et pour l'aller trouver et combattre », le Roi promet vingt à vingt-cinq mille écus. Si les alliés veulent aussi attaquer l'Empereur, ils doivent déclarer quelles forcesils comptent « mettre sus », et Cen quelz lieux et endroictz 1lz prétendent les exploiter ». Le Roi désire fort que les Pays-Bas soient spécifiés, et à son avis l’armée mise sur pied doit compter au moins 12,000 fantassins, 3,000 chevaux et « estre pourveue d’un esquipage d’artyllerie à l’équi-
1. L'intermédiaire entre le Roi de France et Maurice fut le comte Volrad de Mansfeld qui vint en France au mois de mai jurer au nom de Maurice fidélité à la couronne de France. (Janssen, Æistoire du peuple aliemand (trad. fr.), &. IL, p. 753.) — Ranke, Deutsche Gesthichte im Zeitalter der Reformation, t. V, p. 323. — Mencken, t. H, p. 1405.
pollent » ; auquel cas la France prendra à sa charge la moitié des frais de guerre. — Si enfin l'Empereur et le Marquis attaquent simultanément l'Allemagne, le Roi s'engage à fournir aux princes vingt à vingt-cinq mille écus par mois, (pourvu que de leur part 1lz accordent un mutuel ayde pour sa dicte Majesté, si elle est envahie en ses païs par ledict Empereur ou ses adhérans soit Princes de la Germanye ou aultres ». — Tous les Princes et États de l’Allemagne qui voudront entrer au traité y seront reçus. — Quant à la pension annuelle demandée par le duc Maurice, aussitôt l'alliance conclue, le Roi lui donnera 6,000 écus par an, mais en revanche « ledict Seigneur Duc devra faire serment qu’il demourera fidèle et affectionné serviteur du Roy et portera et favorisera ses affaires en la Germanye et dehors, ... ne permettra ne consentira qu'il se fasse chose au préjudice de sadicte Majesté ny des droictz de la Couronne de France! ».
En même temps que cette instruction générale, l’on remit à Marillac une instruction particulière et confidentielle. Le Roi a appris, dit cet acte, « que l'Empereur est mort ou tellement affligé et exténué de diverses maladies qu'il
1. Cette citation et les précédentes sont extraites des « Zastructions à Monseigneur le Cardinal de Lenoncourt et Messieurs de Vieilleville, Lieutenant du Roy à Metz et pays messin et de Marillac, Evesque de Vannes, Conseiller dudict seigneur et Maistre des Requestes ordinaires de son Hostel, de ce qu'ilz auront à traicter et négocier avecques les ambassadeurs et députez que Monsieur le Duc Morice de Saxe Ellecteur du Saint-Empire et aultres Ellecteurs, Princes et Estatz de la Germanye doivent envoyer à Metz. » (Michaud et Poujoulat, t. VI, p. 179-180.)— Ces instructions prouvent une fois de plus que le dessein de la France était d'aider les Princes confédérés à triompher du Margrave pour ensuite obtenir leur alliance contre Charles-Quint. Ce dernier était informé des intentions de Henry II. « Les advertissemens de tous costez correspondent, écrit-il à son frère Ferdinand le 26 août 1553, que le duc Morice surmontant ledict Marquis debvoibt venir assaillir mes païs de par deçà. » (Lanz, Correspondenz des Kaisers Karls V, t. II, p. 586.) — Cf: Ranke, Deutsche Geschichte, t. V, p. 323.
est pour demourer le demourant de ses jours du tout inutile ». Or ledit Roi ne veut à aucun prix que le frère de l'Empereur ou quelque autre membre de la Maison d’Autriche succède à l'Empire. Pendant son séjour à Metz, Marillac se renseignera donc avec soin sur les affaires d’Allemagne et fera connaître sans tarder à la cour de France « celluy des Ellecteurs que l’on debvra plus solliciter et favoriser pour entreprendre sa promotion en la dignité d'Empereur ». Le Roi forme des vœux tout particuliers en faveur de la candidature de Maurice de Saxe, et Marillac informera les ambassadeurs du prince de ce désir. Puis aussitôt € qu’on aura certainelé » de la mort de Charles, l’évêque de Vannes averhra les Électeurs, princes el États de la Germanie, que le roi de France doit envoyer auprès d'eux un ambassadeur et demandera un sauf-conduit pour la sûreté du voyage dudit ambassadeur *.
Ces propositions de la France étaient, on le voit, fort avantageuses. Mais la plupart des États allemands trouvaient qu'en définitive le roi de France avait une première fois fait payer trop cher son alliance. Aussi étaient-ils assez peu disposés à une nouvelle entente avec Henry IL. D'ailleurs l'Allemagne souhaitait ardemment la paix et les projets belliqueux du Roi ne répondaïent guère à ses vœux. Elle désirait seulement la défaite d'Albert et le rétablissement de l’ordre dans l’Empire. Et malgré les indignes agissements de Charles, il semblait bien peu probable qu'elle cherchât à en tirer vengeance, ni qu’elle consentit à s'engager dans une nouvelle guerre, ainsi que l'aurait
1. Cette pièce que nous venons d’analyser est publiée dans Michaud, t. VI, p. 180, sous ce titre : « /nstruction particulière à M. l’evesque de Vannes. » — Sur la mission de Marillac et Vicilleville, cf.: Marchand, Le Maréchal François de Scépeaux de Vieilleville, ch. UE. On y verra qu'en dehors de sa charge diplomatique Marillac devait travailler avec M. de Vieilleville à affermir l'autorité du Roi à Metz.
désiré la France. Comme pour donner raison à ces tendances pacifiques, la ligue d’'Heidelberg, au début de 1553, s'était formellement prononcée contre toute intervention étrangère dans les affaires de l'Empire.
Sur ce point, de même que sur beaucoup d’autres, il est malaisé de savoir au juste quels étaient les sentiments de Maurice de Saxe. « La conduite politique de l'Électeur Maurice, dit M. Maurenbrecher, est très difficile à juger dans cette dernière période. Peu communicatif, circonspect dans toutes ses paroles, il ne s’est que très rarement, peut-être jamais, explicitement ouvert sur ses plans postérieurs et ses projets. Dans la dernière phase de sa vie politique, on ne peut connaître le but qu'il poursuit, avant qu'il lait atteint”. » Après le traité de Passau, 1l n’est pas douteux que Maurice n'ait rompu avec la France toutes relations. Mais il est certain aussi qu'il renoua avec elle vers : le commencement de l’année 1553. QIl comprit peut-être alors qu'il était de son intérêt de ne pas fonder seulement sur le bon vouloir de la politique impériale les conquêtes de Passau et qu'il importait de se créer encore d’autres garanties”. » Du reste, la récente politique de l'Empereur en Allemagne le visait tout particulièrement. C'était à lui surtout que Charles essayait des susciter des rivaux, contre lui surtout qu'il avait armé le margrave de Brandebourg- Kulmbach, et qu'ilexcitait l’ancien Électeur de Saxe, Jean- Frédéric, jadis dépouillé de ses États par Maurice, avec l’aide de Charles-Quint lui-même. Enfin, il se peut fort
Maurenbrecher, p. 320.
. Jbid., p. 324.
Ibid.
4. Bucholtz, t. VII, p. 122. — « Le Duc Maurice .... ne voudra perdre ceste occasion de faire alliance avecques le Roy la plus estroicte qu'il pourra, ayant congneu par expérience qu’en ce dernier appareil de guerre toute ceste menée se dressoit contre lui pour le destruyre et confondre du tout, affin que
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bien que Maurice fût poussé vers la France par des vues d’ambition personnelle : l'instruction spéciale de Marillac semblerait le prouver. À
Ce n’est donc très probablement pas l’Électeur qu'il faut accuser de la rupture des relations franco-allemandes. Cette rupture ne devait pas tarder à éclater. Les négociations dont étaient chargés MM. de Marillac, Vieilleville et Lenoncourt restèrent en effet sans résultat.
Marillac était entré à Metz le 23 ou le 24 juin 1553, sans y trouver les députés de Maurice, n1 aucunes nouvelles de leur prochaine arrivée. Le ? juillet seulement, nos représentants reçurent des lettres d'Allemagne, où on leur demandait une prorogation de terme de deux ou trois semaines ‘. Une dépêche du vieux comte de Mansfeld, l’un des partisans de l'alliance française, vint encore ajouter aux inquiétudes de la France. € Je puis vous dire à la vérité, écrivait Mansfeld au Roi, qu'en tout ce qui touche le bien, honneur etadvantaige de vous et de vostre couronne, je trouve le Duc Morice fort affectionné, veoir jusques Rà qu'il ne se fascheroit d'employer son bien, sa personne, païs et subjectz pour vous; .. et ledict Seigneur Duc par les ambassadeurs qu'il espère envoier de brief vers vous le déclairera plus amplement. » — Mais « pour l'importance de ses grandes affaires », il était impossible au prince Électeur, continuait Mansfeld, de s'occuper activement de l'alliance projetée ; il suppliait le Roi de lui envoyer avant tout quelques secours en argent, lui assurant qu’on trouverait aisément plus tard « les moyens et les voies pour
aprez l'Empereur jouist de la Germanye et en feist à sa volunté par le moyen du Duc Jehan-Frédéric qui est tout sien. » (Lettre de MM. de Marillac et de Vieailleville au Roi, s. d. — Michaud, t. VI, p. 197.)
3. De Marillac au Roi, 3 juillet 1553. (Michaud, t. VI, p. 191.)
faire amplement ladicte alliance! ». — « Messieurs, écrivait quelques jours après le Roi à ses ambassadeurs, Jay receu une lettre du comte de Mansfeld, par où vous verrez qu'il semble que le Duc Morice seroit bien content tirer quelque argent de moy, devant que venir en aultre communication, qui ne seroyt pas, comme assez congnoissez, le plus seur chemyn*?. »
Quelles étaient donc les raisons qui pouvaient faire hésiter Maurice à conclure cette alliance avec la France? Il s’y était pourtant montré bien disposé au début, et les avantages en étaient évidents pour lui.
Ce furent très probablement les dispositions de ses alliés qui arrêlèrent ainsi l'Électeur. Le roi des Romains, avec lequel il venait de s'unir définitivement contre le Margrave *, et les princes de la Ligue d'Heidelberg, qui fournissaient des secours, élaient moins décidés que jamais à une alliance avec Henry Il. « Sire, écrivait Marillae, ce retard du Seigneur Duc d'envoyer ses députez ne peult estre sans quelque mistère, fondé peult estre sur ce qu'il a quelques practiques avec le Roy des Romains, duquel il espère bien rer secours, comme ces derniers adviz portoient, ce qu'il vouldroyt essayer plus lost qu'on découvrist qu'il ayt si grande intelligence avec vous. » Du reste, ajoutait l'ambassadeur, «toutes choses sont croyables en ung prince tel que le Duc Morice, qui est subül, en esperit soubçonneux, de nature variable en oppinion etqui n'entre jamais si advant en party qu'il ne tasche avoir une porte
1. Du comte de Mansfeld au Roi, 4 juillet 4553. (Zbid., p. 198-199.)
2. Du Roi à Marillac et Vieilleville, 22 juillet 1553. (/bid., p. 20%.)
3. « Extraict des lettres imprimées et publiées en la Germanie au nom du Roy des Romains et duc Morice contenant les causes, qui les ont meuz de faire la guerre contre le Marquis Albert de Brandebourg.» (Bibl. Nat., fr. 3100, p. 107 à 112.)