Maurenbrecher, p
ouverte pour s'encheminer en ung aultre ». Mais, concluait Marillac, & c’est un prince qu'il vaut mieux retenir suspect amy, que de lui donner:occasion d’estre du tout ennemy ‘ ». Les ambassadeurs se résignèrent donc à attendre avec patience.
Cependant, si l'alliance des princes se fortifiait tous les jours, le Marquis ne restait pas non plus inacüf. Il avait groupé sous son étendard un certain nombre de mécontents. Le duc Erich de Brunswick et beaucoup de nobles de ce pays, irrités de la tyrannie du duc Henry de Brunswick, s'étaient joints au Brandebourg, aussitôt qu'ils avaient vu le duc Henry au rang des confédérés. C'était & pour confondre et destruire ce mesme prince », que les villes maritimes de Brême, de Hambourg, de Lünebourg avaient envoyé des secours à Albert”. Au surplus, on persistait à croire que le Marquis n’agissait pas pour lui seul en cette affaire. L'Empereur continuait, disait-on, à le soutenir secrètement. Les explications embarrassées et les demi-mesures de Charles étaient d’ailleurs tout à fait propres à autoriser de telles rumeurs *. Il semble bien cependant, nous l'avons déjà dit, qu'après avoir lancé le Margrave sur l'Allemagne, l'Empereur soit désormais demeuré simple spectateur de la guerre civile qu'il venait d'allumer “. Sa lutte avec la France suffisait à absorber ses ressources. Mais ce n’était point l'opinion générale. « En
1. De Marillac au Roi, 3 juillet 1553. (Michaud, t. VI, p. 191-192.)
2. « Adviz d'Allemagne » du 27 juin 1553. (/bid., p. 188, 189.)
3. Maurenbrecher, p. 322. — Arnold, Vita Mauritii (Mencken, Script. rer. germ., t. IT, p. 1240.) — Ranke, Deutsche Geschichte, t. V, p. 240.
4. I n'y a aucunes preuves absolument incontestables du contraire. On vit cependant à Sievershausen parmi les troupes d'Albert les étendards de Bourgogne. Il est très difficile de se prononcer sur ce point. Charles-Quint, dans une lettre à son frère Ferdinand du 26 août 1553, se purge des accusations portées contre lui. (Lanz, t. II, p. 589).
ceste perplexité de choses, dit un avis venu d'Allemagne, tout le monde craint que le Marquis Albert ne soit mercenaire de l'Empereur, lequel, comme jadis Catilina Romain, désire que la Germanye soyt destruicte ‘. »
Quoi qu'il en soit, les choses ne tardèrent pas à se décider. Le 9 juillet, la bataille eut lieu entre Albert et Maurice à Sievershausen. La victoire resta au bon droit: la défaite du Marquis fut complète. Mais Maurice, mortellement blessé, expira le 11 juillet. Il demanda qu'on le portät pour mourir € en la chancellerie du Marquis, car la mort luy seroyt plus douce, s’il avoit plus tost entendu les practiques de l'Empereur ? ».
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La mort de l’Électeur de Saxe semblait devoir être funeste aux intérêts de notre politique en Allemagne. On a vu, d’après les instructions de Marillac, quels étaient les desseins de la France: Henry IT voulait aider les princes confédérés et les décider ensuite à attaquer l'Empereur aux Pays-Bas de concert avec la France. Les espérances que le Roi avait fait briller aux yeux de Maurice avaient amené celui-c1 à entrer en relations avec nous. Mais l’ouverture des négociations avait été reculée de jour en jour, et finalement la mort de l’Électeur venait de les rompre.
4. « Adviz d'Allemagne », 11 juillet 1553. (Michaud, t. VI, p. 194.)
2. « Adyiz d'Allemagne », 27 juillet 1553. (Zbid., p. 205-207.) — Sur la bataille de Sievershausen, voir la lettre du comte de Mansfeld au Connétable du 15 juillet 1553. (/bid., p. 203.) — Voigt consacre un récit animé à la bataille. (Markgraf Albrecht, t. IT, p. 90-100.) Ranke en étudie les conséquences. (Deutsche Geschichte, 1. V, p. 328.) — Lettre du Roi à M. d'Aramon, son ambassadeur auprès du Sultan. 16 juillet 1553. (Ribier, t. II, p. 442.)
Et cette rupture menaçait d’être définitive. Les nouvelles qui arrivaient d'Allemagne ne faisaient en effet que confirmer les mauvaises dispositions dont la majorité des princes allemands semblait animée contre la France. Du vivant de Maurice, l’on pouvait toujours espérer que l'indépendance de son caractère, que les avantages secrets qui lui étaient faits, l’aideraient à triompher des sentiments de ses alliés. Mais maintenant qu'il avait disparu, la perspective de voir se créer en Allemagne un parti favorable à l'intervention française se trouvait singulièrement compromise.
Cependant, en annonçant au Roi la bataille de Sievershausen et la mort de l’Électeur de Saxe, Marillae se posait deux questions : qu'était devenu Albert après sa défaite et qu'allait-il faire? — Si la guerre devait se continuer, quel prince allait prendre le commandement de l’armée de Maurice et qui hériterait dans tous les cas de son Électorat de Saxe ! ?
Chose curieuse, les nouvelles étaient très défavorables aux vainqueurs. On annonçait qu'Albert, quoique vaincu et blessé, ne perdait pas courage. Le bruit commun était «que par tous moyens à lui possibles il vouloit rassembler nouvelle armée, de sorte qu'il promettoit 12 thalers par mois à tout homme de cheval ». Il avait été « marry de la perte de tant de bons hommes » qu'il avait avec lui à Sievershausen ; mais cette affaire, disait-il, « n’avoist esté que jeu, au prix des choses qui s’en ensuyvroient et qui seroyent plus grandes et plus atroces ». Il se vantait de devoir tenir promesse à l'Empereur et de lui amener bientôt aux Pays-Bas 6,000 chevaux et 80 enseignes de gens de pied. On prétendait que la reine de Hongrie lui avait en-
1. De Marillac au Roi, 31 juillet 1553. (Bibl. Nat, fr. 3100, p. 60 à 62.)
MISSION DE M. DE MARILLAC A METZ ui la
voyé des secours d'argent et «il estoit aussi en espérance d’avoir moyen de se remettre sus par l’ayde des villes maritimes ! ».
L'on apprenait en même temps à la cour de France que l'Empereur prétendait concevoir la meilleure espérance de ses affaires. Le Pape avait envoyé deux légats, l’un vers Henry IF, l’autre vers Charles, pour tenter de réconcilier les deux rivaux. Mais ces négociateurs devaient s’en retourner sans avoir rien fait. Comme M. de l’Aubespine le mandait à Marillac, le légat qui s'était rendu à Bruxelles avait trouvé l'Empereur dans les pires dispositions. Charles Jui avait expressément donné son congé. & Il voyoit, lui avait-il dit, que Nostre Seigneur commençoit tant à favoriser sa fortune, qu'il la vouloit poulser jusques au bout, luy estans survenues despuys ung moys ou six sepmaines, sans y avoir pensé, les plus heureuses nouvelles qu'il sceust désirer »: la prise de Térouanne et d'Hesdin, l’accession à la couronne d'Angleterre de sa cousine Marie Tudor, la mort du duc Maurice, «son plus fascheux ennemy », enfin « la resurrection d’ung Marquis Albert le plus grant et mortel ennemy que scauroient avoir les Francoys, comme il leur feroit bientost sentir ». Le Marquis, ajoutat-il en effet, « estoit aprez à amasser gens, pour venir en Champagne faire un échec plus grant que l'on ne pouvait penser ». M. de l’Aubespine tenait ces nouvelles du cardinal Saint-Georges, le légat en France, à qui son collègue de Bruxelles les avait transmises *.
Au contraire, la situation des vainqueurs de Sievershausen empirait, disait-on, chaque jour. L'on ne savait d'abord qui pourrait remplacer le duc défunt. « Certes,
4. « Adviz d'Allemagne », du 27 juillet 1553. (Michaud, t. VI, p. 206- 207.) 2. De M. de l’Aubespine à Marillac, 7 août 1553. (/bid., p. 209.)
écrivait l’un de nos chargés d’affaires d'Allemagne, plusieurs bonnes partz se sont perdues avec le Duc Morice, car il estoit prince de grand conseil, laborieux, belliqueux et courageux et ne veoys point qui soit digne d’estre mis en son lieu’. » C'était le prince Henry de Brunswick qu’Albert avait reconnu pour son adversaire après la mort de l'Électeur : il lui avait envoyé des lettres de défi sous cette adresse : € A très illustre Prince Henry de Brunswick estant maintenant dictateur et chef souveran de la Ligue des prebstres infidèles * ». Cependant 1l était peu probable qu'Henry devint le chef de l’armée confédérée. car & 1l estoit sy fort hay que ses propres souldars le laissoient et se reliroient par grandes troupes au Marquis * ». L'on parlait aussi du fils aîné de Ferdinand, le roi de Bohême. Comme le faisait observer Marillac, la charge semblait néanmoins devoir revenir plutôt au frère de Maurice, Auguste. La mort du vainqueur de Sievershausen le faisait héritier de la dignité électorale“. Ne devaitil pas prendre les armes pour la disputer à l’ancien duc, Jean Frédéric, soutenu par Albert de Brandebourg? Au moment de la mort de son frère, Auguste était en Danemarck et l’on savait qu'il était parti aussitôt après avoir reçu la nouvelle de Sievershausen. Mais la rumeur courait qu’il était mort de la peste au cours de son voyage. En attendant, les soldats restés sans chef pouvaient se disperser et l’armée victorieuse s'affaiblir de jour en jour.
Ces nouvelles, on lecomprend, effrayaient au plus haut
1. « Adviz d'Allemagne », du 27 juillet 1553. (Zbid., p. 207.)
2. « Extraict des lettres qui ont esté receues d'Allemagne tant du comte de Mansfeld du 44° juillet, que d'aultres serviteurs du Roy de Strasbourg du 5° d'aoust. » (Bibl. Nat., fr. 3100, p. 93.) — Voigt, t. IL, p. 107-108.